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Économie – Social DOSSIER : Mouvement des "gilets jaunes"

Un salarié "gilet jaune" d'Amazon à Saran licencié pour faute grave suite à un post Facebook

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Par , France Bleu Orléans, France Bleu

Le 18 novembre, il avait posté un message sur une page facebook, estimant que pour nuire à l'économie il fallait "bloquer des entrepôts Amazon". Même si à Saran l'activité du géant américain n'avait pas été bloquée suite à ce message, la direction estime qu'il a violé ses obligations contractuelles

Antoine, salarié d'Amazon à Saran licencié suite à un message facebook
Antoine, salarié d'Amazon à Saran licencié suite à un message facebook © Radio France - Anne Oger

Saran, France

C'est un message posté sur la page Facebook "Nous Gilets Jaunes" le 18 novembre 2018 qui vaut à Antoine (le prénom de ce salarié désormais au chômage, a été changé) ce licenciement pour faute grave. "Pour frapper un grand coup et nuire à l'économie, blocage des entrepôts Amazon. La semaine du Black Friday commence demain et c'est encore les plus aisés qui vont en profiter" dit-il dans ce message, sur une page suivie par près de 30.000 personnes sur Facebook. 

Pour frapper un grand coup et nuire à l'économie, blocage des entrepôts Amazon"

"Ils ont découvert le message 22 heures plus tard" raconte Antoine. "Je pense que personne n'aurais pu imaginer que cela irait aussi loin, pour un message qui n'a même pas été partagé ni commenté, se faire licencier pour ça c'est énorme".Deux jours après, au moment de reprendre son poste dans l'entrepôt de Saran, Antoine apprend qu'il est mis à pied, sans comprendre pourquoi. Il ne l'apprendra que quelques jours plus tard, lors de son entretien préalable à licenciement, quand on lui montre son message, qu'entre-temps il dit avoir oublié. 

"Personne ne pouvait imaginer qu'un simple message irait jusque là

Pour Amazon, comme quelques autres salariés déjà licenciés eux aussi à Montélimar et Douai, Antoine n'a pas respecté ses obligations contractuelles, ce message sur Facebook, posté sous son nom et en précisant sa fonction au sein de l'entreprise, va à l'encontre de son obligation de loyauté et montre son "envie manifeste de dénigrer l'entreprise et de lui porter préjudice"

On est surveillés ! Ils me reprochent d'avoir été déloyal envers eux, moi je leur reproche d'être déloyaux envers moi

Une position qu'Antoine, qui a tenté lors de son entretien de s'excuser et de s'expliquer, ne comprend pas : "je n'ai jamais eu l'intention de bloquer Amazon ou de faire une action contre eux. On a des droits, des libertés ! Ils me reprochent d'avoir été déloyal envers eux, mais moi je leur reproche d'avoir été déloyaux envers moi. Ils ne nous disent pas qu'on est surveillés à l'extérieur de l'entreprise, ça ils devraient nous le dire"

Avec eux on ne sait pas où commence la loyauté et où elle s'arrête, où commence et où s'arrête la liberté d'expression

Khaled Bouchajra, le délégué CGT d'Amazon, ne décolère pas, lui non plus : "Ici on ne sait pas où commence la liberté d'expression, où elle s'arrête. Où commence la loyauté pour notre entreprise ? Une entreprise américaine qui en France ne respecte pas forcément la législation française mais pour faire respecter strictement le code du travail aux salariés, ça ils savent le faire"

Chaque collaborateur est libre d'exprimer son soutien à un mouvement, mais nous prenons des mesures s'il ne respecte pas ses obligations

Amazon, contacté par France Bleu Orléans, explique: "il serait faux de prétendre que des collaborateurs ont été licenciés pour une autre raison que la violation de leurs obligations contractuelles. Chez Amazon, chacun de nos collaborateurs est libre de participer ou d'exprimer son soutien à un mouvement, quel qu’il soit. _Notre intérêt est que nos collaborateurs restent au sein de l’entreprise, et y développent leurs carrières_. Cependant, nous prenons des mesures si un employé ne respecte pas ses obligations contractuelles". 

Maitre Avi Bitton, avocat spécialiste du droit du travail

Maitre Avi Bitton, avocat spécialiste du droit du travail, estime lui que ce genre de message peut relever de la liberté d'expression, et que "cet appel au blocage pourrait même s'apparenter à un appel à la grève, ce qui dans ce cas ne relèverait que du strict droit du salarié. Dans ce cas il ne s'agit pas de dénigrement de l'entreprise". Et puis on peut aussi imaginer, selon l'avocat, que ce message visait Amazon comme symbole de la société de consommation : "il y a un grand mouvement national des gilets jaunes, il y a un grand débat public d'intêret général, ça n'est pas parce qu'on est salarié d'Amazon qu'on n'a pas le droit d'appeler au blocage total". Et selon lui, autant la jurisprudence est sévère pour un cadre qui dénigrerait son employeur, autant elle laisse au salarié une liberté d'expression plutôt large"

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