Éducation

Des collégiens du Pas-de-Calais découvrent le camp de concentration de Buchenwald

Par Matthieu Darriet, France Bleu Nord dimanche 23 avril 2017 à 0:06

L'entrée de Buchenwald, la pendule est restée figée sur l'heure de la libération du camp, en avril 1945
L'entrée de Buchenwald, la pendule est restée figée sur l'heure de la libération du camp, en avril 1945 © Radio France - Matthieu Darriet

Accompagnés par les historiens de La Coupole, le centre de mémoire de la seconde guerre mondiale du Pas-de-Calais, quatre-vingt collégiens sont en Allemagne. Avec leurs enseignants, ils visitent les camps de concentration, près de Weimar, dans l'ex-Allemagne de l'est. Première étape à Buchenwald.

Ils sont bien préparés, car ils travaillent sur ce voyage, et sur l'histoire des camps de concentration, depuis des mois, mais la découverte de Buchenwald est un choc pour ces élèves de troisième. Ils ont réellement pris conscience de ce qu'était l'"oeuvre" méthodique de destruction humaine mise au point par les nazis.

Les élèves avec leur guide, à la gare d'arrivée des déportés. - Radio France
Les élèves avec leur guide, à la gare d'arrivée des déportés. © Radio France - Matthieu Darriet

De la gare d’arrivée des trains, à la place d’appel, en passant par le crématoire, les guides proposent aux élèves d’esquisser le douloureux parcours des déportés. Etienne, un élève de Barlin, s'interesse au chemin qu'ils devaient emprunter en courant, sous peine d'être battus par les SS, jusqu'à l'entrée du camp.

"ça aide vraiment à comprendre comment ça se passait concrètement. Ce sont des lieux qui portent beaucoup d'émotion"

Plus de 250.000 déportés sont passés par Buchenwald, dont 26.000 Français. - Radio France
Plus de 250.000 déportés sont passés par Buchenwald, dont 26.000 Français. © Radio France - Matthieu Darriet

Plus de 250.000 déportés sont passés par Buchenwald (26.000 Français) et 56.000 y sont morts, de maladie, d’épuisement ou ont été assassinés par les nazis. Ces chiffres et ces explications sont donnés en cours par les enseignants, mais venir ici, c’est autre chose, confirme Grégory Hober, professeur d’histoire à Lens.

"Les élèves peuvent mieux se rendre compte des conditions qui étaient celles de la déportation. Cela donne des exemples précis de parcours de vie. Cela permet aussi de comprendre comment certains ont pu s'en sortir"

"C'est poignant"

Etre là, c’est une autre dimension, par rapport aux cours et aux livres. Surtout qu’entre le froid et le vent, sur les hauteurs de Weimar, dès leur arrivée les collégiens sont plongés dans l’ambiance. Coline est élève à Houdain.

"On a vraiment du mal à se dire qu'il y a soixante-dix ans, il y avait des choses comme ça qui se passaient. C'est très intéressant, on en apprend vraiment beaucoup et surtout venir sur les lieux, c'est super émouvant. Quand nous sommes rentrés dans le camp et que nous avons franchi le portail, j'ai commencé à me rendre compte, c'est vraiment poignant."

56 000 déportés sont morts à Buchenwald. Leur corps ont été brûlés dans le four crématoire. - Radio France
56 000 déportés sont morts à Buchenwald. Leur corps ont été brûlés dans le four crématoire. © Radio France - Matthieu Darriet

Dans cette visite de Buchenwald, le four crématoire laisse les élèves sans voix. Il est situé juste à côté du zoo des familles SS, qui était également fréquenté par des habitants de Weimar... ce qui fait dire à Laurent Thierry, historien à La Coupole, qu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir. A la libération du camp, le 11 avril avril 1945, les Américains vont leur imposer de monter sur la colline.

"C'était pour ne pas dire que ça n'a pas existé, qu'il n'y avait pas de preuve. Ils sont venus voir les cadavres empilés à la sortie du crématoire. Il fallait montrer à la population civile les conséquences de ce régime qu'elle avait elle-même portée au pouvoir dans les années 1930".

Avec leur enseignant, les élèves "passeurs de mémoire" devront rendre compte de leur visite à leurs camarades. - Radio France
Avec leur enseignant, les élèves "passeurs de mémoire" devront rendre compte de leur visite à leurs camarades. © Radio France - Matthieu Darriet

A leur retour, ces élèves devront témoigner de cette émotion ressentie et de ce qu’ils ont vu. Alors ils multiplient les photos et vidéos avec leurs enseignants. Ils sont des "passeurs de mémoire".

Retrouvez ici la page facebook de la classe mémoire du collège Boris Vian, à Marcq-en-Calais.

Goethe et Schiller devant le Théâtre national de Weimar - Radio France
Goethe et Schiller devant le Théâtre national de Weimar © Radio France - Matthieu Darriet

Weimar, la capitale nazie

Haut-lieu du romantisme allemand, Weimar est la ville de Goethe, Schiller, Bach, ou Listz. Classée au patrimoine mondiale de l'Unesco, la ville n'a quasiment pas été bombardée par les Alliés, qui ont surtout visé les usines voisines du camp de Buchenwald. Weimar était la capitale culturelle des Nazis.