Économie – Social

Trêve hivernale : reprises des expulsions locatives mercredi

Par Julie Guesdon, France Bleu lundi 30 mars 2015 à 18:30

Un sans-abri
Un sans-abri © MaxPPP - - Illustration

Des centaines de personnes ont manifesté partout en France samedi dernier pour protester contre la fin de la trêve hivernale. Prévue ce mercredi, la fin de la trêve va engendrer l'expulsion de plusieurs milliers de personnes incapables de payer leur loyer. Une situation dénoncée par les associations qui en appellent aux pouvoirs publiques et espèrent la réquisition de logements inhabités.

Les locataires en difficulté ne seront plus protégés à compter de mercredi 1er avril, date de la fin de la trêve hivernale 2014-2015. Cette trêve hivernale des expulsions, obtenue par l'Abbé Pierre après l'hiver 54, a démarré le 1er novembre et a protégé les locataires dans l'incapacité financière de régler leur loyer. Samedi, des centaines de personnes ont manifesté dans plusieurs villes contre cette situation.

Pour les associations, ce sont "des milliers de personnes" qui vont se retrouver à la rue à compter de ce mercredi. Elles s'appuient sur les récents chiffres de jugements d'expulsion, 126.000 en 2013, et le nombre de SDF recensés, qui tourne autour des 140.000 personnes. 

"Des accidents de vie" qui trouent le budget

Mais ces expulsions ne sont-elles dues qu'à des soucis financiers ? Pour Marion Lagaillarde, du Syndicat de la magistrature, seule "une part infime" de locataires menacés d'expulsion sont "indélicats" . Ce sont "des gens qui ont un accident de vie" . "Un simple frigo en rade, une maladie, ça fait un trou dans le paiement du loyer, impossible à rattraper" , explique cette juge d'instance.

La Chambre nationale des huissiers de justice recommande pourtant aux locataires défaillants "de se rapprocher le plus en amont possible de l'huissier" qui peut, dit-elle, aménager la dette, solliciter des aides, intervenir dans des démarches de relogement.

La Fondation Abbé Pierre souligne que sur l'ensemble des jugements d'expulsion, 12.760 ont abouti à une expulsion par la force publique, sans compter "les dizaines de milliers de familles" qui anticipent l'intervention policière et quittent leur logement d'elles-mêmes, en catimini ou sous la pression des propriétaires.

Une décision politique pour réquisitionner les locaux vides ?

Quid de l'hébergement d'urgence ? Les 8.000 places ouvertes durant l'hiver pour les sans-abris vont être fermées progressivement, augmentant le nombre de personnes qui devront dormir dans la rue. 

Certaines familles se retrouvent à devoir solliciter le 115, numéro d'urgence pour SDF, déjà saturé. Et la situation risque d'empirer avec la fermeture des centres qui hébergeaient les sans-abri au coeur de l'hiver.

Malgré la création de 2.000 places supplémentaires pérennes annoncées par la ministre du Logement Sylvia Pinel, "l'angoisse pour les sans-abri perdure" , déplorent plusieurs associations (Emmaüs, Samu social de Paris, Aurore, etc), en réclamant "la mobilisation en urgence des immeubles et locaux vides".