Éducation

Attentats du 11 septembre 2001 : un professeur de Saint-Étienne lutte contre la théorie du complot

Par Angy Louatah, France Bleu Saint-Étienne Loire dimanche 10 septembre 2017 à 12:29

Une question simple pour voir comment les élèves vont chercher l'information.
Une question simple pour voir comment les élèves vont chercher l'information. © Radio France - Angy Louatah

Tout le monde ne croit pas à la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Pour lutter contre cette théorie du complot chez les jeunes, Yves, professeur d'histoire-géographie dans un lycée de Saint-Étienne (Loire), a décidé de faire disserter ses élèves.

On se souvient tous de ce que l'on faisait au moment où l'on a appris que les deux tours jumelles du World Trade Center de Manhattan (États-Unis) se sont effondrées. C'était il y a 16 ans. Aujourd'hui, les professeurs des collèges et lycées font face à un ensemble de théories dites "du complot". Les Américains, la CIA, en accord même parfois avec l'Arabie Saoudite et la famille Ben Laden, auraient organisé ce drame pour rebattre les cartes du contexte géopolitique de l'époque. Pour geler les fantasmes, Yves a fait disserter ses élèves de première d'un lycée de Saint-Étienne (Loire).

Des arguments sur "un complot des Juifs ou de la CIA"

Yves est professeur d'histoire-géographie. C'est lui qui prend en charge les cours d'Enseignement moral et civique (EMC) des lycéens. Pour aborder les attentats du 11 septembre 2001, son exercice a été simple mais franc : "Je leur ai demandé une page qui dit "oui c'est un complot" avec des sources et des arguments et une page qui dit "non ce n'est pas un complot" et qui cite également des sources. Chaque élève m'a remis deux pages et après, j'ai organisé un débat, il y avait des élèves qui croyaient au complot. Dans leur esprit, cela pouvait surtout être un complot des Juifs ou de la CIA."

Lors des débats en classe, les élèves tenants de la théorie du complot se sont basés sur des articles internet expliquant qu'il y avait des explosifs pré-installés dans les tours car certaines explosions ne pouvaient pas être créées par l'impact des avions. Il s'agit de l'explication qui a convaincu le plus de sceptiques du 11 septembre 2001. L'exercice a permis de faire comprendre aux élèves la différence entre ces sites et le travail des historiens ou des journalistes. Dans leurs copies, on trouve parfois des conclusions inattendues auxquelles Yves a pu répondre en classe.

Au lycée, tous les élèves n'ont pas participé au débat. L'enseignement des attentats du 11 septembre 2001 est inscrit aux programmes de troisième et de terminale. Mais devant l'entrée de l'établissement, la plupart des lycéens ne se souviennent pas de ce cours. "On n'en a jamais parlé" explique Florence. Mélissa, élève de terminale, a plus de souvenirs que sa camarade : "Quand on l'a fait en troisième, on a surtout parlé du problème du djihadisme et des conflits entre Chiites et Sunnites. On l'a également vu en cours de musique en analysant la chanson de Renaud et Axelle Red... Mais on n'a pas fait tout un cours sur ce qui s'est vraiment passé. C'est surtout au journal télévisé que l'on est informé."

À 25 ans, il n'y a jamais cru

Sorti de l'école, que reste-t-il de cet enseignement ? Yanis a 25 ans. Aujourd'hui, il est gérant d'un bureau de tabac à Saint-Étienne. Depuis le lycée, il n'a pas changé d'avis. Il ne croit pas à la version officielle du 11 septembre 2001.

Les arguments de Yanis tiennent finalement plus au contexte géopolitique de l'époque : "C'est une analyse générale de la situation, une question de bon sens. Primo, aux States, je pense que même quand tu as un drone et que tu commences à sortir d'une certaine zone, ils te repèrent. Donc laisser un Boeing se balader à New York, je pense que c'est impossible. Mais, on a surtout pu voir que le projet nucléaire irakien était une escroquerie et que les intérêts des Américains étaient dans l'invasion d'une partie du monde arabe et de ses ressources. Laisser croire à cette attaque terroriste était trop simple."

Pour lui, la jeune génération est plus à même de remettre les versions officielles de ce type d’événements en question : "Les anciens ont été éduqués avec l’habitude que ce qui se disait à la télé était vrai. Mais maintenant, on est plus conscient de ce qui se passe et on sait que tout ce qui se dit n'est pas forcément vrai et bien au contraire." En 2016, pour le quinzième anniversaire du 11 septembre 2001, un sondage Odoxa a révélé que 66% des Français étaient persuadés que des informations relatives à ces attentats avaient été dissimulées. Près de 3 000 personnes ont été tuées ce jour-là à Washington, New York et en Pennsylvanie.