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Économie – Social

Tarn : la crise du diesel a eu raison de Sofual et ses huit emplois

jeudi 10 janvier 2019 à 4:03 Par Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie

Ce mardi 8 janvier, le tribunal de commerce d'Albi devait prononcer la liquidation judiciaire de Sofual, une affinerie de Saint-Juéry (Tarn), 27 ans d'existence. L'entreprise, qui recycle l'aluminium, tournait à plein régime jusqu'à l'été dernier. Mais les difficultés du diesel ont plombé la PME.

Frédérick Bevierre, le directeur (à droite) et 4 des salariés de Sofual.
Frédérick Bevierre, le directeur (à droite) et 4 des salariés de Sofual. © Radio France - Bénédicte Dupont

Saint-Juéry, France

À Saint-Juéry près d'Albi, dans le bassin historique des Forges du Saut de Sabo on a toujours vu fumer la cheminée de Sofual. Moins ceci dit depuis les normes environnementales et l'installation des filtres. Sofual, administrée par la famille lyonnaise Lenne, est, depuis 1991, une affinerie : elle récupère l'aluminium partout où il se trouve (volants de voiture, seaux de champagne, grenades, canettes, pièces de baby-foot, etc) et le transforme en lingots que lui achètent les fonderies, qui travaillent elles-mêmes souvent pour l'automobile. 230 à 250 tonnes de lingots empilés par an et une santé économique plutôt stable, notamment depuis 2013 et un incendie qui avait failli coulé la société. Sofual ne craint que le feu... et le déclin du diesel. Juillet 2018 : Nicolas Hulot annonce que le gouvernement souhaite renoncer au diesel et l'essence d'ici 2040. Effets immédiats sur le tissu industriel. En quelques mois, l'affinerie tarnaise perd 60% de ses commandes. 

Frédérick Bevierre, le directeur : "Nos clients ont retiré 130 tonnes sur les 230 qu'on produit chaque mois"

La cheminée de Sofual a longtemps fumé au dessus de Saint-Juéry. - Maxppp
La cheminée de Sofual a longtemps fumé au dessus de Saint-Juéry. © Maxppp - Bénédicte Dupont

Les commandes se sont aussitôt effondrées : les fondeurs et surtout les gros industriels automobiles n’appellent plus. "Même en septembre, l'activité n'a pas repris, déplore Frédérick Bevierre le directeur. Ça s'est dégradé en six mois alors que tout l'outil de travail est au top. C'est une première pour Sofual". L'entreprise est aussi handicapé par ce fameux incendie de 2013 qui a plombé les comptes. Sofual a sorti la tête de l'eau mais elle a un passif, qui ne lui permet pas de supporter un manque de rentabilité. "Les politiques ne se rendent pas compte. Ils font des annonces sans imaginer qu'il y aura des conséquences..."

C'est paradoxal de privilégier l'électrique au détriment du diesel. Tout le monde sait que recyclage des batteries va être une catastrophe écologique. Nous on recyclait l'aluminium usagé, on était pile poile dans la Cop21. Ça n'a pas suffi à nous sauver. — Franck Bevierre, le directeur

Des volants de voiture étaient recyclés pour finir en lingots d'aluminium. - Radio France
Des volants de voiture étaient recyclés pour finir en lingots d'aluminium. © Radio France - Bénédicte Dupont

Un repreneur s'est manifesté pour une reprise partielle

Ce 8 janvier, le tribunal de commerce d'Albi a octroyé un délai de huit jours pour trouver un repreneur. Un candidat s'est bien présenté mais le procureur voudrait d'autres propositions car cette option ne garderait que trois des sept salariés et proposerait un virage : . Et chez Sofual, on est attaché à l'outil, on est aussi attaché à l'esprit d'entreprise. Laurent, chef d'atelier, 51 ans : "Je ressens de l'amertume car c'est une boîte où on aime venir travailler malgré la pénibilité. Ici, on n'a pas de pointeuse et ça ne nous empêchait pas de venir bosser volontairement le samedi. On ne pensait pas que ça arriverait aussi vite. Si il faut rebondir, ça va être compliqué.

Sofual produisait des lingots d'aluminium comme celui-ci (environ 6 kilos). - Radio France
Sofual produisait des lingots d'aluminium comme celui-ci (environ 6 kilos). © Radio France - Bénédicte Dupont

Discret, à l'arrière du groupe, le doyen de Sofual, presque là depuis le début : José, 53 ans dont 23 de boîte. Lui non plus n'a pas envie de songer au pire. "J'en veux aux politiques. Eux sont tranquilles, ils ne pensent pas à nous. Moi j'ai 53 ans, des crédits, des enfants. Je fais comment?". À coté un autre empileur, Ahmed, 37 ans et déjà un licenciement économique au compteur. "Quand je suis arrivé ici il y a 16 mois, ça tournait plein pot, on le voyait dans l'allée centrale, c'était rempli de lingots partout", se souvient-il. 

Après, si l'activité ne reprend pas, j'irais pointer à Pôle Emploi. J'avais mis un an la dernière fois pour retrouver un boulot, c'est long. — Ahmed, technicien

Le directeur s'inquiète aussi pour les dégâts collatéraux, pour les autres fonderies. "Nous, petite affinerie, on pouvait fournir de petits volumes aux fonderies. À qui s'adresseront-elles maintenant? Je sais qu'il y a déjà des fonderies en difficulté comme celle du Poitou".  Pour l'instant, les sept salariés ne sont pas au chômage technique. Le tribunal de commerce d'Albi tranchera la semaine prochaine. L’administration couvrira les salaires pendant un mois et demi encore, avant la reprise ou le licenciement.