Éducation

Des familles lorraines plaident pour l'instruction à domicile

Par Roxane Delaby, France Bleu Sud Lorraine lundi 19 septembre 2016 à 6:00

Les familles Lorraines  qui ont adopté l'instruction à la maison se sont retrouvées jeudi dernier à Arnaville
Les familles Lorraines qui ont adopté l'instruction à la maison se sont retrouvées jeudi dernier à Arnaville © Radio France - Roxane Delaby

Pour eux septembre ne rime pas avec rentrée des classes. Les enfants des familles qui ont choisi l'instruction à la maison, ne connaissent pas la contrainte du réveil matin, ils ne passent pas leurs journées sur les bancs de l'école mais apprennent à leur rythme à la maison.

L'instruction à domicile est régie par la loi, chacun étant libre de choisir de scolariser son enfant ou de ne pas le faire, sans donner de raisons. Mais en Lorraine, quelques familles s'inquiètent de l'apparition d'un nouvel article de loi qui remet en cause leur mode de fonctionnement. Voté en juin à l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi "égalité et citoyenneté", il renforcerait le contrôle de l'instruction. Actuellement, rien n'oblige les parents à suivre les programmes et la pédagogie de l'éducation nationale. La seule contrainte : qu'à 16 ans leurs enfants aient acquis toutes les connaissances qu'un enfant doit normalement maîtriser. La nouvelle législation imposerait des contrôles plus réguliers à chaque fin de cycle.

Pas d'école pour la famille Spenlé

Dans la famille Spenlé, il y a cinq enfants, âgés de 9 à 19 ans. Aucun d'entre eux ne va ou n'est allé à l’école. Pour leur maman Gwenaëlle, le choix de l'instruction à la maison s'est imposé naturellement : "Je voulais respecter l’individualité de mes enfants, leur rythme. Ce n'est pas parce qu’on à le même âge qu'on doit être enfermé à 20 dans une même classe à apprendre la même chose". Pour elle les enfants doivent apprendre quand ça les intéresse "on ne peut pas les forcer à apprendre".

A la maison Gwenaëlle ne fait pas l'école, mais tout est prétexte à l'apprentissage. La cuisine pour les mathématiques, la lecture pour le français, les musées pour l'histoire, les balades en pleine nature pour les sciences.

Ses enfants ne subissent aucun pression, pour cette maman, l'épanouissement personnel est bien plus important que les diplômes. Son plus grand fils, âgé de 19 ans, a décidé de lui même de passer un CAP dans le bâtiment, il s'est lancé seul et a obtenu son diplôme en candidat libre sans aucune difficulté. Sa fille, elle, est en train de préparer son baccalauréat, seule grâce à des annales et des cours sur internet. A 17 ans elle a déjà appris le japonais à la maison.

Environ 25 000 enfants scolarisés à domicile en France

Parfois le choix de l'école à la maison s'impose suite à un évènement. Sandra a retiré son fils Victor de l'école après une année passée en CP. "Victor commençait à développer une phobie scolaire". Elle a alors mis en place à la maison un système d'éducation plus adapté à sa personnalité. Pour Victor, c'est école le matin "On commence quand il veut, quand il est réveillé, quand il à joué et qu'il est prêt". Et c'est Victor qui choisit les thèmes sur lesquels il veut travailler selon une grille établie à l'avance. Et si Victor n'a pas envie, Sandra ne le force pas  "je ne veux surtout pas qu'apprendre soit une souffrance pour lui. Il se développe à son rythme et a plus de temps pour se consacrer à ses passions."

Victor est passionné de photographie animalière et s'investit pleinement dans la protection de la faune sauvage. Ces passions lui prennent beaucoup de temps et lui permettent de rencontrer beaucoup de monde. Il organise des expositions photos, est bénévole dans plusieurs associations, et retourne parfois dans les écoles pour animer des ateliers pour les enfants.

Le problème de la sociabilité

C'est une question récurrente pour ces parents : "mais vos enfants ne deviennent ils pas associable ?". Pour Christelle et Sébastien, parents de deux jeunes garçons ce n'est pas du tout un problème : "Nos enfants sont inscrits dans des clubs de sport, ils font du badminton 2 à 3 fois par semaine. Grâce au sport ils rencontrent d'autres jeunes, et sont encore plus sociables avec les adultes". Le sport leur apporte aussi un encadrement, une rigueur, c'est l'apprentissage de la vie en collectivité.

Pour les enfants de Gwenaëlle, le seul inconvénient de l'instruction à la maison  "c'est qu'il n'y a pas assez d'enfants qui ne vont pas à l’école pour jouer avec nous la journée". Mais quand on leur pose la question, aucun d'entre eux n'a envie d'aller à l'école " là-bas les enfants jouent  une demi heure par jour, alors que moi je joue 8h par jour " explique Oyan.

Et pour les parents qui restent à la maison, c'est aussi épanouissant : "C'est certain que ce n'est pas fait pour tout le monde, mais moi j'ai fait des enfants pour les éduquer, je n'ai pas envie de déléguer cette mission et de cette manière je peux les voir grandir au quotidien" déclare Sandra. Pour Sébastien, qui travaille beaucoup, il n'y a plus de contraintes de vacances liées à l'école, ce qui permet à toute la famille de partir en voyage hors période scolaire : "du coup on part plus souvent parce que ça coute moins cher".

La loi 

L'article 14 bis de la loi "égalité et citoyenneté" prévoit que "L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation détermine les modalités et le lieu du contrôle". Le décret en attente de publication précise que "l'enfant pourra être soumis à des exercices écrits ou oraux" et que "le contrôle de la maitrise progressive de chacun des domaines du socle commun est fait au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d'enseignement de la scolarité obligatoire."