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Économie – Social

Une page Facebook dans la Vienne pour venir en aide aux sans-abri

mardi 12 décembre 2017 à 21:17 Par Adrien Bossard, France Bleu Poitou

L'hiver n'est même pas commencé mais le froid est bien installé en Poitou. Pour permettre aux sans-abris recalés par le 115, pris d'assaut chaque nuit, un Poitevin vient de créer un page Facebook, "Une nuit au chaud". Le but : permettre à des SDF d'être hébergés chez des habitants volontaires.

Un Poitevin a créé une page Facebook pour mettre en relation les sans-abri et des habitants de la Vienne, prêts à les héberger quelques nuits
Un Poitevin a créé une page Facebook pour mettre en relation les sans-abri et des habitants de la Vienne, prêts à les héberger quelques nuits © Radio France - Photo d'illustration

Vienne, France

Ils sont chaque année au moins 500 sans-abri à mourir de froid, dans la rue et dans l'indifférence la plus totale. Une idée insupportable pour Gil Beucher. Voilà pourquoi cet habitant de Poitiers vient de créer une page Facebook "Une nuit au chaud". Le concept : mettre en relation les SDF et ceux prêts à leur offrir l'espace d'une nuit ou plus, un lit et une douche chaude.

"Nous n'avons pas vocation à nous substituer aux structures existantes, précise Gil Beucher. Simplement, nous pouvons être un complément aux associations qui s'occupent des sans-abri, quels qu'ils soient, comme les mineurs isolés étrangers. Aujourd'hui, bon nombre de ces structures sont dépassées par toutes les demandes."

"Si j'avais été dans cette situation-là, j'aurais aimé qu'on m'ouvre la porte", Delphine, habitante de Saint-Georges-les-Baillargeaux

Tout est parti, à la base, d'un simple constat et d'une discussion avec Éric Sirec, l'un de ses amis, travailleur social au REMIV (Réseau pour les Mineurs Isolés Étrangers en Vienne). "Éric m'a contacté un soir. Le REMIV avait besoin d'un logement pour un jeune Guinéen. J'ai publié une annonce sur ma propre page Facebook. Et une solution a été trouvé dans la demie-heure, raconte Gil Beucher. On s'est donc dit qu'il y avait quelque chose à faire, à une échelle encore plus grande."

Gil Beucher regarde son ordinateur pour voir si de nouveaux Poitevins se proposent d'héberger des sans-abris, le temps d'une nuit. - Radio France
Gil Beucher regarde son ordinateur pour voir si de nouveaux Poitevins se proposent d'héberger des sans-abris, le temps d'une nuit. © Radio France - Adrien Bossard

"A la limite de la légalité ? Et alors ? Je considère qu'on invite qui on veut chez soi", Gil Beucher

Depuis le lancement de la page Facebook il y a une dizaine de jours, plusieurs habitants de la Vienne ont spontanément proposé leur toit. C'est le cas de Sandra, une jeune pictavienne de 21 ans. Elle héberge, avec son compagnon, dans leur 62 m², un jeune Camerounais de 16 ans, Achille. 

Ce mineur étranger attend la décision du tribunal pour faire valider son certificat de naissance et ne peut pas, en attendant, être prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Alors, il squatte le clic-clac du bureau, et se fait le plus petit possible. "Si Sandra n'avait pas été là, je dormirais dans la rue à l'heure qu'il est", dit-il d'une voix calme.

Sandra, elle, ne veut pas s'attirer de louanges, elle parle de geste "naturel" et se dit prête à recommencer l'expérience quand Achille partira. "Déjà, j'espère que son certificat de naissance sera reconnu, et après, avec mon compagnon, on proposera à nouveau d'héberger des sans-abri, sans problème."

Cette solidarité se heurte néanmoins à la loi, dans certains cas. Il est interdit d'héberger des personnes en situation irrégulière en France, sous peine de risquer jusqu'à 30.000 euros d'amende et 5 ans de prison. Cela ne concerne pas les mineurs isolés étrangers, qui eux, de facto, doivent être protégés par l'Etat. 

"A la limite de la légalité ? Et alors ? Je considère qu'on invite qui on veut chez soi, estime Gil Beucher. Et comme disais Cédric Hérou, cet habitant du Sud de la France condamné pour avoir aidé des migrants : "Il y a des condamnations que l'on porte mieux que des médailles". C'est ce que je pense aussi. J'ai ma conscience pour moi. J'aimerais bien savoir qui ne s'émeut pas de voir quelqu'un dormir dans la rue, avec son duvet, l'hiver. J'aimerais bien."

Le reportage d'Adrien Bossard, chez Sandra, une jeune Poitevine qui héberge un mineur étranger.