Éducation

Après Buchenwald, des collégiens du Pas-de-Calais visitent le camp de Dora

Par Matthieu Darriet, France Bleu Nord lundi 24 avril 2017 à 0:14

L'entrée du camp de Dora-Mittelbau
L'entrée du camp de Dora-Mittelbau © Radio France - Matthieu Darriet

Après le camp de concentration de Buchenwald, les collégiens du Pas-de-Calais en séjour en Allemagne, découvrent Dora. Les déportés y travaillaient dans une usine sous-terraine pour fabriquer des V1 et des V2. Une visite en présence de Nelly Ducatel, née en captivité et dont le père est mort à Dora.

Retour dans le Pas-de-Calais, ce lundi, pour quatre-vingt collégiens et leurs enseignants. Ils ont passé deux jours en Allemagne pour visiter des camps de concentration, notamment Buchenwald. Ce travail pédagogique a été conçu par La Coupole, le centre de mémoire de la seconde guerre mondiale situé près de Saint-Omer. Deuxième étape à Dora-Mittelbau.

Dans les épouvantables tunnels de Dora, 6.000 déportés sont morts dans les six premiers mois. - Aucun(e)
Dans les épouvantables tunnels de Dora, 6.000 déportés sont morts dans les six premiers mois. - Célia Lesage

A Dora, dans le centre de l'Allemagne, avec l’espoir de renverser le cours de la guerre, les Nazis ont intensifié l’effort militaire. Ils ont fait construire aux déportés des fusées V1 et V2, dans une gigantesque usine souterraine.

Des deux tunnels principaux sur deux kms, avec 46 ateliers de fabrication de missiles et d’avions, il ne reste qu’un vestige de V2, des toilettes et des amas de pierre et de ferraille. Dans l’obscurité et l’humidité, les conditions étaient épouvantables, en particulier pour les premiers déportés en août 1943. C'est ce que raconte Stéphanie, la guide du Mémorial de Dora-Mittelbau :

"Les détenus devaient dormir dans les galeries ; c'était très bruyant, pas de possibilités de se laver. Il y avait beaucoup de détenus qui sont morts dans les premiers mois."

Il faudra le raconter pour ne pas que ça s'éteigne

6.000 hommes ont perdu la vie dans les six premiers mois de cette usine irrespirable. Cette découverte des tunnels de Dora et la souffrance endurée, ici, par les déportés touchent beaucoup Lili, élève au collège Vadez, à Calais

"On ne peut pas ne pas ressentir quelque chose face à ça"

"Après il n'y aura plus de témoignages, il faudra, nous, le raconter à nouveau pour ne pas que ça s'éteigne. Je trouve que c'est très important de savoir tout ce qui s'est passé, surtout quand c'est des choses horribles, comme ça on ne pourra pas recommencer, plus tard".

L'usine sous-terraine de Dora compte deux tunnels principaux, et, au total, 25 kms de galeries. - Radio France
L'usine sous-terraine de Dora compte deux tunnels principaux, et, au total, 25 kms de galeries. © Radio France - Matthieu Darriet

A la sortie des tunnels, quand la porte se referme, pour Richard Dworak, enseignant à Bruay-la-Bussière, l'objectif pédagogique est atteint :

"A la Coupole, les élèves découvrent le site de lancement des V2 et là ils découvrent le lieu dans lequel les fusées sont construites. C'était une véritable usine. Quand on ressort, on se sent beaucoup mieux, à l'air libre. Plusieurs milliers de personnes pouvaient vivre là-dessous, pendant plusieurs mois, sans même voir la lumière du jour !"

Plus de 60.000 personnes ont été déportées à Dora-Mittelbau - Radio France
Plus de 60.000 personnes ont été déportées à Dora-Mittelbau © Radio France - Matthieu Darriet

Le camp et l'usine de Dora-Mittelbau ont été libérés le 11 avril 1945 par les Américains, avant que les Russes n’y récupèrent les derniers secrets des fusées.

Rencontre exceptionnelle avec Nelly Ducatel

Née en captivité, Nelly Ducatel présente aux élèves sa robe de bébé tricotée par sa mère - Radio France
Née en captivité, Nelly Ducatel présente aux élèves sa robe de bébé tricotée par sa mère © Radio France - Matthieu Darriet

Pendant leur séjour allemand, les élèves étaient accompagnés par Nelly Ducatel. Elle est l’une des cinq dernières déportés vivant dans le Pas-de-Calais. Elle est née en captivité, le 17 juillet 1944. Ses parents, résistants, ont été arrêtés en 1943, probablement dénoncés, parce qu'ils cachaient des radios pour alimenter Londres, dans la cave de leur café de Roclincourt, près d'Arras.

Devant le crématoire du camp de Dora, les élèves ont participé à une cérémonie. Ils se sont réunis au mémorial et ont accompagné Nelly Ducatel dans la lecture d’une lettre reçue par sa mère. Elle a été écrite par un compagnon de son père, Victor, à Dora. Elle ne lui laissait plus d’espoir.

Les élèves ont participé à une cérémonie du souvenir avec Nelly Ducatel, dont le père est mort à Dora. - Radio France
Les élèves ont participé à une cérémonie du souvenir avec Nelly Ducatel, dont le père est mort à Dora. © Radio France - Matthieu Darriet

Puis chaque élève a déposé une rose blanche au pied de la statue de ces hommes et femmes usés par la captivité. Nelly Ducatel y trouve de l’espoir :

"Maintenant que ces jeunes ont passé deux jours ici, ils ne sont plus les mêmes. Moi je pense qu'ils ne repartent pas pareil. Après avoir vu tout ça, ils ont compris des choses. Je crois que ça va les fortifier. Ce sera un beau résultat. J'y crois."

Nelly Ducatel a raison d’y croire, comme en témoigne la réaction des élèves, notamment de Thomas, élève à Bruay-la-Bussière, quand deux joggeuses ont traversé la place d’appel du camp :

"C'est très bizarre, parce qu'on est dans un camp de concentration. Il y a eu des millions et des millions de morts et là, on voit ces joggeuses ! Je pense qu'il faut vivre avec... mais ne pas oublier".

A ces jeunes, à qui elle présente notamment sa robe de bébé, tricotée en déportation, Nelly Ducatel insiste sur sa fierté en pensant à ses parents, « des jeunes mariés, avec deux enfants qui n’ont pas hésité à s’engager".

Un dictionnaire biographique des déportés de France, à Dora

Depuis 1998, La Coupole, associée à un trentaine d'historiens, travaille à la rédaction d'un Dictionnaire biographie des déportés de France au camp de Dora. Un camp intimement lié au centre de mémoire de la seconde guerre mondiale, à Helfaut, près de Saint-Omer.

Ce dictionnaire devrait contenir plus de 9. 000 noms. D'indispensables travaux de recherche, alors que les survivants des camps s'éteignent peu à peu. Il faut rappeler que les historiens ne travaillent sur la déportation française que depuis le milieu des années 1990, avec des avancées significatives. Sortie prévue en 2020, pour les 75 ans de la libération du camp de Dora.