Éducation

Écarté pour atteinte à la laïcité, l'instituteur de Malicornay saisit la ministre de l'Éducation nationale

Par Jonathan Landais, France Bleu Berry et France Bleu vendredi 21 avril 2017 à 18:34 Mis à jour le vendredi 21 avril 2017 à 21:51

LAÏCITÉ ECOLE ILLUSTRATION
LAÏCITÉ ECOLE ILLUSTRATION © Maxppp - Maxppp

Suspendu en février pour avoir enseigné des extraits de la Bible à ses élèves, un enseignant de Malicornay (Indre) dépose un recours gracieux auprès de la Ministre de l'Éducation Nationale pour demander sa réintégration.

Son avocat s'exprime pour la première fois dans les médias. Maître Jean-Raphaël Mongis, avocat au barreau de Tours, saisit le Ministère de l'Éducation Nationale via un recours gracieux. Il demande la réintégration de son client, un instituteur de Malicornay, suspendu de ses fonctions depuis trois mois par l'Inspection académique de l'Indre pour "atteinte au principe de laïcité".

Mon client n'a pas fait de prosélytisme - Me Mongis

Maître Jean-Raphaël Mongis - Aucun(e)
Maître Jean-Raphaël Mongis - ©capture d'écran omnialegis.fr

L'Inspection académique reproche à ce professeur, qui enseigne en école publique, d'avoir travaillé pendant deux ans avec ses élèves de CM1 et CM2 sur un fascicule comportant environ 25 extraits de la Bible allant de la Genèse aux Évangiles. Son avocat plaide l'enseignement de culture générale. "Mon client est agnostique, marié civilement, il a deux enfants qu'il n'a pas fait baptiser, il ne fréquente pas les lieux de culte, il ne peut pas être suspecté d'avoir eu une intention prosélyte en faisant étudier ces textes là".

"Il s'est juste rendu compte que certains de ses élèves avaient une méconnaissance du fait religieux assez affligeante, à tel point qu'un jour l'un d'eux lui a demandé : qui est le monsieur accroché sur la Croix ? On en est là... Mon client s'est dit que ça faisait partie de sa mission d'enseignant d'éclairer, de donner quelques repères".

"Il s'agissait d'un enseignement littéraire, au même titre qu'il a fait travailler ses élèves sur l'Iliade et l'Odyssée, le Passe-Muraille (de Marcel Aymé), Sherlock Holmes ou Harry Potter, il a estimé que c'était intéressant d'étudier certains extraits de la Bible, le livre le plus vendu au monde".

La Ministre doit trancher dans les prochains mois

Maître Mongis vient donc de saisir directement la Ministre de l'Education Nationale : mercredi 19 avril, il a fait partir un courrier demandant un "recours hiérarchique" pour tenter de faire annuler l'arrêté de suspension de l'enseignant. Il estime que la décision de l'Inspection académique est totalement "disproportionnée".

"En matière de suspension à titre conservatoire, voici ce que prévoit l'article 30 de la loi de 1983 : un fonctionnaire peut être suspendu en cas de faute grave, c'est-à-dire, d'après la jurisprudence, des faits à connotation pénale, comme des affaires de pédophilie, ou par exemple des propos négationnistes tenus en classe par un enseignant (...), je ne pense pas qu'évoquer des textes de la Bible est répréhensible pénalement, on est dans une affaire totalement inédite par la rapidité et la disproportion de la décision qui a été prise".

Quand sera rendue la décision ? "J'espère que la Ministre s'emparera rapidement de ce dossier et tranchera au plus vite, sachant que mon client est convoqué devant la commission de discipline le lundi 29 mai", fait savoir l'avocat. En fonction de l'évolution du dossier, il n'exclut pas de porter l'affaire devant le Tribunal administratif d'Orléans.

Maître Jean Raphaël Mongis est avocat en droit de la fonction publique. Il est déjà intervenu dans d'autres dossiers, comme la construction de la Mosquée à Tours. Il avait aussi été saisi dans l'affaire Dieudonné sur la question de la liberté d'expression.