Économie – Social

Vente de Rafale - Noël Mamère : "Que la France soit devenue troisième marchand d'armes au monde, ça me révulse"

Par Xavier Ridon, France Bleu Gironde lundi 16 février 2015 à 6:00

Noël Mamère, maire écologiste de Bègles, regrette les ventes de Rafale au Maréchal al-Sissi.
Noël Mamère, maire écologiste de Bègles, regrette les ventes de Rafale au Maréchal al-Sissi. © Radio France - Xavier Ridon

Pour la première fois, l'entreprise Dassault va vendre son Rafale à l'export. Le contrat doit être signé ce lundi matin. L'Égypte fait l'acquisition de 24 exemplaires de l'avion de combat pour un montant de cinq milliards d'euros. Mais pour Noël Mamère, ce n'est pas une bonne nouvelle rappelant que "les emplois ont un contenu". Entretien.

Les 1.300 salariés du site de Mérignac vont pouvoir assembler de nouveaux Rafale. L'annonce du premier contrat à l'export de l'avion de chasse a fait beaucoup parler aussi à Martignas-sur-Jalles, parmi les 450 employés qui fabriquent les ailes de l'appareil, sans compter à Thalès au Haillan et à Pessac, qui conçoit tout l'électronique de bord, et les nombreuses PME sous-traitantes. Mais des critiques émergent aussi tant diplomatique que sociale. Pour le maire écologiste de Bègles mieux vaudrait des "industries qui ne sont pas facteurs de guerre mais facteurs de paix ". 

France Bleu Gironde : la vente de ces Rafale ne vous réjouit pas ?

Noël Mamère : Je comprends qu’on se félicite de la vente de Rafale pour la protection des emplois mais les écologistes ont toujours été contre la guerre et ont toujours développé des idées qui consistent à privilégier la diplomatie contre la guerre. La guerre étant la phase ultime quand tout à échoué. Il y a une certaine incongruité de voir le président de la République, François Hollande, contribuer à une paix fragile entre les Ukrainiens et les Russes jeudi et se féliciter dès vendredi de la vente de 24 Rafale à un dictateur, le Maréchal égyptien al-Sissi.

On ne peut pas d’un côté nous dire qu’il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre et de l’autre vendre des armes qui vont tuer et qui vont contribuer à la déstabilisation de cette région du monde, le Proche-Orient qui est déjà très fragile. Que l’on construise des armes pour se défendre oui ! Mais que la France soit devenue le troisième marchand d’armes au monde, moi ça me révulse et ce n’est pas l’idée que je me fais de la gauche.

L'argument de l’emploi ne vous convint pas ?

Sauf que c’est l’emploi sur le dos de qui ? Sur celui que l’on va tuer demain ? Les emplois, ils ont un contenu. Toute cette intelligence, tout ce génie que mettent des ingénieurs à construire des armes qui tuent, des armes qui amènent la mort, on ferait mieux de les mettre au service de la transition énergétique et d’industries qui ne sont pas facteurs de guerre mais facteurs de paix. C’est la question de la reconversion.

L’économie s’en porterait mieux ?

Sans doute parce que la transition énergétique, comme ça a été prouvé dans d’autres pays, elle créé des emplois non-délocalisables et elle amène la paix plutôt que la guerre. Vous allez me dire : Oui mais si la France arrête de vendre des armes, les États-Unis ou d’autres continuerons à le faire ? Sans doute, mais au moins qu’on soit fidèle à un certain nombre de nos valeurs et que l’économie vive sans pour autant être le troisième marchand d’armes au monde.

Vente de Rafale - Noël Mamère préfèrerait que "l’économie vive sans être le 3è marchand d’armes au monde".