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Une usine historique menacée de fermeture dans le Tarn-et-Garonne, toute une vallée en sursis

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Par , France Bleu Occitanie

À Laguépie, petit village du Tarn-et-Garonne, l'attitude des dirigeants de l'usine Honeywell, autrefois la société Annic,inquiète au plus haut point les élus locaux. Face au mutisme des propriétaires américains qui chercheraient à démanteler le site occitan, ils interpellent le sommet de l'Etat.

La présidente de la région Carole Delga avait visité l'usine de Laguépie en juillet 2019.
La présidente de la région Carole Delga avait visité l'usine de Laguépie en juillet 2019. - Phillipe Grollier / Région Occitanie

Pendant que des milliers d'emplois sont menacés dans l'aéronautique, le tissu industriel dans les campagnes souffre aussi, un peu plus en silence. Dans le village de Laguépie, 600 habitants, près de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne), les élus locaux essaient de mobiliser les hautes autorités à propos de l'usine Honeywell et ses 61 salariés

Dans ces gorges de l'Aveyron, est installé depuis 65 ans le leader européen de la chaussure de sécurité MTS qui équipe par exemple les pompiers de Paris. Personne n'a jamais parlé officiellement de fermeture mais plusieurs indicateurs jettent le trouble.

Une direction fantôme et un doute insupportable

Au départ, Honeywell c'est d'abord la société Annic à Laguépie, fondée par la famille Mercadier. L'usine familiale fait vivre une centaine de personnes dans la vallée. Les ouvriers viennent du village, des alentours mais aussi du Tarn et de l'Aveyron voisins. Il y a une dizaine d'années, l'entreprise est rachetée par la multinationale américaine Honeywell, un géant touche-à-tout, présent aussi dans bien dans les masques de protection (avec une usine en Bretagne qui a d'ailleurs fermé), que l'aéronautique (avec un site à Toulouse) ou les objets connectés. 

L'entreprise démontre alors son savoir-faire et parvient même à tenir tête à la concurrence asiatique. Et puis, depuis janvier 2020, le site de Laguépie n'a plus de dirigeant. Celui qui est parti n'a pas été remplacé, c'est un comité de direction provisoire qui tente de tenir la barre, à l'aveugle. "Nous avons alerté le préfet, explique Monique Ferrero, conseillère départementale du canton de Quercy-Rouergue, mais cela fait neuf mois que la situation n'a pas bougé". Et certains indicateurs ont mis la puce à l'oreille des élus locaux en l'espace de moins de deux ans. De 90 employés, on n'en compte plus que 60. Des quinze intérimaires, il n'en reste plus que deux.

La conseillère départementale Monique Ferrero tente d'alerter les pouvoirs publics sur le cas Honeywell à Laguépie.
La conseillère départementale Monique Ferrero tente d'alerter les pouvoirs publics sur le cas Honeywell à Laguépie. - Page Facebook de M. Ferrero

C'est insidieux, mais Honeywell fait tout pour dévaluer le site de Laguépie pour justifier la fuite des compétences en Chine. - Emmanuel Cros, le maire

Mais surtout, la recherche et le développement ont été peu à peu abandonnés à Laguépie. "Si vous abandonnez la R&D dans une entreprise, vous n'innovez plus, vous ne changez pas de gamme. Et les chaussures de sécurité, c'est comme les voitures. On ne vend plus de R5 aujourd'hui on vend des Clio. Donc l'usine de Laguépie perd de la valeur", déplore Emmanuel Cros. Et puis ce qui s'est passé en Belgique laisse pantois les observateurs locaux. Là-bas, se trouve l'un des distributeurs logistiques majeurs de l'usine occitane, garant de la réactivité de la production occitane. Il a fermé. "Tout est fait pour dévaloriser le site de Laguépie, c'est stratégique", se méfie le maire dont l'épouse a longtemps travaillé pour les chaussures de sécurité. Dans cette entreprise aux origines familiales, pas de syndicat, tout s'était toujours passé directement entre le personnel et la direction locale quand elle était encore là. Les salariés ne bougent pas une oreille, et pour cause, ils auraient signé une charte de confidentialité. "S'ils causent, ils ont peur d'être licenciés", assurent les édiles.

Les élus locaux montent au créneau

Le maire et le Conseil départemental, aux marges de manœuvre limitées, ont trouvé un allié de poids en la personne de Serge Regourd, conseiller régional natif de Laguépie et conseiller municipal. Son propre père était l'un des meilleurs amis des Mercadier, les fondateurs d'Annic. C'est lui qui a sonné la charge à la Région et alerté les services. 

La présidente Carole Delga a été mise au parfum, elle suit le dossier. "Honeywell se porte bien, quoi qu'elle veuille nous faire croire, l'entreprise de Laguépie est rentable, martèle Serge Regourd. On ne peut rien faire contre une multinationale qui ne liquide pas. En revanche on peut essayer de négocier pour qu'elle cède ses actifs". Vendre l'usine tarn-et-garonnaise à des repreneurs qui se seraient déjà manifestés, en gros. A la Région, qui détient les compétences économiques, d'organiser ensuite les modalités de maintien de l'emploi et de développement du site. Il est là, le plan de Serge Regourd et la région Occitanie.

"C'est un fleuron économique du Tarn-et-Garonne et l'une des dernières installations industrielles des gorges de l'Aveyron. La survie de tout un territoire en dépend". - Monique Ferrero, Conseil départemental 82

En attendant, le maire va rencontrer ce mercredi le directeur régional de Honeywell. Emmanuel Cros n'en attend pas grand chose. Avec Monique Ferrero, ils attendent de pied ferme surtout le directeur national, qui devrait se déplacer dans les gorges de l'Aveyron autour du 20 octobre prochain. "On ne veut pas que ça passe à la trappe sous prétexte du Covid, alors que l'épidémie n'a pour le coup aucun rapport avec tout ça", soupire Monique Ferrero. "La vallée a déjà été assez meurtrie". Il y a 26 ans fermait la cimenterie Lafarge de Lexos, juste à côté, où plus d'une centaine de personnes travaillaient. 

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