Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Économie – Social

TEMOIGNAGE - A l'hôpital de Pithiviers, un médecin des urgences à bout de forces et d'illusions

-
Par , France Bleu Orléans

La grève illimitée du personnel de l'hôpital de Pithiviers, se poursuit cette semaine, les discussions sur les conditions de travail et le manque de personnel, sont au point mort... Illustration de ces conditions de plus en plus difficiles, la situation au service des urgences de l'hôpital

Le service des urgences de l'hôpital de Pithiviers
Le service des urgences de l'hôpital de Pithiviers © Radio France - Anne Oger

Pithiviers, France

Le docteur Kiram Lezzar  est médecin au service des urgences de l'hopital de Pithiviers, "ça fait un bon moment que je suis là" dit-il. Il nous reçoit dans son bureau, quelques minutes, pas plus, il est le seul médecin du service. Comme tous les jours. Il n'y a bien souvent qu'un seul médecin en charge des urgences et de l'hospitalisation de courte durée. Parfois même, il n'y en a pas au SMUR, la Structure Mobile d'Urgence et de Réanimation, chargée des interventions extérieures, faute de remplaçant. Dans ces cas-là, il faut fermer, pas question de recevoir les appels d'urgence, ils sont transférés à Orléans. 

C'est un collègue intérimaire que j'ai appelé et qui a accepté de venir, pour qu'on puisse rouvrir le SMUR pour la nuit

C'est ce qui est arrivé jeudi dernier. Pas de médecin en journée. "Ce matin il y avait une intervention à Boiscommun, vous voyez le temps qu'il faut pour arriver d'Orléans" ? Jeudi, c'est lui, le médecin urgentiste, qui dit s'être chargé de trouver un collègue pour assurer quand même la permanence de nuit du SMUR. "C'est un intérimaire, qui a accepté de venir, mais il ne pouvait rester que jusqu'à 7 heures du matin, il avait une autre garde à prendre ailleurs". Ce genre de situation, selon le docteur Kiram Lezzar, se reproduit de plus en plus souvent

Un patient qui ne suivait plus son traitement, faute de médecin traitant

A tel point qu'il a décidé de prendre la parole : "on prend soin d'une population totalement délaissée, ici à Pithiviers. Délaissée par tous. Les gens viennent nous voir pour nous demander d'être leur médecin traitant, parce qu'il est parti en retraite. Là je viens de prendre en charge un patient qui n'a plus de médecin depuis plusieurs mois, il ne prend plus ses médicaments, _il est arrivé en détresse respiratoire sévère_". Ca c'est le quotidien de tous les médecins urgentistes de la région Centre Val de Loire, finalement. Et à Pithiviers, l'activité est irrégulière, le service ne tourne pas toujours à plein. 

Quelle prise en charge pour les patients ? On le voit rapidement, puis on passe au suivant !

"Mais on nous rajoute de plus en plus de tâches, les infirmières par exemple doivent gérer le dépôt de sang désormais, ils ont fermé le laboratoire d'analyses, elles doivent s'en charger... Nous, on gère nos plannings, on appelle les confrères pour trouver des remplaçants, on fait tout ici ! Et ça fait 10 ans que ça dure ! Et quelle prise en charge pour les patients ? _Ce sont nos pères, nos mères, qui viennent ici_. On les voit et tout de suite on passe au suivant, quand vont-ils comprendre que ça ne peut pas continuer" ?

Je ne peux plus assumer tout ça, je vais partir. On ne peut pas quitter le navire, mais il faut que je sauve ma peau 

Un ras-le-bol qui pousse le docteur Kiram Lezzar à prendre une décision radicale et à contre-coeur : "aujourd'hui je vous le dis : je ne peux plus assumer tout ça, je vais partir. Il y a des gens qui ont résisté longtemps, moi je suis encore là, mais pas sur le dos de mon diplôme, pas sur le dos de ma responsabilité. Moi, en tant que médecin, je peux trouver du travail n'importe où. J'ai choisi de m'installer à Pithiviers et je dois assumer, mais quand on est tout seul, le seul responsable dans un service ? Je sauve ma peau, tout simplement"

Qu'ils le ferment cet hôpital, qu'ils en assument la responsabilité !

Ces mots, prononcés devant Vincent Authier, brancardier et délégué CGT à l'hôpital de Pithiviers, l'inquiètent et le touchent. "S'il part personne ne viendra le remplacer, il faut que je lui parle. Mais en même temps, quand on veut être en sécurité, nous en tant que soignants, on s'en va, c'est la seule solution ! Pour moi tout ça c'est fait exprès, ils attendent le drame, ils veulent qu'on ferme cet hôpital, sur le dos des soignants et des médecins. Mais il faut que ceux qui mettent nos métiers, nos diplômes en danger, et celle des gens, assument leur responsabilité". Les mots sont forts, inquiétants, le ras-le-bol, lui, est général.