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Économie – Social DOSSIER : Mai-68

VIDÉOS - Mai-68 à Strasbourg : pionnière mais pas révolutionnaire

dimanche 6 mai 2018 à 18:06 - Mis à jour le vendredi 11 mai 2018 à 10:01 Par Blandine Costentin et Patrick Genthon, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass

L'Alsace ne fut pas une région révolutionnaire en Mai-68. Mais à Strasbourg, l'université a été pionnière en affirmant, la première, son autonomie. A l'occasion des 50 ans de Mai-68, retour, grâce aux archives de l'INA, sur ces semaines particulières.

Mai 68 : manifestation devant le Palais universitaire à Strasbourg.
Mai 68 : manifestation devant le Palais universitaire à Strasbourg. © Maxppp - Archives DNA

Strasbourg, Strasbourg, France

Au moment de célébrer le cinquantenaire de Mai-68, il faut admettre que l'Alsace n'a pas été un fer de lance de la révolution, comme l'expliquent les historiens Léon Strauss et Jean-Claude Richez. En revanche, à Strasbourg, ses étudiants ont été à la pointe du mouvement, bien avant l'heure.

Mai-68 avant l'heure : "De la misère en milieu étudiant..."

C'est l'avant 68 à Strasbourg : à l'automne 1966, un petit groupe de jeunes gens proches du mouvement d'idées situationniste sort vainqueur des élections étudiantes. Ils perturbent des cours à l'université et publient une brochure anonyme de quelques dizaines de pages, intitulée "De la misère en milieu étudiant, considérée sous ses aspects économiques, politiques, psychologiques, sexuels et notamment intellectuels, et de quelques moyens pour y remédier". Le texte est abondamment distribué pour la rentrée universitaire.  Le texte critique à la fois la misère morale et financière des étudiants, leur docilité devant l'Etat libéral, la société bourgeoise, le capitalisme... Le pamphlet sera diffusé et largement imprimé à travers la France jusqu'en mai 68 et au-delà. C'est la première pierre du Mai-68 strasbourgeois.

Strasbourg : première université autonome de France

Les grèves parmi les étudiants strasbourgeois commencent le 6 mai 1968. Le 8 mai, c'est la première grande manifestation dans la capitale alsacienne, associant étudiants et salariés. Mais le grand fait d'armes de ce mois de mai à Strasbourg, c'est le 11 : avec plus de 6000 étudiants et 150 enseignants réunis, la déclaration d'autonomie de l'université de Strasbourg. Le drapeau noir flotte sur le Palais universitaire occupé. L'aula du Palais U devient le coeur du mouvement.

A travers cette déclaration d'autonomie, les étudiants manifestent leur "refus d'un gouvernement absolument incompétent en matière d'éducation nationale" et demandent "la reconnaissance du pouvoir des conseils étudiants". Ils veulent plus de "décentralisation", voire de "cogestion" dans la vie universitaire.

L'autonomie n'est plus une affaire propre à Strasbourg, c'est une affaire nationale !"

Trois jours après, le ministre de l'éducation nationale Alain Peyrefitte accepte que Strasbourg expérimente cette autonomie et fasse des propositions. Mais c'est trop tard : d'autres facs ont emboîté le pas : "L'autonomie n'est plus une affaire propre à Strasbourg, c'est une affaire nationale !" (citations d'étudiants extraites des archives INA). 

Derrière la critique de l'université telle qu'elle existait jusque là, les étudiants entament aussi la critique de la société en général, sur le plan politique et moral. Certains d'entre eux vont l'exprimer à travers des affiches qui vont fleurir sur les murs de Strasbourg, comme dans le Quartier latin à Paris.

Les esprits s'échauffent peu à peu. Mi-mai, Daniel Cohn Bendit fait l'objet d'un arrêté d'expulsion alors qu'il se trouve en Allemagne. Le 24, la rumeur court qu'il va revenir en France et 2 à 3000 d'étudiants se massent sur le pont de Kehl pour l'accueillir, aux cris de "Les frontières, on s'en fout !"… Il y a quelques échauffourées, puis la manifestation se disperse dans le calme. C'est finalement par Forbach en Moselle que le leader du mouvement étudiant à Paris fait son retour. Un retour très bref puisqu'il est effectivement reconduit outre-Rhin. 

Dans la nuit du 24 mai, les pavés volent place du Corbeau, des vitrines sont brisées au centre-ville, des feux éclatent... Strasbourg connaît sa "nuit des barricades", mais ça ne va pas beaucoup plus loin. 

La rue des Grandes arcades à Strasbourg à l'issue du 24 mai 1968. - Maxppp
La rue des Grandes arcades à Strasbourg à l'issue du 24 mai 1968. © Maxppp - Archives DNA

D'autres violences éclatent encore, dans des circonstances bien différentes. Cette fois, ce sont les gaullistes qui descendent dans la rue. Après l'annonce par le général de Gaulle de la dissolution de l'Assemblée nationale, le 30 mai, le Strasbourgeois André Bord, secrétaire d’Etat à l’intérieur, appelle les Alsaciens à manifester leur fidélité au chef de l'Etat. Le 1er juin, plusieurs milliers de personnes défilent à Strasbourg. Mais des manifestants se détournent pour aller affronter les étudiants. Une partie du Palais universitaire est saccagée.

Début juin, Strasbourg accueille encore les Etats-généraux des universités autonomes, mais le mouvement s'effiloche. La prise de conscience qui s'est exprimée dans les universités trouve un écho dans la loi Faure, votée en novembre 1968. Elle réforme l'université en accordant l'autonomie financière et pédagogique aux établissements, crée un conseil universitaire auquel participent des délégués des étudiants, des techniciens et des administratifs, ainsi que de personnalités extérieures. Enfin, elle permet la pluridisciplinarité.

Mai-68 en Alsace : le bassin potassique en force

Les événements de Mai-68 ne sont pas pour autant cloisonnés à Strasbourg et au milieu étudiant. Les grèves touchent les secteurs public et privé. La plus grosse mobilisation eu lieu dans le Haut-Rhin, autour de Mulhouse et dans le bassin potassique. Si Manurhin et Superba à Mulhouse, Timken à Colmar ou Nosoco à Guebwiller ont débrayé, ce sont en effet les mineurs de potasse qui ont été les premiers engagés dans la lutte et les derniers à reprendre le travail. Les MDPA comptaient à l'époque plus de 9.000 mineurs. 

Parmi les figures de Mai-68 dans le Haut-Rhin, Jean Kaspar, qui est devenu 20 ans plus tard le leader national de la CFDT. A 24 ans, il était secrétaire général du syndicat CFDT des mines de potasse d’Alsace. Il se rappelle de "discussions tendues, dans un climat difficile", mais aussi d'un "monde en train de changer". L'époque où les dirigeants d'entreprises décidaient sans impliquer les représentants du personnel était révolue.

Jean Kaspar, leader de la CFDT des Mines de potasse d'Alsace en Mai-68. - Maxppp
Jean Kaspar, leader de la CFDT des Mines de potasse d'Alsace en Mai-68. © Maxppp - Daniel Schmitt