Économie – Social

SMIC : le coup de pouce encore mis à l’index

Par Christophe Tourné et Thomas Nougaillon, France Bleu Bourgogne lundi 19 décembre 2016 à 17:35

Smic (Illustration)
Smic (Illustration) © Radio France - Julio PELAEZ

C’était l’information majeure ce lundi pour des milliers de salariés en Côte-d’Or, le SMIC est revalorisé de 0.93% à compter du 1er janvier prochain. C’est le taux légal. Pas plus.

1480, 27 euros. Voilà ce que toucheront les salariés payés au SMIC en 2017. La ministre du travail , Myriam El Khomri, a dévoilé son nouveau montant au terme de la réunion avec les membres de la Commission nationale de la négociation collective (CNNC).

Le nouveau montant horaire brut s’établit à 9,76 euros. L’augmentation est de 0.93%. C’est le taux légal calculé notamment sur l’inflation. Mais pour un coup de pouce supplémentaire, il faudra encore patienter, sachant que le dernier remonte à 2012. Un groupe d'experts sur le Smic avait conseillé au gouvernement le 28 novembre dernier de ne pas accorder de bonus en 2017 à cause d’ « un risque de déstabilisation à partir d'une situation économique fragile ». Conseil suivi par l’exécutif.

Vivre avec le smic

Au delà des chiffres: vivre avec un Smic c'est très dur et pour s'en sortir il faut se débrouiller. Antoine le sait bien. Il a 25 ans et il est titulaire d’un CAP et d’un bac Pro de Boulangerie. Depuis quelques mois, il est préparateur dans "un terminal de cuisson" (c'est à dire une boulangerie industrielle) du centre-ville de Dijon. Quand il déduit tout ce qu'il doit payer (pour la location de son appart, les forfaits téléphone/internet, l'eau, l'électricité, les assurances), il lui reste 300 euros par mois pour vivre!

Soit tu bosses, soit tu crèves !

« Ma copine fait des études, donc elle n’a aucun revenu et tout est à ma charge. A deux c’est vraiment compliqué. A partir du quinze du mois, on n’a déjà plus d’argent pour payer ses études, en plus c’est le mois de Noël donc c’est encore moins évident. Il faut sortir de l’argent et faire des sacrifices constamment. Ce n’est pas supportable. Quand on voit les gens qui font les magasins et que toi, tu dois te priver, ça fout la rage. Et quand on voit les chiffres que la société fait, environ trois mille euros par jour, c’est trois smics. On trouve que ce n’est pas équitable. On est une dizaine d’employés et on est tous pareils mais on se dit qu’on n’a pas le choix. Soit tu bosses, soit tu crèves ! »

Antoine témoigne sur le smic - Radio France
Antoine témoigne sur le smic © Radio France - Thomas Nougaillon

Selon une étude de la Direction de l'Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques (le "DARES", une émanation du ministère du travail) la proportion des salariés au Smic est en baisse continue depuis une décennie. En effet en 2005, les Smicards, représentaient 16,3% de la population active. Et en 2016 ils ne seraient plus que 10,5%. Des chiffres à prendre avec des pincettes puisque beaucoup de salariés touchent quelques euros de plus et ne sont plus comptabilisés comme SMICARDS selon la CGT.

Du côté des syndicats justement, on estime qu'on est loin du compte. Pour relancer la consommation et renforcer la croissance, la CGT milite par exemple pour un SMIC à 1800 euros brut. De son côté, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière ironise sur Twitter: "la hausse du Smic permettra généreusement d'acheter 10 baguettes tradition de plus" a t-il dit.

Salomée a du mal à s'en sortir avec le Smic - Radio France
Salomée a du mal à s'en sortir avec le Smic © Radio France - Thomas Nougaillon

Employée dans un magasin de livres du centre-ville de Dijon, Salomé, 26 ans est maman d'une fillette de 4 ans est séparée de son compagnon depuis 2 ans. Pour elle la vie n'est pas simple tous les jours. D'autant qu'elle ne perçoit pas de pension alimentaire. « Je suis obligée de tout budgéter en établissant des menus avant de faire mes courses. L’idée c’est de tenir ainsi jusqu’à la fin du mois mais dès qu’il y a un imprévu ça, comme changer de chaussures, je ne peux rien faire d’autre»

Chaque mois Salomé est seule à payer la nourriture, les abonnements internet, le téléphone sans parler des 600 euros de loyer mensuel pour son petit appartement de 35 mètres carré juste à la périphérie du centre- ville, mais Dijon reste une ville chère.Employée depuis plus de deux ans dans son magasin de livre. Salomé voudrait reprendre des études. Trouver un autre boulot mieux payé. Le SMIC ça ne peut plus durer.

« Je ne pars pas en vacances et un jour, j’aimerais bien acheter mon appartement mais je ne me vois pas galérer toute ma vie. Quand on est seule avec un frigo vide, on peut se raisonner. Mais quand on vit avec un enfant, il faut trouver des solutions. ! » Conclut elle résignée.

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