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Détresse psychologique, difficultés financières, décrochage : les étudiants peinent à faire face au Covid-19

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Par , France Bleu, France Bleu Isère

Depuis la rentrée le 4 janvier une partie des étudiants, les plus précaires ou encore les décrocheurs, est autorisée à suivre à nouveau des cours à la fac dans des conditions sanitaires strictes. Mais une majorité des 2,7 millions d'étudiants français continue à souffrir de la crise sanitaire.

Etudiante confinée dans sa résidence universitaire à Toulouse en avril 2020.
Etudiante confinée dans sa résidence universitaire à Toulouse en avril 2020. © Maxppp - PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/XAVIER DE FENOYL

Depuis une semaine, les universités peuvent à nouveau accueillir des étudiants par groupes de 10 personnes maximum. Après plus de deux mois de "distanciel", le ministère de l'Enseignement supérieur a prévu une reprise progressive des enseignements présentiels pour les publics "les plus fragiles" comme les premières années, les étudiants en situation de handicap, de précarité numérique ou étrangers. 

Détresse psychologique

Apprentissage à distance, examens en ligne, isolement, sentiment d'abandon, précarité financière... Depuis un an, la Covid-19 et la crise sanitaire ont bouleversé la vie des étudiants, plongeant certains dans une grande détresse psychologique et matérielle.  

Au Mans (Sarthe) par exemple, où un questionnaire a été envoyé aux 13.000 étudiants et 1.100 enseignants ainsi qu'au personnel administratif de l'université, 65% des 3.000 personnes ayant répondu disent être pour la réouverture de la fac et 36% ont affirmé ne pas aller bien. Sept étudiants sur dix s'inquiètent pour leur santé mentale rapportait encore un sondage publié dans le Figaro étudiant en décembre 2020 et un étudiant sur trois présente des signes de détresse psychologique selon une enquête réalisée par l'observatoire de la vie étudiante.

À Lyon, la tentative de suicide d'un jeune homme hébergé en résidence universitaire samedi 9 janvier a suscité une vive émotion poussant Eric Carpano, président de de l’Université Jean-Moulin Lyon 3, à réclamer la mise "en place de cellules d'accompagnement psychologique". Avec la crise sanitaire, "il y a une remise en cause du lien social qui fondait l'université", a-t-il estimé sur franceinfo appelant à "une prise de conscience nationale quant à l'urgence" de la détresse psychologique des étudiants.

Préoccupés par cette situation, plusieurs professeurs de la Sorbonne ont saisi le Conseil d'État pour demander une réouverture anticipée des facs et éviter les "désastres psychologiques".

Décrochage massif

Démoralisés, les étudiants sont de plus en plus nombreux à décrocher et abandonner. Dans certaines facs, le taux de connexion aux cours à distance est passé de 70% à 30%. "Certains cours sont annulés au dernier moment. Ce matin, j'ai appris à 9h35 que mon cours de 10h n'aurait pas lieu. On apprend à vivre au jour le jour...", témoigne Martin, en troisième année de la licence sportive STAPS à l'Université Savoie Mont-Blanc. La création de 20.000 jobs étudiants dans les universités pour du tutorat et du soutien annoncée fin novembre par le gouvernement suffira-t-elle ? 

Les organisations étudiantes et de jeunesse ne semblent pas convaincues. "Il est urgent d'ouvrir rapidement les portes des établissements d'enseignement supérieur" (...) des moyens matériels, financiers et humains conséquents pour un retour en présentiel", ont réclamé mardi 5 janvier dans un communiqué l'Unef et l'UNL notamment. Elles réclament "des dépistages massifs à proximité des lieux d'études", "la réquisition de salles vides là où c'est possible" et "un plan de rattrapage du retard universitaire" accumulé depuis près d'un an.

Plus la reprise tardera, plus les "dégâts" risquent d'être importants, craignent aussi les présidents d'université qui tablent, pour la plupart, sur une reprise de l'ensemble des cours, en présentiel, le 1er février si la situation sanitaire le permet. "Si jamais le second semestre se poursuivait en distanciel, notre crainte c'est qu'une partie des étudiants jettent l'éponge et ne reviennent pas", a expliqué François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise à l'AFP. La ministre Frédérique Vidal a dit espérer "un point d'étape à la fin du mois de janvier pour augmenter le nombre de jeunes qui pourront retrouver leurs enseignants"

"Examen sous Covid"

Alors que dans de nombreuses facs cette semaine est consacrée aux examens de fin de semestre, organisés selon les cas en présentiel ou à distance, la colère prend le pas sur l'inquiétude par endroits. À Nantes (Loire-Atlantique) notamment la façade d'un gymnase de l'université, où devaient se tenir des partiels, a été incendiée dans la nuit de dimanche à lundi. Selon les premiers éléments de l'enquête l'incendie semble être d’origine criminelle. Des inscriptions revendicatrices ont été découvertes sur les murs : "Partiels en distanciel, ou pas de partiel du tout", "examen sous Covid", "Foutage de gueule" et enfin "les points dans les partiels pas dans les retraites".

"Ce qu'on constate à Nantes mais aussi dans d'autres universités, c'est qu'il n'y a pas de réelle adaptation de la manière dont se tiennent les examens" en ce mois de janvier, a commenté Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant l'Unef et étudiante en droit sur franceinfo. 

"Un exemple : on devait avoir des examens en présentiel, et pour tous les étudiants qui avaient le Covid ou qui étaient cas contacts, on n'a pas forcément de session de substitution qui ont été mises en place, ce qui signifie que certains étudiants cas contacts ou ayant le Covid sont venus aux examens de peur de se retrouver avec un zéro dans leur moyenne et de se retrouver au rattrapage. C'était le cas à la Sorbonne, par exemple" où des blocus et boycotts ont eu lieu. Des pétitions refusant le maintien des épreuves en présentiel, dénonçant l'impréparation et les risques sanitaires ont aussi été lancées à Lille, Lyon ou encore Perpignan, souvent sans succès.

Plusieurs slogans ont été tagués sur les murs du gymnase incendié à l'Université de Nantes
Plusieurs slogans ont été tagués sur les murs du gymnase incendié à l'Université de Nantes © Radio France - Julie Munch

RSA étudiant

Anxieux pour leur santé, isolés dans des logements exigus ou obligés de retourner chez leurs parents, livrés à eux-mêmes en raison des contraintes sanitaires, déprimés, certains jeunes sont en outre confrontés à des difficultés financières. 

Privés de leurs jobs avec la crise économique, les étudiants sont venus grossir les rangs des bénéficiaires des associations d'aide aux plus démunis. À Valenciennes (Nord), une antenne des Restos du cœur a été ouverte sur le campus, une première. Un soulagement pour Laurent, 26 ans, étudiant en génie civil qui vit avec 250 euros par mois : "Mon loyer est de 207 euros, il me reste 43 euros par mois pour remplir le frigo c'est compliqué..."

À Besançon (Doubs) aussi, les Restos du Cœur accueillent de plus en plus de jeunes. Sur les 600 foyers inscrits depuis la fin novembre, 20 % sont des étudiants.

Une situation qui indigne Stéphane Troussel, président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. "La place des étudiants, c'est au resto U, pas aux Restos du cœur", estime l'élu favorable à un RSA pour les moins de 25 ans y compris aux étudiants, et auteur d'une tribune publiée dans le Journal du Dimanche le 10 janvier avec les responsables des quatre universités implantées dans le 93 (Paris 8, Paris-Est Créteil, Sorbonne Paris Nord et Gustave Eiffel).  

"Il y a des initiatives, il ne faut pas les nier", a-t-il précisé sur franceinfo. "Le repas à 1 euro, la revalorisation de bourses ou même des aides ponctuelles qui ont été versées à un certain nombre de jeunes. Mais ce n'est pas suffisant face à l'ampleur de la crise et vraisemblablement sa durée. Donc, la précarisation des étudiants, ça ne date pas de la crise, mais la crise, elle, est en train de faire basculer nombre d'entre eux vers la pauvreté. Il nous semble nécessaire maintenant d'ouvrir le RSA aux moins de 25 ans. C'est ce qui permettra de lutter contre la pauvreté des jeunes en général, mais aussi de lutter contre les inégalités sociales persistantes."

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