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Économie – Social

"Quartiers perdus de France" : à Saint-Étienne les habitants se sentent stigmatisés

mardi 31 octobre 2017 à 22:57 Par Lola Fourmy, France Bleu Saint-Étienne Loire et France Bleu

Ce mardi le maire de Saint-Étienne (Loire) a rendu visite aux habitants pour les assurer de son soutien après les propos du président de la région. Dimanche dernier sur RTL Laurent Wauquiez avez affirmé que le "grand remplacement culturel" était une réalité dans certains quartiers de Saint-Étienne.

Le maire de Saint-Étienne en visite dans le quartier Montreynaud © Radio France - Lola Fourmy
Le maire de Saint-Étienne en visite dans le quartier Montreynaud © Radio France - Lola Fourmy © Radio France - LF

Après la polémique causée par les propos de Laurent Wauquiez, président de la région Aurvegne-Rhône-Alpes, sur les quartiers perdus de France à Saint-Étienne et Firminy, dans la Loire, nous avons voulu sonder les habitants : se sentent-ils délaissés ? Soumis aux communautarismes ? Perdus ?

Pour ça nous avons proposé au maire Les Républicains de Saint-Étienne Gaël Perdriau de l’accompagner à la rencontre des Stéphanois. Il a choisi le quartier Montreynaud, le seul classé en zone de sécurité prioritaire dans le département.

"Ce qu’il voudrait c’est qu’on crame des voitures, on ne lui donnera pas cette chance"

La visite débute au boulodrome, à la boule du Cros, dans le bas du quartier. Installé depuis 1896, le lieu accueil les joueurs de coinche, de pétanque, des marcheurs ou de simples amateurs d’une bière entre amis. A l'intérieur la liste de la centaine de sociétaires offre un aperçu de la mixité sociale du quartier : marocains, algériens, portugais, italiens, polonais. "Ici tout le monde cohabite" affirme Antoine, le président de l’association.

A 71 ans, il a vu le quartier évoluer, se transformer au rythme des projets de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine). Le soutien de l’état a permis de réaliser 370 projets avec plus de deux millions d’euros d'investissements. Désormais il l’affirme "le quartier respire l’avenir et si Laurent Wauquiez est bloqué au 18e siècle c’est son problème. Les politiques feraient mieux de revenir sur le terrain" conclu Antoine en citant Coluche "la bonne hauteur pour les jambes, c’est quand elles touchent le sol".

Reportage auprès des Stéphanois

Quelques centaines de mètres plus haut, au pied de ce qui s’apparentait à l’époque à la "tour Eiffel du quartier", la tour Plein ciel dynamitée il y plusieurs années, un centre commercial a vu le jour. La mairie a convaincu un commerçant d'ouvrir une épicerie, il y a aussi un boulanger, une pharmacie, La Poste, une banque et un boucher qui encadrent la place qui surplombe Saint-Étienne.

Là, au cœur des vacances de Toussaint, des jeunes et moins jeunes traînent, discutent, font leurs courses. Mim’s a mis ses lunettes de soleil. Le trentenaire, habitant du quartier, s’est senti visé par les propos de Laurent Wauquiez "il parle des quartiers, on habite les quartiers évidemment qu’on se sent visés" et de s'interroger "comment vous voulez qu’on réagisse ? Ce qu’il voudrait qu’on fasse c’est qu’on crame des voitures, on est plus malins que ça, on ne lui laissera pas cette chance". Et de conclure que Laurent Wauquiez n’est jamais venu à Montreynaud où "les jeunes ici ne demandent qu’à travailler". Le taux de chômage des moins de 25 ans dépasse les 30% dans le quartier.

Les musulmans inquiets de la stigmatisation

Mais ce qui a aussi choqué les Stéphanois dans les propos de Laurent Wauquiez, c’est qu’il corrobore les thèses d’extrême droite en affirmant qu’un grand remplacement culturel existe à Saint-Étienne. "S’il voulait dire par là que la culture arabo-islamiste écrase la culture européenne il fallait le dire carrément" s’agace Djalil.

Djalil c’est le boucher du quartier, un modèle de réussite puisqu’il a racheté en 2009 les locaux de sa boutique de Montreynaud et qu’il emploie désormais six personnes et livre dans tout le département. "Quand il stigmatisme ces gens, il faut que je mette où ? Nous on est là, on fait notre boulot au quotidien, on promeut nos quartiers mais bien souvent on nous masque, on masque les bonnes choses". Et en temps que musulman cette posture l'inquiète.

On respecte les principes fondamentaux de la laïcité française mais ça n’empêche pas qu’on ait notre culture, on ne va pas nous l’enlever!" Djalil

Quant aux femmes du quartier interrogées elles affirment sourire aux lèvres et étonnées qu’elle ne se sentent pas en danger ou soumises à des pressions. La seule pression qui pèse sur elles, raconte Samira, c’est l’image du quartier. Cette mère de famille a été contrainte de déménager pour trouver du travail.

Témoignages d'habitants de Saint-Étienne

Dès que vous allez chercher du travail on vous dit : 'ah tu viens de Montreynaud, c’est un quartier d’assistés'. Moi j’ai été à la fac!" Samira

Pour que ses filles ne subissent pas elles aussi l’image qui colle à ce quartier, Samira a donc était vivre à quelques kilomètres de là et ce qu’elle regrette, c'est ce que ce ne soit pas aux mentalités de bouger.

De son côté, Gaël Perdriau précise qu'il attend toujours un coup de fil d'excuses de Laurent Wauquiez et qu'il n'a aucune intention de quitter sont parti.