Économie – Social

"Plus jamais ça !": des familles d'accueil rassemblées à Limoges après le suicide d'une assistante

Par Fabienne Joigneault et Nathalie Col, France Bleu Limousin mardi 8 novembre 2016 à 11:01 Mis à jour le mardi 8 novembre 2016 à 13:26

Rassemblement ce mardi matin devant le conseil départemental de la Haute-Vienne
Rassemblement ce mardi matin devant le conseil départemental de la Haute-Vienne © Radio France - Nathalie Col

Des familles d'accueil de la Haute-Vienne et d'ailleurs se sont rassemblées ce mardi matin devant l'Hôtel du Département à Limoges. Elles dénoncent un certain isolement face à des jeunes de plus en plus perturbés, et parfois violents.

Une centaine de personnes étaient présentes pour ce rassemblement organisé notamment pour rendre hommage à Sylvie, une assistante familiale qui s'est suicidée en septembre dernier.

Malgré ses "multiples demandes de soutien, elle s'est retrouvée seule et très fragilisée" suite à des problèmes avec l'un de ses pensionnaires, expliquent les représentants de la FSU au conseil départemental de la Haute-Vienne. Après des violences, ce jeune a été transféré ailleurs, mais le traumatisme était lourd selon le syndicat qui estime que les assistants familiaux ne sont pas suffisamment accompagnés, soutenus et formés pour faire face à des jeunes de plus en plus difficiles.

En mémoire de leur collègue, les agents présents ont allumé des bougies et accroché des roses blanches sur le parvis du conseil départemental. On veut juste dire "plus jamais ça", résume la porte-parole des assistants familiaux de la Haute-Vienne, qui était l'invitée de France Bleu Limousin à 8h20. Pour elle, la formation est désormais insuffisante face au public accueilli. "Nous sommes face à des jeunes en grande difficultés", explique Corine Aumaître, "qui peuvent avoir de graves troubles psychologiques, ou de graves traumatismes en tout cas... et tous ces traumatismes, nous les vivons, nous, au quotidien".

Des roses blanches et des bougies en hommage à Sylvie, une assistante familiale décédée en septembre après presque deux ans de difficultés suite à une agression - Radio France
Des roses blanches et des bougies en hommage à Sylvie, une assistante familiale décédée en septembre après presque deux ans de difficultés suite à une agression © Radio France - Nathalie Col

Un statut trop flou

Pourtant, un statut de l'assistant familial existe, qui date de 2005, mais il n'est pas si abouti que ça, à en croire Corine Aumaître : "Nous ne sommes pas accompagnés, et lorsque nous sommes mis à mal, nous nous retrouvons seuls : chacun est chez soi, vit l'instant avec ses tripes, et ne sait pas vers qui se tourner pour trouver de l'aide. [Ce statut] n'a pas assez englobé le risque professionnel, les risques de violences mais aussi de délations, avec des accusations qui mettent en grande souffrance l'assistant, et ça le précarise encore plus, car c'est quand même un métier très précaire."

Les assistants familiaux témoignent aussi d'un métier aussi précaire que prenant - Radio France
Les assistants familiaux témoignent aussi d'un métier aussi précaire que prenant © Radio France - Nathalie Col

"Nous ne sommes pas éducateurs spécialisés, ni infirmières psy !"

Corine Aumaître n'exerce que depuis 12 ans mais d'après ses collègues plus anciennes, qui ont 20 à 30 ans d'expérience, le public a évolué : "elles ont vu une dégradation constante, nous accueillons des enfants qui sont souvent "fracassés", violents, avec de gros troubles psychologiques, ou de fortes déficiences, des handicaps lourds. Et nous n'avons aucune formation suffisante pour accueillir ce type de jeunes. On n'est pas infirmières psy, on n'est pas éducateurs spécialisés, nous ne sommes que des assistants familiaux qui travaillons à domicile". Un discours repris en chœur par tous les assistants familiaux présents ce mardi matin devant le conseil départemental. Une délégation est même venue de Perpignan pour témoigner de ces difficultés qui ne sont donc pas propres à la Haute-Vienne.

Un mouvement "assez mal" vécu par le président du conseil départemental

Face aux accusations d'abandon formulées à l'encontre du conseil départemental, le président de la collectivité se dit "surpris" et "peiné". Jean-Claude Leblois refuse de voir l'institution pointée du doigt dans un mouvement qu'il qualifie de "récupération et instrumentalisation d'un événement dramatique." Il estime de son côté que tout est fait au niveau du département pour accompagner et soutenir les assistants familiaux. Il cite notamment l'embauche d'un psychologue qui a déjà reçu une cinquantaine d'assistants familiaux, sur les 200 qui disposent de cet agrément en Haute-Vienne, pour évaluer les risques psychosociaux. "Personne ne peut dire qu'assistant familial est un métier facile, c'est pour ça que le conseil départemental leur accorde une attention constante depuis de nombreuses années" ajoute le président du conseil départemental. Quant au sentiment d'isolement dont parlent ces professionnels, il n'a pas lieu d'être selon lui car ils disposent bel et bien d'un accompagnement des personnels sociaux du département précise encore Jean-Claude Leblois qui affirme que tout avait été fait aussi pour aider celle qui s'est suicidée en septembre. Sur ce point une analyse est d'ailleurs en cours au sein du conseil départemental, pour retracer le suivi de cette affaire.