Économie – Social

Toulouse : les syndicats divisés face au plan social chez Latécoère

Par Stéphanie Mora, France Bleu Toulouse mercredi 21 septembre 2016 à 19:47

Une centaine de salariés ont répondu à l'appel de la CGT ce mercredi midi devant le site de Latécoère à Toulouse
Une centaine de salariés ont répondu à l'appel de la CGT ce mercredi midi devant le site de Latécoère à Toulouse © Radio France - Stéphanie Mora

Depuis deux mois les syndicats négocient avec la direction de Latécoère pour limiter au maximum le plan social annoncé en juin. Ce mercredi la CGT a organisé un rassemblement, elle craint pour l'avenir de l'entreprise à Toulouse. Pour FO les nouveaux actionnaires peuvent sauver le site toulousain.

Une centaine de salariés sur le millier qui travaille sur le site de Périole a répondu à l’appel de la CGT ce mercredi. Ils refusent le plan de sauvegarde de l’emploi lancé depuis le mois de juin par les nouveaux actionnaires de Latécoère. Les fonds d'investissement Monarch et Apollo ont épongé la dette du sous-traitant aéronautique spécialisé dans la fabrication de portes d'avion et lancé un "plan transformation 2020". Une nouvelle stratégie industrielle qui comporte un plan de sauvegarde de l'emploi prévoyait au départ la suppression de 245 postes. Depuis cet été ce nombre est tombé à 194. Force ouvrière considère que si l'on prend en compte les propositions de reclassement 94 personnes perdraient leur emploi.

Il y a des perspectives, la filière est prospère nom de Dieu ! — Florent Coste, délégué CGT.

Le délégué CGT Florent Coste devant les salariés de Latécoère  - Radio France
Le délégué CGT Florent Coste devant les salariés de Latécoère © Radio France - Stéphanie Mora

Mais ce plan social passe mal chez les salariés de l'équipementier aéronautique, surtout au moment où le carnet de commande d'Airbus est plein. "10 ans ou 11 ans de carnet de commande pour Airbus il faut que ça serve à faire travailler des usines comme celle de Latécoère, martèle Florent Coste, délégué CGT sur le site de Périole. La filière est prospère nom de de Dieu ! Latécoère ne peut pas disparaître dans une période de prospérité pareille !"

Banderole, grillade et sono à fond, l'ambiance semble festive mais elle ne colle pas avec l'humeur des hommes en bleus. Henri Sochard, 30 ans d'atelier chez Latécoère, raconte : "La direction a juste dit quels postes sauteront et quels postes ne sauteront pas mais y a rien de nominatif. On n’a pas envie de se laisser faire mais il faudrait que le mouvement s’amplifie parce que on sait que pratiquement 200 emplois sont perdus alors il s’agira de vendre nos licenciements le plus cher possible". Certains envisagent déjà l'après Latécoère. Jonathan a 35 ans dont 12 sur le site de Périole et pour lui le plan social n'est qu'un début : "là, ils démantèlent un peu tout le groupe. C’est très dur de savoir qu’il va falloir changer de vie. Je me suis investi ici et je pensais y faire ma carrière et que ma vie de famille allait en découler. Là il faut repartir à zéro".

Reportage lors du rassemblement organisé par la CGT. L'inquiétude des compagnons est palpable.

Deux stratégies syndicales.

Mais là où la CGT se méfie de la stratégie des nouveaux patrons de Latécoère pointant les dernières décisions : séparation de Latécoère service, plan social à Toulouse, transfert de missions vers le Mexique ou la Bulgarie, projet de vente de terrain sur le site de la rue de Périole... Force ouvrière préfère rappeler que sans l’arrivée des fonds d’investissement Monarch et Apollo, Latécoère serait en pire posture : "Sans leur apport de cash, on aurait déjà fermé dès l’an dernier, assure Thierry Matthieu, délégué syndical central de Force Ouvrière. On est passé trois fois devant le tribunal de commerce et le rapport comptable demandé par le comité d’entreprise a montré que le plan de sauvegarde de l’emploi était inévitable sinon on ne tenait pas deux ans de plus. Nous le regrettons. Mais FO préfère négocier pour accompagner et reclasser au maximum de salariés plutôt que d’aller à la confrontation. C’est un passage obligé pour préserver l’employabilité du site et tenir jusqu’en 2020 quand les donneurs d’ordre relanceront leurs activités."

"Nous préférons négocier plutôt que la confrontation" Thierry Matthieu, délégué syndical FO à Latécoère

Les négociations sur le plan social doivent se poursuivre jusqu’en octobre. La CGT a décidé de créer un comité de défense de Latécoère pour regrouper tous les Toulousains derrière cette enseigne historique de la ville. La direction de Latécoère n'a souhaité faire aucun commentaire au micro de France Bleu Toulouse.

Mobilisation politique aussi, Jean-Jacques Mirassou conseiller départemental PS et ancien sénateur du secteur a écrit au nouveau secrétaire d'état à l'industrie Christophe Sirugue pour que l'Etat fasse pression sur la direction de l'équipementier afin de préserver le site toulousain. Par ailleurs, le leader du NPA et candidat à la présidentielle Philippe Poutou rencontrera les salariés sur le site ce jeudi en fin de matinée.