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Économie – Social

Rachat des Girondins de Bordeaux : "il y a tout un ensemble de signaux qui sont plutôt au vert"

jeudi 11 octobre 2018 à 8:35 Par Thomas Coignac, France Bleu Gironde

Alors que la patron de GACP, Joesph DaGrosa, est auditionné aujourd'hui par Bordeaux Métropole, de nombreuses questions subsistent autour de ce fonds d'investissement. Interview avec Christophe Lepetit, professeur au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges.

Christophe Lepetit est économiste au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges.
Christophe Lepetit est économiste au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges. © Radio France - Yves Maugue

Bordeaux, France

France Bleu Gironde : Plusieurs personnes, que ce soit des supporters ou des élus, ont dénoncé une certaine opacité autour de la vente du club. Qu'en pensez-vous ? 

Christophe Lepetit : On est dans une situation normale, la finalisation d'un processus de vente, avec un vendeur, M6, qui souhaite que ce processus aille au bout, et un acheteur, ce fonds d'investissement, qui, lui, protège aussi les conditions de l'offre qu'il a formulée. Et il y a l'intervention, au milieu de tout cela, de Bordeaux Métropole, en tant que propriétaire du Matmut Atlantique, qui exige, à juste titre, toutes les garanties nécessaires. 

Donc il n'est pas illogique de se trouver dans une situation où il y a beaucoup de questions qui sont posées sans forcément avoir pour l'instant toutes les réponses. 

Ce genre de montages, de fonds d'investissement adossés à un autre, c'est devenu la norme ?

On le voit de plus en plus. Il y a beaucoup d'argent dans le football mondial et européen en particulier. Par définition les secteurs qui brassent beaucoup d'argent attirent les fonds d'investissement. Donc ils arrivent, notamment dans les pays qui le permettent. On l'a vu en Angleterre, en Italie, en France. C'est plus difficile dans les clubs allemands ou dans certains clubs espagnols qui sont détenus par leur association ou par leurs supporters. 

Mais effectivement ça se voit de plus en plus. C'est donc une question qui peut être amenée un jour à devoir être tranchée par les instances européennes, si jamais il y a des dérives observées sur la provenance de l'argent ou sur la sortie de l'argent de l'économie du football… Il faudrait peut-être pense à une régulation qui permette de s'assurer que l'argent qui est investi dans les clubs ne provienne pas d'activités de l'économie souterraine. 

L'action de Bordeaux Métropole vise à se prémunir contre un éventuel dérapage

Mais tous ces fonds d’investissement, qui s’endettent auprès d’autres, n’ont pas, ou peu de fonds propres… C’est inquiétant ? 

C’est inquiétant sans l’être. Ce qui serait inquiétant, c’est qu’à un moment ou à un autre, le club se retrouve dans une situation économique délicate et que son actionnaire ne soit pas en mesure de soutenir le club, comme M6 l’a fait pendant toutes les années de son actionnariat. Cette inquiétude se justifierait uniquement en cas de crise forte au sein des Girondins de Bordeaux. 

C’est le scénario du pire. Mais est-ce qu’il vous paraît probable ? 

Non, on ne peut pas dire aujourd’hui que le club va se retrouver dans cette situation-là. Je pense justement que l’action de Bordeaux Métropole, même si elle est centrée sur la question de la garantie apportée au stade, vise aussi se prémunir contre un éventuel dérapage.

Maintenant il y a tout un ensemble de signaux qui sont plutôt au vert. L’augmentation des droits télé à l'horizon 2020, l'économie du football qui se porte bien et qui est plutôt en croissance… Cela ne fait pas craindre, aujourd'hui, un scénario catastrophe de Bordeaux à moyenne échéance.

On a du mal à imaginer que les Girondins de Bordeaux puissent être véritablement rentables [...] au bout de cinq à dix ans.

Pour autant, c’est compliqué de l’argent dans le football. 

Effectivement. On sait que les investisseurs qui veulent acheter les Girondins de Bordeaux ont dit vouloir être là pour 5 à 10 ans. Et ce club n'a pas fait la démonstration de sa rentabilité, bien au contraire.  Sur les 10-15 dernières années, il n’y a eu que deux exercices excédentaires. Celui où les Girondins de Bordeaux ont vendu Yoann Gourcuff à l'Olympique Lyonnais, et l'exercice dernier, avec la vente de Malcom au FC Barcelone. 

Le transfert de Malcom a permis aux Girondins d'éponger leur déficit pour la saison 2017/2018. - Maxppp
Le transfert de Malcom a permis aux Girondins d'éponger leur déficit pour la saison 2017/2018. © Maxppp - Maxppp

Entre temps le club est systématiquement en déficit, et donc à ce moment-là, l’actionnaire doit jouer son rôle en assurant la pérennité du club et donc en investissant dans le capital ou en investissant en compte courant. On a du mal à imaginer que les Girondins de Bordeaux puissent être véritablement rentables et puissent permettre aux futurs actionnaires de réaliser une bascule financière positive au bout de cinq à dix ans. 

Je pense que le futur actionnaire voudra renégocier les termes de ce contrat, voir entrer au capital de la société qui exploite le stade

Donc la vente de joueurs, c’est l’unique moyen de gagner de l’argent ?

Effectivement, il n'y a pas de recette miracle. Il y a évidemment la vente de joueurs, puisque c'est un marché en inflation. Mais ce qui peut surtout permettre de gagner de l'argent, c’est de maîtriser ses outils de production, en l'occurrence son stade. Aujourd’hui ce n’est pas le cas, les Girondins de Bordeaux sont locataires du Matmut Atlantique. Ils n’ont que peu de marge de manœuvre. Je pense que le futur actionnaire voudra renégocier les termes de ce contrat, voir entrer au capital de la société qui exploite le stade comme l'a fait par l'Olympique de Marseille. 

Et puis, l’autre façon de gagner de l’argent, c’est de développer ses revenus en France et à l'international, en développant la "marque club". Or, Bordeaux est une marque qui rayonne à l'international. Et il y a beaucoup beaucoup de choses à faire aujourd'hui, pour faire rentrer le club dans l'ère moderne du football, qui est vraiment axée sur le développement commercial. 

Et il y a des exemples de développements de marque réussis, en France ? 

Même s’il est un peu à part, parce que ce n’est pas le même budget, il y a le Paris Saint-Germain, qui arrive à faire rayonner la marque « Paris ». A un niveau en-dessous, il y a aussi ce que fait l’Olympique de Marseille, avec le nouveau propriétaire Franck McCourt, qui est en train de re-dynamiser la marque OM, qui sommeillait un petit peu. 

Il est plus viable et pérenne à long terme de s’inspirer de ce qui se fait à Marseille ou à Lyon, plutôt que d’un modèle basé sur une activité de transfert dont les revenus sont par nature extrêmement volatiles. 

A travers le slogan "Hands Off FCGB", les Ultramarines montrent régulièrement leur hostilité au rachat. - Radio France
A travers le slogan "Hands Off FCGB", les Ultramarines montrent régulièrement leur hostilité au rachat. © Radio France - Arnaud Carré

Il y a eu beaucoup de réactions négatives, notamment des Ultramarines, qui ont été jusqu’à parler d’ « argent sale »… 

_C_e phénomène de rejet ou d’incompréhension des supporteurs est certainement né de ce modèle compliqué. Avec GACP, plus un garant qui est encore un autre fonds d’investissement… Tout cela a pu effrayer les supporters locaux. Notamment parce qu'on a eu des exemples de difficultés, comme à Lille la saison dernière. 

Il va donc falloir les rassurer. Une fois que les actionnaires seront en place, il va falloir qu’ils mettent en place l'ensemble des actions nécessaires pour permettre de financer les activités du club, d’atteindre ses objectifs sportifs et développer ses revenus. Cela irait dans le sens des actionnaires, mais aussi des supporters puisque cela permettrait d'être plus compétitif.