Économie – Social

Tilly Sabco à la dérive. Les salariés se serrent les coudes

Par Valérie Le Nigen, France Bleu Breizh Izel jeudi 22 septembre 2016 à 18:48

Abattoir de Volailles Tilly Sabco
Abattoir de Volailles Tilly Sabco © Radio France - Annaig Haute

A Guerlesquin dans le Nord Finistère, il n'y a pas grand chose pour espérer se recycler. Les 196 salariés du volailler Tilly Sabco sont donc légitimement inquiets après 12 semaines de chômage technique. Ce jeudi matin, ils se retrouvaient autour d'un café après ces longues semaines à la maison.

Les délégués du personnel sont venus très tôt pour mettre en route des percolateurs. Cela sent bon le café. Chacun prend des nouvelles. On s'inquiète surtout de ceux qui ne sont pas là. Ceux qui ne sortent plus de chez eux et restent seuls, confrontés aux problèmes bancaires et à l'anxiété. Peu à peu, 70 salariés s'installent en rond autour d'une psychologue. La "cellule" psychologique permettra une écoute et une aide morale pour affronter les prochaines semaines. Très vite, les ouvriers s'échappent pour se retrouver par petits groupes au soleil. Ils ont surtout besoin de se parler. Entre eux.

Au chômage technique, faut pas croire qu'on touche un salaire normal !" - une salariée de Tilly Sabco

Vendredi dernier, ils ont appris que la date limite pour déposer des offres de reprise fixée au 20 septembre, était finalement reportée au 4 octobre. Mais rien n'a filtré sur les raisons. Est-ce pour gagner quelques semaines avant inéluctable ? Les salariés racontent comment l'absence totale d'information sur l'avenir est de plus en plus pesant. Certains regrettent de ne pas être partis lors du plan social de 2014. "Ceux qui sont partis à ce moment là ont perçu une prime de 5.000 euros que nous n'aurons pas. Et puis Pôle emploi prend en compte les derniers mois. Or, nous, on ne travaille plus. Au chômage technique, faut pas croire qu'on touche un salaire normal !" lance une salariée qui refuse de s'exprimer au micro. Sur cette question, les plus jeunes estiment avoir cotisé à la retraite deux ans de plus et avoir remboursé deux ans de crédit maison en plus. "C'est toujours cela", sourit Philou, un  chauffeur.

Manque cruel d'information

Philou reste souriant par philosophie mais il est en colère : "J'aimerais que Chapalain et Sauvaget viennent s'expliquer. On ne les voit plus. Ils nous ont laissé tomber comme des boeufs".  Philou parle de Jean-Jacques Chapalain, le président de la CCI de Morlaix qui a investi 3 millions d'euros il y a trois ans pour soutenir le projet de reprise par MS Food et Olmyx. Daniel Sauvaget est l'ancien PDG qui a gardé plusieurs mois des fonctions de direction. Depuis plusieurs semaines, l'étage de la direction est vide. Les salariés sont en manque cruel d'information.

Se serrer les coudes

Ils vont devoir se serrer les coudes. Notamment les 14 couples. "C'est vrai que c'est difficile quand on est deux 'Tilly' à la maison", reconnait Nadine. "On a vraiment du mal à parler d'autre chose. On tourne en rond avec nos soucis." Chacun se raccroche au calendrier : un CE lundi 26 septembre et un point au tribunal de commerce de Brest mardi 27 septembre. Jeudi prochain, un nouveau temps de retrouvaille autour d'un café est proposé. Avant le 4 octobre, il n'y aura probablement pas d'information importante. Mais patienter ensemble en prenant soin les uns des autres, cela a du sens.