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Économie – Social

"On va tous tomber malades" : à Amiens, les demandeurs d'asile à la rue craignent l'arrivée de l'hiver

vendredi 3 novembre 2017 à 17:59 France Bleu Picardie

Selon les associations, une douzaine de demandeurs d'asile dort régulièrement dehors à Amiens, faute de place dans les hébergements d'urgence. Une action a été organisée ce vendredi matin pour faire réagir la Préfecture de la Somme. Une quarantaine de nouvelles places doit ouvrir vers mi-novembre.

Les militants du Réseau d'Education Sans Frontière lors de leur action auprès de la Préfecture de la Somme ce vendredi matin.
Les militants du Réseau d'Education Sans Frontière lors de leur action auprès de la Préfecture de la Somme ce vendredi matin. © Radio France

Amiens, France

Une cinquantaine de personnes, françaises et étrangères, dorment dans la rue à Amiens, selon Marcel Dekervel, l'un des porte-parole du Réseau Education Sans Frontière (RESF). "L'année dernière, tous les demandeurs d'asile étaient pris en charge", souligne-t-il. Avec le début de la trêve hivernale, les militants s'activent pour que tous les demandeurs d'asile soient hébergés de façon immédiate, comme le prévoit un livret d'information émis par le Ministère de l'Intérieur en septembre 2015. Un rassemblement a donc été organisé ce vendredi matin devant la direction départementale de la Cohésion sociale de la Somme.

Agnès, 20 ans, est arrivée à Amiens le 11 septembre. Comme beaucoup de femmes seules, elle dort régulièrement dehors. - Radio France
Agnès, 20 ans, est arrivée à Amiens le 11 septembre. Comme beaucoup de femmes seules, elle dort régulièrement dehors. © Radio France

"Un toit = un droit" : un slogan écrit en grosses lettres est affiché devant les locaux, situés près de l'église Saint-Honoré à Amiens. Une quinzaine de militants de différentes associations manifestaient leur mécontentement auprès de cette antenne de la Préfecture de la Somme. Sur les marches, devant les locaux, un thermos de café et quelques tasses pour se réchauffer. Pendant ce temps-là, trois militants et un demandeur d'asile sont reçus par la Direction départementale de la cohésion sociale de la Somme et le Samu 80. Quelques demandeurs d'asile sont présents, comme Fatoumata. Les mains blotties dans sa doudoune noire, elle se confie sur son quotidien dans la rue. "On les appelle chaque jour (le SAMU ndlr). Parfois y'a des places, mais souvent non. La semaine passée, on m'a seulement hébergée le jeudi, du coup c'est pas facile", confie la Malienne de 22 ans, arrivée à Amiens il y a deux mois. Elle marque une pause, puis ajoute : "En fait, on connaît déjà les réponses, c'est une nuit sur deux dehors, on appelle seulement pour la formalité. On veut un changement, c'est tout ce qu'on demande. Si ça continue comme ça on va tous tomber malades c'est sûr."

On veut un changement, c'est tout ce qu'on demande. Si ça continue comme ça on va tous tomber malades c'est sûr. (Fatoumata, 22 ans)

A côté d'elle, Aude acquiesce. Elle est arrivée seule du Congo-Brazzaville, il y a sept mois. "Lorsque tu appelles le 115 le matin à 9h, on te dit de rappeler à 14 h. A 14h, tu appelles, on te dit encore de rappeler à 21 h. Quand tu arrives à la gare, on te dit prenez une bouteille d'eau, madame, bon courage. On ne sait pas comment on va faire cet hiver, on a peur du froid qui va arriver", confie la femme de 33 ans. Il y a actuellement 1465 places d'hébergement mobilisables dans la Somme, mais ce n'est pas toujours suffisant face aux flux migratoires qui ne cessent d'augmenter. La préfecture de la Somme se félicite tout de même d'avoir pu mettre à l'abri l'ensemble des familles avec enfants. Pour le reste des personnes dites "vulnérables", elle tâche d'avoir une vision globale sans donner la priorité à tel ou tel public. "Nous leur avons expliqué comment le 115 fonctionnait, il ne fonctionne pas au premier appelant. Ce n'est pas parce que vous appelez à 10 h du matin que vous êtes sûr d'avoir une place. Pourquoi ? parce que ce n'est pas une centrale de réservation hôtelière. L'idée, c'est de détecter 24h/24 la vulnérabilité des personnes. Vous pouvez vous trouver à 22 h chassé de votre domicile pour x raison, en particulier des violences intra-familiales, et bien le 115 doit être en mesure de vous apporter une solution, donc la vulnérabilité ne se décide pas à 10 h du matin, la vulnérabilité elle est 24 h/24", insiste Marie-Dominique Thiébaut-Rousson, la directrice par intérim de la Direction départementale de la Cohésion sociale de la Somme. Elle a tenu à exposer ce fonctionnement aux militants associatifs lors de leur entrevue. Mais Marie-Dominique Thiébaut-Rousson rappelle également que 38 places d'hébergement vont ouvrir d'ici la mi-novembre. Au total, 85 nouvelles places d'hébergement seront ouvertes cette année dans la Somme, soit 16% de plus que l'année précédente.

Marie-Dominique Thiébaut-Rousson, de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale : "Le SAMU, ce n'est pas un centre de réservation hôtelière"

Une réponse qui ne satisfait pas les militants du Réseau Education Sans Frontière. Comme Sibylle Luperce, ils se disent déçus : "On nous a expliqué que l'hébergement allait se faire de façon progressive, alors que le préfet avait parlé de mise à l'abri immédiate. Jusqu'à la mi-novembre, on est certains que des personnes vont encore dormir dehors. Il y a un sentiment d'impuissance, au jour le jour, on côtoie des personnes qui dorment dehors, donc c'est toujours difficile de se dire qu'il faut encore attendre. On n'est pas satisfaits, on pense que des efforts peuvent encore être faits pour qu'il y ait un abri pour tous".

Fatoumata, Fanta et Agnès, trois femmes qui ont demandé l'asile et qui dorment dehors à Amiens. - Radio France
Fatoumata, Fanta et Agnès, trois femmes qui ont demandé l'asile et qui dorment dehors à Amiens. © Radio France