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Économie – Social

Pontigny : le combat de tous les jours des compagnons d’Emmaüs

lundi 11 juin 2018 à 4:03 Par Delphine Martin, France Bleu Auxerre

L’unique communauté Emmaüs de l’Yonne, créée il y a 24 ans, doit faire face à la concurrence d’internet et à la mode des brocantes. Son activité de bric-à-brac est pourtant cruciale pour sa survie.

La communauté Emmaüs de Pontign vient d'ouvrir une salle "rétro".
La communauté Emmaüs de Pontign vient d'ouvrir une salle "rétro". © Radio France - Delphine Martin

Pontigny, France

Ils sont vingt à Pontigny. Des hommes seuls, des couples, des familles. Certains restent quelques jours, le temps de souffler. D'autres restent des années, comme François, le plus ancien des compagnons. Il est à la caisse du bric-à-brac, tout sourire. Emmaüs, c'est chez lui maintenant : "Je suis là depuis 18 ans. Quand je suis arrivé, mes parents venaient de mourir et j’ai été obligé de m’éloigner du reste de ma famille. Je suis devenu plus sociable. Et à force, les clients et les autres compagnons sont devenus mes amis", ajoute-t-il, sans quitter sa caisse des yeux.

Derrière la caisse : François, le plus ancien des compagnons de Pontigny - Radio France
Derrière la caisse : François, le plus ancien des compagnons de Pontigny © Radio France - Delphine Martin

60 % de compagnons sont sans papiers

Mais le profil des compagnons d’Emmaüs a beaucoup changé au fil des années. "Avant, c’était vraiment des communautés pour les hommes seuls. Il y a eu une mutation ces dernières années, avec rajeunissement de la population et l’arrivée de couples avec enfants", constate Grégor Seurre, responsable d'Emmaüs Pontigny depuis 10 ans. 

Il y a aussi de plus en plus de migrants : "Il y a quelques années, on avait 30% de sans papiers. Maintenant, à Pontigny comme dans la plupart des communautés de France, on est à 60% de sans papiers"

Cela change forcément les besoins, les méthodes de travail et d’encadrement : "car on a aussi besoin de bénévoles qui viennent donner des cours de français", explique le compagnon qui insiste : "ce sont, pour la plupart, des migrants économiques qui ne demandent qu’à travailler en France. Travailler en communauté, ce n’est pas le Club Med, c’est un travail de plus de quarante heures, c’est très physique . Et si on leur donne une chance, si on leur donne des papiers, ils sont parfaitement capables de travailler"

Une communauté qui vit sans subventions

La communauté vit essentiellement de son activité de débarras et du bric-à-brac, ouvert trois à quatre fois par semaine à Pontigny (en plus des grandes ventes annuelles). Mais avec la mode de la récup’ et l’essor des sites internet spécialisés, la concurrence est rude. Et ce n'est plus forcément aussi rentable qu'avant. "Disons qu’on a autant de dons, peut-être même plus qu’avant, mais la qualité a baissé. Il y a quelques années, on pouvait faire quatre grandes ventes par an. C’était du matériel qui sortait de l’ordinaire : de beaux bibelots, des livres rares, des jouets anciens. Maintenant, on ne fait plus que deux grands ventes par an", constate Grégor Seurre, "chaque citoyen essaye de gagner plus. Alors plutôt que de donner à Emmaüs, ils essayent d’en tirer un peu d’argent avant…"

Grégor Seurre dirige la communauté Emmaüs de Pontigny depuis 10 ans. - Radio France
Grégor Seurre dirige la communauté Emmaüs de Pontigny depuis 10 ans. © Radio France - Delphine Martin

Des clients et des donateurs fidèles

Heureusement, la communauté peut compter sur des clients et donateurs fidèles, comme Martine, Dominique et Lucette par exemple… "Je viens au moins une fois par semaine, pour trouver un petit coup de cœur, un petit bibelot, un petit meuble", explique l’une. "On donne aussi régulièrement des choses, notamment des vêtements. C’est important car c’est avant tout une bonne action", ajoute l’autre. "Et puis en plus, les gens sont sympathiques, on passe un bon moment", conclut la troisième.

Leurs contributions sont vitales, car à Emmaüs, on est fier de ne toucher aucune subvention. C'est l'Abbé Pierre lui-même qui le voulait ainsi, par soucis d’indépendance. "Comme ça on peut dire merde à tout le monde", résume Grégor Seurre.

Un nouveau présidence icaunais

Depuis peu, la communauté fondée en 1949 par l’Abbé Pierre a un nouveau président. Il s’agit de l’icaunais Hubert Trapet, l'ancien maire de Pontigny, qui a justement été le président de la communauté de Pontigny. Il prend la tête d’un mouvement qui pèse lourd : 286 structures et plus de 18 000 acteurs dans toute la France.

Au-delà des 119 communautés de compagnons qui existent dans toute la France, les missions d’Emmaüs se sont élargies, au fil des ans. L’association œuvre désormais aussi dans le domaine de la lutte contre le mal logement, grâce à la Fondation Abbé Pierre. Elle aide les familles à travers des dispositifs de micro-crédit. Elle aide les personnes qui sortent de prison, elle gère des structures d’insertion par le travail, fait de la récupération de vieux téléphones et lutte même contre l’exclusion électronique.