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Chloé, tétraplégique et aphasique, lance une cagnotte en ligne pour financer son AVS à l'IEP de Grenoble

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Par , France Bleu Isère, France Bleu

Chloé, lourdement handicapée depuis sa naissance, se bat pour continuer ses études post-bac, obtenu avec mention Très Bien. En première année à Sciences-Po Grenoble, elle a besoin d'une AVS mais le poste n'est plus financé par l'Etat dans l'Enseignement supérieur. Elle lance une cagnotte en ligne.

Chloé Fonvielle, lors d'un cours en amphi à Sciences Po Grenoble, aux côtés de son AVS, Aziza
Chloé Fonvielle, lors d'un cours en amphi à Sciences Po Grenoble, aux côtés de son AVS, Aziza © Radio France - Véronique Pueyo

Chloé, 21 ans, a manqué d'oxygène à la naissance. Depuis, elle est tétraplégique et aphasique, c'est-à-dire qu'elle ne parle pas, mais elle a toutes ses capacités intellectuelles. Avec sa famille, installée à Crêts en Belledonne, en Isère, elle se bat depuis toute petite pour suivre une scolarité normale. Primaire, collège, lycée, elle décroche son bac avec mention très bien et réussit brillamment le concours d'entrée à Sciences Po Grenoble. Elle est actuellement en première année. Comme tout prend du temps, elle fera ses cinq ans en dix ans.

Chloé, chez elle, entourée de ses parents, Valérie et Stéphane
Chloé, chez elle, entourée de ses parents, Valérie et Stéphane © Radio France - Véronique Pueyo

D'où l'importance capitale d'avoir un financement pérenne pour payer son auxiliaire de vie scolaire, sans qui rien n'est possible. Or, une fois arrivée dans l'Enseignement supérieure, Chloé découvre que les étudiants qui, comme elle, sont lourdement handicapés doivent se débrouiller.

Valérie Fonvielle, sa mère, explique : "Nous avons dû embaucher Aziza, l'AVS, l’auxiliaire de vie scolaire, qui la suit depuis cinq ans, depuis le lycée. C'est 25.000 euros par an. La fondation de Sciences Po nous a aidés pour cette année, il manque encore 10.000 euros. Mais quid de l'année prochaine ? C'est un stress de vivre dans cette insécurité financière. Il est impensable que Chloé ait fait tous ses efforts pour que ça se termine comme cela ! Et nous, ses parents, on n'a pas les moyens de faire face à une telle dépense."

Pas d'AVS, pas d'études supérieures

Chloé souhaite réagir à son tour. Assise sur son fauteuil électrique, qu'elle dirige avec son menton, elle communique avec sa mère qui lui énonce l'alphabet. Chloé fait un mouvement avec sa tête pour indiquer chaque lettre, afin de composer un mot. Elle peut aussi avec son menton faire bouger la souris de son ordinateur et cliquer, avec son genou, sur la lettre voulue pour écrire son message. Faisant référence à son film-culte, "Intouchables", elle écrit, en nous regardant avec une énergie farouche : "Pas d'AVS, pas d'études supérieures ! Comme si, après le bac, le handicap s'envolait ! Je veux vraiment aller au bout de mes études à Sciences po pour m'intégrer dans la société et être utile !"

"Chloé est une guerrière !" - Aziza, son auxiliaire de vie scolaire

Quelques jours plus tard, nous retrouvons Chloé à Sciences Po Grenoble. Elle fait son entrée dans un amphi pour suivre un cours sur les institutions publiques administratives. Aziza, son AVS, avec qui la complicité est totale, est à ses côtés : "Je suis sa voix, ses bras, ses gestes. Je fais le lien avec les enseignants. Je l'aide à s'habiller, retirer son manteau. Je lui donne à boire, à manger. Pour moi, c'est un guerrière !"

Chloé, en cours, au milieu de ses camarades de promo
Chloé, en cours, au milieu de ses camarades de promo © Radio France - Véronique Pueyo

Les camarades de promo de Chloé la soutiennent, comme Jeanne-Athénaïs : "Elle est super courageuse ! Car le système est hypocrite. On prône une école inclusive et après le bac, faut se débrouiller, surtout pour les étudiants comme Chloé qui sont gravement handicapés et qui ont besoin de quelqu'un à leurs côtés tout le temps. Pourquoi promouvoir l'égalité si c'est pour la compromettre par derrière ? Ce serait bien que le gouvernement soutienne ces personnes du début à la fin !" s'indigne la jeune étudiante.

Une étudiante qui fait l'admiration de ses camarades de promo et de ses professeurs

Simon Godard est professeur d'Histoire et directeur des études, pour les étudiants de première année,de l'IEP de Grenoble. "Le travail que fournit Chloé est de grande qualité. Cela lui demande beaucoup plus d'effort que les autres. Je suis très admiratif et en même temps, c'est une étudiante normale que l'on doit considérer comme telle. Et c’est aussi sa volonté. La fondation de l'IEP a voté une subvention, mais nous avons des moyens limités, surtout si on doit aider d'autres personnes. D'autant que ce sont des questions de vie quotidienne et pas d'enseignement, et cela dépend de l'Etat."

Nous avions parlé du cas de Chloé à Frédérique Vidal, lors de son passage au CNRS de Grenoble, le 13 février dernier. La Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche s'était dite très étonnée. "Normalement, tout est fait pour qu'il y ait continuité entre le secondaire et le supérieur. Le jeune peut signaler son handicap dans Parcours Sup. Il existe à la fac un service pour les étudiants handicapés. Peut-être y a-t-il eu dysfonctionnement. Signalez-moi ce cas. On va regarder.

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, s'est dit étonnée des difficultés de Chloé quand on lui a parlé de son cas
Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, s'est dit étonnée des difficultés de Chloé quand on lui a parlé de son cas © Radio France - Véronique Pueyo

Chloé lance un appel à Brigitte Macron

En écoutant la réaction de la ministre, Chloé écrit avec son menton, sur son ordinateur : "Je suis la preuve que le système ne marche pas pour les étudiants très handicapés comme moi. Je suis obligée d'ouvrir une cagnotte en ligne et je trouve cela injuste."

Ecoutez le reportage sur le combat de Chloé pour réussir ses études et être utile à la société

Chloé souhaite également lancer un appel à Brigitte Macron, par notre intermédiaire, car l'épouse du chef de l'Etat est enseignante et sensible au handicap : "J'en appelle à vous pour faire bouger les choses, pour moi et tous les étudiants handicapés en galère. Je ne veux pas arrêter mes études en raison des oublis de l'Etat."

Sciences Po Grenoble où Chloé devrait rester 10 ans pour aller au bout de son cursus
Sciences Po Grenoble où Chloé devrait rester 10 ans pour aller au bout de son cursus © Radio France - Véronique Pueyo

Le cours de Chloé a débuté. Elle écoute avec attention le professeur de Droit. Elle dispose ensuite du cours sur internet, pas besoin de prises de notes mais beaucoup de travail personnel ensuite pour intégrer de nouvelles notions et préparer ses partiels ! Et en refermant la porte de l'amphi, on espère que la leçon de courage et de vie de Chloé permettra de faire bouger les lignes.

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