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Trafic de viande : ces Suisses qui viennent se ravitailler en France

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Besançon
Doubs, France

Les Suisses viennent acheter de plus en plus de viande en France plutôt que chez leur boucher. Depuis 2014, ils n'ont le droit de rapporter qu'1kg par personne et par jour. Cela crée un trafic de viande française. 202 tonnes de viande de contrebande ont été découvertes par la douane Suisse en 2016.

57 francs suisse le kilo contre 24 euros le kilo en France
57 francs suisse le kilo contre 24 euros le kilo en France - Fany Boucaud

La Suisse est dans l'espace Schengen pour la libre circulation des personnes. Mais pas des marchandises. Les courses des helvètes ne doivent donc pas dépasser les 300 francs Suisses par personne et par jour au passage de la douane. A noter, 1 franc suisse, c'est 1 euro.

Et si les Suisses viennent se ravitailler en France, c'est avant tout pour les prix, plus attractifs chez nous notamment pour la viande. Mais les Suisses qui terminent leurs courses au supermarché français ne savent pas vraiment pourquoi la viande est moins chère ici que chez eux. Chantal habite en Suisse et elle vient d'acheter des steaks : "On la trouve très bonne comme viande, ça nous change. Et puis il y a une énorme différence de prix, plus du double!".

Les clients Suisses ne savent pas vraiment pourquoi les prix de la viande sont aussi élevés chez eux

"Je ne sais pas pourquoi nous on paye des prix de fou la viande! Vous achetez un filet d'agneau à 14 euros le kilo en France et chez nous c'est 42 francs Suisses. C'est trois fois plus cher." Christina à la sortie d'un supermarché

En France, une façon bien différente de travailler la viande

Serge Senn est boucher au supermarché Atac à Jougne dans le Doubs. C'est le premier boucher après la frontière Suisse. Plus de la moitié de ses clients est suisse : "Eux, c'est la qualité et les morceaux nobles qu'ils recherchent. Le rumsteack, le filet de bœuf et le faux filet. Que des morceaux qui sont horriblement chers chez eux. Ils ne font pas beaucoup de race à viande, c'est surtout pour le lait. Donc ils n'ont pas forcément la matière première en qualité de viande." Et la qualité de viande n'est pas le seul facteur.

Serge Senn, boucher dans un supermarché de Jougne dans le Doubs près de la frontière Suisse

Serge Senn (à gauche) et Franck, bouchers à Jougne dans le Doubs
Serge Senn (à gauche) et Franck, bouchers à Jougne dans le Doubs - Fany Boucaud

C'est aussi une façon de travailler qui est différente selon Savas Adanir. Il est gérant du supermarché. Les Suisses représentent 40% de sa clientèle mais ils comptabilisent plus de 60% du chiffre d'affaire du magasin. "En Suisse aujourd'hui, vous avez un coût de main d'oeuvre qui est beaucoup plus cher et leur salaire minimum est plus élevé que le notre, près de 3.600 euros." Le gérant explique aussi que les Suisses travaillent des matières finies, sous-vide, chez certains alors que son boucher travaille de la carcasse : "Forcément, quand vous travaillez avec cette méthode, vos coûts de revient sont beaucoup moins chers."

Pour le rumsteak, en France c'est 22,80€ le kilo contre 51 francs suisse
Pour le rumsteak, en France c'est 22,80€ le kilo contre 51 francs suisse - Fany Boucaud

Savas Adanir, gérant du supermarché Atac à Jougne

En Suisse, le protectionnisme pour les artisans

La façon de travailler la matière première n'explique pas tout. Il y a en Suisse une politique agricole très protectionniste pour les éleveurs mais aussi les artisans bouchers. Et la boucherie, c'est une affaire de famille chez Olivier Bühlmann depuis 55 ans à Orbe. C'est à 30km de la frontière française. Le boucher a vu changer les prix après le passage à l'Euro en France : "Avant, ça concernait des couples et des familles. Mais étonnement, ce qu'on constate au sein de la corporation, c'est que ce ne sont pas les plus démunis ou le citoyen moyen qui ira plus facilement en France. Mais ceux qui ont un revenu élevé."

A la différence du kilo de rumsteack en Suisse à 51 francs suisse contre 23 euros en France
A la différence du kilo de rumsteack en Suisse à 51 francs suisse contre 23 euros en France - Fany Boucaud

"La paysannerie suisse est hyper protégée alors qu'en France, ils sont totalement démunis." Olivier Bühlmann, boucher en Suisse

Olivier Bühlmann, boucher suisse à Orbe à 30km de la frontière française

Pour justifier les prix, le boucher suisse explique qu'il faut tout multiplier par quatre après l’achat du bétail : "Un bœuf ou une génisse, vous payez à peu près 10 francs le kilos puis en France, la même bête ne représente que 4 francs. Donc le calcul, il est simple, il se répercute directement sur le prix de la viande." Le chiffre d'affaire de la boutique n'a pas vraiment bougé selon le boucher mais il a fallu qu'il diversifie sa production pour continuer à attirer les clients. Dans les années 70, ses parents proposaient une trentaine de produits, aujourd'hui la vitrine d'Olivier en compte plus d'une centaine.

Olivier Bühlmann devant la boucherie que ses parents ont ouvert il y a 55 ans à Orbe en Suisse
Olivier Bühlmann devant la boucherie que ses parents ont ouvert il y a 55 ans à Orbe en Suisse - Fany Boucaud

Olivier Bühlmann dénonce également l'arrivée sur le territoire Suisse des gros hard-discounter comme Aldi et Lidl qui cassent aussi les prix. Pour s'en sortir, les bouchers suisses créent des associations et achètent directement aux éleveurs locaux. Mais ça ne suffit pas à endiguer les achats de viande en France.

Un trafic de viande qui s'intensifie à la frontière

202 tonnes de viande de contrebande ont été découvertes par la douane Suisse en 2016. Contre 90 tonnes en 2015. Et parmi cette contrebande, il y a donc le trafic touristique : des particuliers suisses qui viennent acheter en France leur viande pour chez eux. Même si cela ne représente qu'une petite quantité de la contre-bande, ce tyoe augmente depuis ces dernières années.

Des places de parking pour arrêter le plus de voiture possible à la douane des Pargots à Villers-le-Lac dans le Doubs
Des places de parking pour arrêter le plus de voiture possible à la douane des Pargots à Villers-le-Lac dans le Doubs - Fany Boucaud

Gérard Terrier, adjudant du corps des Gardes Frontière Suisses

Et c'est dû à deux facteurs selon l'Adjudant Gérard Terrier du corps des Gardes Frontières Suisses : "C'est le cours de l'Euro qui est actuellement très favorable pour le Suisse qui se rend à l'étranger. Et puis le changement de nos directives en été 2014 avec une nette revue à la baisse des franchises pouvant importer de la France en Suisse." En fait, avant 2014, les Suisses avaient droit à 500 grammes de viande fraîche et 3,5kg de préparation.

"Avant, les Suisses pouvaient acheter 4kg de viande par jour et par personne. Mais depuis 2014, c'est maintenant 1kg. Une nouvelle politique agricole Suisse pour protéger au mieux nos éleveurs et nos artisans bouchers." Adjudant Gérard Terrier du corps des Gardes Frontières Suisses

Et pour les Suisses arrêtés à la frontière, la viande en trop est récupérée par la douane. Mais certains ont trouvé d'autres solutions. Comme Antonio et Christina qui se sont déjà fait arrêter : "La seule fois où on en avait trop. On s'est dit bon allez, on en prend un peu plus et on s'est fait contrôler. Alors pour ne pas perdre la viande, on est allé demander à un restaurant de nous la garder. Et on est venu la rechercher le lendemain. C'était il y a 20 ans. Maintenant, je ne sais pas si on pourrait encore faire ça." Le couple qui passe la frontière régulièrement assure que les contrôles des douanes suisses sont presque systématiques.

Christina et Antonio déjà arrêtés par la douane suisse

Les amendes peuvent monter jusqu'à 100 euros en fonction de la quantité de viande en supplément. Et il ne faut pas oublier non plus les droits de douane de 17 francs suisses par kilo.

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