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Soitec : la CGT dénonce un scandale d'Etat et un hold-up de ses dirigeants

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Par , France Bleu Isère

A Bernin, la CGT de Soitec, qui fabrique des semi-conducteurs, s'émeut de la plus-value de 98 millions d'euros empochée par une vingtaine de dirigeants après la revente de leurs actions. Dans un tract, le syndicat dénonce un hold-up, parle d'exil fiscal et de scandale d'Etat.

L'usine Soitec, implantée à Bernin
L'usine Soitec, implantée à Bernin © Maxppp - Patrick Guyot

En 2015, alors que l'entreprise iséroise de semi-conducteurs, installée à Bernin, dans le Grésivaudan, était au bord de la faillite. Elle s'était diversifiée dans le solaire mais cela avait été un échec. Pour redresser la barre, les nouveaux dirigeants avaient alors frappé à la porte du Ministre de l'Economie de l'époque, un certain Emmanuel Macron. 

L'État, actionnaire à 25% de Soitec

L'Etat, actionnaire à 25 % de Soitec, avait accepté que la nouvelle direction mette en place un plan d'actions de motivation, un MIP, pour garder les cadres qui voulaient partir. A l'époque, l'action valait 30 centimes d'euros. Depuis, Soitec a remonté la pente et l'action vaut 90 euros.

Hold-up des dirigeants de Soitec, selon la CGT

Résultat, en septembre dernier, une vingtaine de dirigeants de Soitec ont perçu 98 millions d'euros, hors marché, en cédant 3,3 % du capital, sur les 4,58 % qui leur avaient été attribués. L'entreprise précise que tout cela a été validé par les instances de gouvernance mais pour la CGT, ça passe mal, auprès du personnel. 

Fabrice Lallement est délégué CGT chez Soitec : " La France traverse une grave crise sociale, avec les Gilets Jaunes, et parmi le personnel de Soitec, il y a des gens qui ne gagnent pas beaucoup, et de l'autre côté, il y a des dirigeants qui touchent des millions. Trois d'entre eux ont quitté l'entreprise avec un beau pactole, et cela déstabilise la société. Par exemple, le directeur financier est parti, après trois ans passés chez Soitec. Au cours actuel de l'action, quand on ramène son jackpot à son temps passé dans l'entreprise, on arrive à près de 11 000 euros par jour !"

Soitec, qui s'est séparé de sa branche solaire, a retrouvé la croissance et a pu réembaucher. Elle compte actuellement 1450 salariés, dont 1150 en poste à Bernin. Le personnel de Soitec est, selon la CGT, écœuré par ce tour de passe-passe. Certes, le personnel bénéficie d'un plan d'actions pour tous. Mais en moyenne, cela représente 25 000 euros par personne, rien à voir avec le pactole des responsables.

Une salle blanche, chez Soitec, qui fabrique des semi-conducteurs
Une salle blanche, chez Soitec, qui fabrique des semi-conducteurs © Radio France - Marc Greiner

Exil fiscal à Singapour

Le CGT parle aussi d'exil fiscal car les dirigeants de l'entreprise se sont déjà installés à Singapour, soi-disant pour des raisons stratégiques, mais pour la CGT, c'est surtout parce que c’est un paradis fiscal. Fabrice Lallement : " En janvier dernier, le Ministre de l'Economie actuel, Bruno Lemaire, a dit qu'il fallait que dans toute entreprise où l'Etat à une participation, majoritaire ou minoritaire, le dirigeant de cette entreprise soit résident fiscal en France ! C'est tout le contraire qui se passe chez Soitec !"

Fabrice Lallement, secrétaire de la CGT chez Soitec, veut défendre l'entreprise et le personnel

Paul Boudre, le directeur général de Soitec, qui a reçu près de 18 millions d'euros, a promis qu'il allait réinvestir une partie de cette somme dans Soitec !

Prends l'oseille et tire-toi !

Mais cela est loin de calmer les esprits, car si tout cela est légal, pour la CGT, c'est amoral :  "Soitec a toujours été présentée comme la pépite technologique de l'industrie française. Née au sein du CEA-LETI, elle a bénéficié de fonds publics, d'infrastructures publiques. Et aujourd'hui, une poignée de dirigeants se "gavent", pendant que les salariés "mouillent" le maillot. C'est un peu le film de Woody Allen, 'Prends l'oseille et tire toi' !" ironise la CGT qui souhaite que "de tels faits avalisés par l'Etat ne puissent plus se reproduire dans et en dehors de notre société".

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