Éducation

Écriture inclusive : le combat de treize professeurs ligériens

Par Julien Corbière, France Bleu Saint-Étienne Loire mercredi 8 novembre 2017 à 19:00

L'écriture inclusive vise notamment à mettre fin à la règle du masculin l'emportant sur le féminin...de quoi compliquer un peu les devoirs à la maison...
L'écriture inclusive vise notamment à mettre fin à la règle du masculin l'emportant sur le féminin...de quoi compliquer un peu les devoirs à la maison... © Maxppp -

Treize enseignants de la Loire sont signataires d'une tribune militant pour la fin de la règle qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin. Parmi eux, Élianne Viennot, professeure de l'université de Saint-Étienne, et à la pointe de ce combat.

Le combat sur l'écriture inclusive est mené par une Stéphanoise. Éliane Viennot, professeure en littérature française à l'université de Saint-Étienne, a réuni avec elle 313 professeurs (ndlr: d'écoles, de collèges, de lycée et d'université). Ils ont tous signé une tribune publiée le 7 novembre sur le site d'information Slate.fr, tribune dans laquelle ils demandent donc que le masculin ne l'emporte plus sur le féminin. Une pétition accompagne cette tribune, signée plus de 5.000 fois ce jeudi matin.

"Péril mortel" contre progrès de société

Ces professeurs (à leur place il faudrait écrire professeur.e.s) n'enseigneront plus cette règle de grammaire et plaident pour l'écriture inclusive, avec l'utilisation de ce fameux "point milieu". Quelques exemples pour bien comprendre :

  • Son fils et sa fille sont venu.e.s ce matin
  • Les bonbons et les friandises sont délicieux.se.s
  • Les candidat.e.s à la présidence du parti LR

Les militants de la cause inclusive demandent aussi que les fonctions soient accordées en genre : il faudrait donc dire la maire, une auteure ou une pompière.

Le sujet fait polémique depuis plusieurs semaines. Les membres de l'Académie Française parlent d'un "péril mortel" pour la langue française et il divise au sein du gouvernement.

Un combat féministe

Le combat d'Éliane Viennot et de ses co-signataires est féministe. Elle plaide pour mettre fin à la supériorité masculine, dans la langue française comme ailleurs. Dans sa tribune, elle fait valoir des arguments historiques, par exemple le fait que le masculin prioritaire n'a pas toujours été la règle, et que quand il a été imposé, c'était quand les politiques évoquaient (je cite), le "caractère plus noble du genre masculin".

Pour Éliane Viennot, cette règle du "masculin qui l'emporte sur le féminin" amène l'enfant à penser que ce n'est pas vrai que dans les cahiers et au tableau, que c'est une réalité acquise dans la vie de tous les jours. Ces enseignants sont bien conscients que le passage brutal à une écriture inclusive poserait problème. Ils proposent une solution intermédiaire : la règle de proximité. Concrètement, l'adjectif ou le participe passé s'accorderaient avec le nom le plus proche. Exemples :

  • Son fils et sa fille sont venue ce matin
  • Les bonbons et les friandises sont délicieuses

Treize enseignants ligériens ont signé cette tribune. Parmi les 314 signataires, on compte treize professeurs ligériens. Isabelle Graci, professeur(e) des écoles à l'école du Soleil à Saint-Étienne (300 élèves), explique que le "masculin qui l'emporte sur le féminin" pose problème, et pas seulement en grammaire : "Je trouve gênant que des enseignants continuent à le dire. Au-delà de l'accord grammatical, il y a une idée derrière. Est-ce que le masculin l'emporte sur le féminin, c'est à dire est-ce que l'homme l'emporte sur la femme ?"