Économie – Social

Toulouse : des familles migrantes campent devant la Veille Sociale

Par Bénédicte Dupont, France Bleu Toulouse mardi 27 septembre 2016 à 16:58 Mis à jour le mercredi 28 septembre 2016 à 9:08

Cette famille Rom albanaise n'a pas assez de place dans une seule tente et dort dehors.
Cette famille Rom albanaise n'a pas assez de place dans une seule tente et dort dehors. © Radio France - Bénédicte Dupont

Depuis lundi soir, une quarantaine de personnes étrangères dorment dans des tentes ou dehors devant les locaux de la Veille Sociale, avenue Etienne Billières, à Toulouse. Sans solution d'hébergement depuis le printemps, ces familles ne se sentent pas en sécurité dans la rue.

Depuis lundi soir, une quarantaine de personnes campent dans des tentes ou dehors devant les locaux de la Veille Sociale à Patte d'Oie, avenue Etienne Billères à Toulouse. La moitié sont des enfants. Ce sont des Albanais, des Russes, des Algériens, des Africains (Angola, Ouganda). Jusque là, ils dormaient dans des squats ou dans la rue. Une partie sont des demandeurs d'asile, ils se sont retrouvés sans solution d’hébergement au printemps avec la fin de la trêve hivernale, expulsés des hôtels par l'Etat, et dans une moindre mesure par le Conseil Départemental de Haute-Garonne qui cesse de payer les nuits d'hôtel pour les mineurs et les femmes isolées. Aucune solution ne leur est proposée depuis.

Qui sont ces familles, Bénédicte Dupont ?

Je vis depuis 2 ans et demi en France avec mes trois enfants. Nous vivions dans un squat aux Arènes, mais il y a des graves problèmes de sécurité, mes enfants entendent des bruits d'armes. Je ne demande rien de luxueux, ne serait-ce qu'une chambre avec des toilettes pour toute ma famille. — Emmanuela, Rom albanaise

La Veille Sociale est débordée par les demandes à Toulouse. - Radio France
La Veille Sociale est débordée par les demandes à Toulouse. © Radio France - Bénédicte Dupont

Des familles en insécurité dans la rue ou dans des squats

Ce sont tous des étrangers, la plupart sont des demandeurs d'asile. Leurs dossiers n'ont pas été toujours traités, ou plus simplement refusés. Mais ils restent car leur situation est pire chez eux. Emmanuela est rejetée en Albanie à cause de sa condition Rom, elle et sa famille sont d'ailleurs régulièrement menacés par d'autres migrants albanais ici à Toulouse. Imane, 20 ans, a fui l'Algérie avec sa mère et son frère de 11 ans car son père voulait la marier de force : la famille dormait dans un squat dans la cité Bourbaki aux Minimes mais il a fallu partir car le squat était menacé d'expulsion.

Pour Sylvie Fernandez, déléguée CGT des travailleurs sociaux du 115 à Toulouse, ça n'est pas la questions des migrants dont il s'agit, mais plus largement de l'accès au logement. A Toulouse, le SIAO (Service Intégré d'Accueil et d'Orientation) qui fait le tampon entre la rue et le logement n'a un taux d'admission que de 7%. Pour 100 demandes, 93 sont refusées faute de solutions.

La Préfecture de Haute-Garonne contactée ce mardi soir assure "examiner la situation de ces familles au cas par cas, en lien avec la Mairie de Toulouse". Mais les familles vont à nouveau dormir sur l'avenue Etienne Billières cette nuit de mardi à mercredi.

Nous ne sommes pas débordés par les migrants. On a surtout un problème d'hébergement : depuis la sortie de l'hiver, il y a eu des sorties à la rue. Les prises en charge à l'hôtel se sont arrêtées, et les demandes en hébergement d'urgence explose. — Sylvie Fernandez, déléguée CGT des travailleurs sociaux du 115 à Toulouse

"Attention à ne pas tout confondre, Toulouse n'est pas envahie par les migrants", S. Fernandez du 115

Lettre ouverte de la Fnars et d'un collectif associatif au préfet de Haute-Garonne - Radio France
Lettre ouverte de la Fnars et d'un collectif associatif au préfet de Haute-Garonne © Radio France

Ne pas confondre avec les migrants de Calais

La Région Occitanie doit accueillir près de 1.500 migrants issus de la jungle de Calais d'ici la fin de l'année. Pour la plupart, ce sont des hommes seuls venus d'Irak, d'Afghanistan, du Soudan, d'Erythtrée. Toulouse en accueille d'ailleurs déjà, quelques dizaines d'hommes, des Somaliens qui vivent en colocation, discrètement, dans des appartements aux quatre coins de la Ville Rose. Mais ils n'ont rien à voir avec les familles dont nous parlons ici : ce sont des familles qui vivent à Toulouse depuis longtemps, en procédure de plein droit, et attendent des centres dédiés pour les demandeurs d'asile, certains de leurs enfants sont même scolarisés ici. "Il y aura des créations de places ici, mais les migrants de Calais qui viendront chez nous ne veulent pas y rester. Ils repartiront. Je ne crois vraiment pas qu'on va être débordés par les Calaisiens", précise Sylvie Fernandez, du 115. Sur l'antenne de France Bleu Toulouse, la co-coordinatrice du collectif Inter associations qui regroupe bon nombre d'associations d'aide aux plus démunis confirmait à la fois la baisse des moyens pour l'accueil d'urgence tous statuts confondus, Geneviève Genève insiste aussi sur le fait qu'il ne faut pas mélanger les migrants actuellement en Haute-Garonne et ceux susceptibles d'arriver dans les prochains mois.

"L' accueil des migrants de la jungle de Calais ou des réfugiés Syriens est un budget différent de l'hébergement d'urgence" Geneviève Genève, collectif inter associations

Les tentes, une dizaine, logent l'avenue E. Billières. - Radio France
Les tentes, une dizaine, logent l'avenue E. Billières. © Radio France - Bénédicte Dupont

Urgence sociale, hébergement : les solutions en Haute-Garonne (Préfecture)