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Économie – Social

Secours populaire de la Marne : les plus démunis renoncent de plus en plus à se soigner

mardi 11 septembre 2018 à 20:54 Par Lucas Valdenaire, France Bleu Champagne-Ardenne

Près d'un Français sur cinq renonce à se soigner, faute d'argent. Le chiffre est publié ce mardi par le Secours populaire dans un sondage IPSOS. Dans la Marne, les bénévoles le constatent de plus en plus. L'association se mobilise pour leur venir en aide.

En plus de l'aide alimentaire, le Secours populaire de la Marne tient une permanence "santé" tous les mercredis de 14h à 16h à Reims.
En plus de l'aide alimentaire, le Secours populaire de la Marne tient une permanence "santé" tous les mercredis de 14h à 16h à Reims. © Radio France - Lucas Valdenaire

Reims, France

Hervé pousse les portes du Secours populaire pour la première fois. A 61 ans, il vient récupérer un peu de nourriture pour sa fille et lui. Il est à la retraite depuis peu et ne touche plus les allocations chômage. "Une fois que le loyer et l'électricité sont payés, je n'ai plus rien. Après les factures, je n'ai plus de sous. Alors, je n'ai pas d'autre choix que de venir ici. C'est la première fois. C'est un peu con à mon âge. Mais bon quand on n'a pas le choix, on n'a pas le choix." Ce qui le préoccupe en ce moment, c'est cette facture qui traîne à la maison : une dépense de santé imprévue, impossible à régler.

Je me suis fait opérer et il reste 300 balles à payer. Je ne sais pas comment je vais faire. Je vais peut-être envoyer la facture au président. Lui, il a des sous.

L'exclusion, "conséquence dramatique"

Hervé n'est pas le seul à rencontrer des difficultés pour se soigner. Anne-Marie, bénévole depuis huit ans, confirme entre deux rayons : "On en voit souvent des gens qui viennent avec une dentition en très mauvais état et qui disent non, je ne peux pas me permettre de prendre un rendez-vous chez le dentiste. C'est douloureux d'entendre ça."

Chaque mercredi au Secours populaire de Reims, des médecins bénévoles accompagnent les plus démunis dans leurs démarches de santé. - Radio France
Chaque mercredi au Secours populaire de Reims, des médecins bénévoles accompagnent les plus démunis dans leurs démarches de santé. © Radio France - Lucas Valdenaire

D'après le baromètre IPSOS-Secours populaire 2018 : "38 % des sondés déclarent avoir des problèmes à payer certains actes médicaux mal remboursés par la Sécurité sociale. Si les difficultés sont en léger recul pour l’ensemble des Français, elles progressent chez les plus pauvres." De plus de plus de personnes vulnérables renoncent ainsi à se soigner les dents ou à changer de paire de lunettes.

Disposer d’une mutuelle santé reste également compliquée pour une proportion importante de foyers modestes.

Pour Patricia Le Corvic, le problème de l'accès aux soins et aux services de santé se pose encore plus aujourd'hui, notamment en milieu rural "là où on manque de médecins et d'ophtalmologues comme dans notre département." Selon la présidente de la fédération du secours populaire de la Marne : "Quand il faut aller sur Internet, quand on ne sait pas bien lire et écrire, c'est une difficulté supplémentaire." 

Ces difficultés ont une conséquence dramatique, c'est l'exclusion.

C'est pourquoi le Secours populaire de Reims propose une permanence "santé" tous les mercredis de 14h à 16h. Sur place, une équipe de médecins bénévoles accompagne les plus démunis dans leurs démarches de santé. 

Santé mais aussi nourriture, loyer, chauffage

L'accès aux soins n'est pas le seul problème soulevé par l'association. Selon le sondage IPSOS-SPF, plus d'un Français sur cinq a du mal à se nourrir sainement. "Le droit à l'alimentation n'est pas satisfait dans notre pays", réagit Richard Béninger, secrétaire national du Secours populaire. Une réalité qui se voit également à l'école. "En France, en 2018, 19 % des parents d’enfants de moins de 18 ans rencontrent des difficultés financières pour payer la cantine," rappelle l'association.

A VOIR - Thierry Marx, parrain de la campagne Pauvreté-Précarité 2018 : "La nourriture, c'est du lien social."

"Les bastions contre la pauvreté que constituaient communément l’emploi ou la cellule familiale ne sont plus une garantie contre la précarité au quotidien," déclare le Secours populaire dans son baromètre : "Les Français expriment cette crainte, et disent redouter des lendemains incertains pour leurs descendants.

81 % des sondés considèrent en effet que le risque que leurs enfants connaissent un jour la pauvreté est plus élevé que pour leur génération.

Les dépenses de logement et de chauffage posent également problème : "57 % des sondés parviennent difficilement à payer leurs dépenses d’énergie et 45 % leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges de leur logement."

"Plus d’un tiers des Français a été confronté en 2018 aux privations multiples avec toutes les souffrances que cela comporte. Ils étaient 37 % en 2017, ils sont désormais 39 % (+ 2 points) à avoir connu un moment de leur vie une situation de pauvreté," détaille le Secours populaire. Parmi ces personnes en grande difficulté, la part des personnes âgées et des femmes reste plus importante.

"L'ennemi, c'est l'injustice"

Une situation "révoltante" pour Patricia Le Corvic responsable de la fédération de l'association dans la Marne. "Et j'espère qu'on entend bien ma révolte. Il ne faut pas rentrer dans la banalisation de la pauvreté. Il faut combattre cette injustice."

L'ennemi, c'est l'injustice, ce sont ces situations, ces drames humains. L'enjeu est énorme et c'est le citoyen qui va juger les résultats de la politique.

"Il ne faut pas rentrer dans la banalisation de la pauvreté," déclare Patricia Le Corvic (Secours populaire de la Marne)

En 2015, 8,9 millions de Français vivaient sous le seuil officiel de pauvreté fixé à 1.015 euros par l'INSEE. Ce seuil de pauvreté est calculé sur la base de 60% du revenu médian national. En comparaison, le SMIC net est fixé aujourd'hui à 1.173 euros. 

Pour tenter de lutter contre cette pauvreté, Emmanuel Macron doit dévoiler sa stratégie ce jeudi à 10h au Musée de l'Homme à Paris. Son plan devrait être tourné vers la prévention de la pauvreté dès le plus jeune âge et l'accompagnement vers l'emploi. Des annonces importantes concernant les minima sociaux sont également attendues, sans oublier l'extension de la CMU, la Couverture maladie universelle. Ce plan pauvreté était attendu au mois de juillet dernier (en plein Mondial de football) mais le chef de l’État avait décidé de le reporter.