Éducation

VIDEO - "Les enfants des zones d'éducation prioritaire sont victimes de discrimination négative " : Nathalie Mons

Par Martine Bréson, France Bleu Paris Région lundi 10 octobre 2016 à 9:38 Mis à jour le lundi 10 octobre 2016 à 10:22

Nathalie Mons
Nathalie Mons © Radio France - Martine Bréson

Nathalie Mons, présidente du Cnesco, Conseil national de l'évaluation du système scolaire, était l'invitée de France Bleu à 8h10. Elle a expliqué pourquoi il y avait autant d'inégalités dans le système scolaire français alors que la situation était moins grave dans d'autres pays.

Nathalie Mons, présidente du Cnesco, Conseil national de l'évaluation du système scolaire, était l'invitée de France Bleu à 8h10. Le Cnesco a rendu public, le 27 septembre 2016, un rapport sur les inégalités dans le monde scolaire

Regardez l'interview de Nathalie Mons à la fin de cette article.

A retenir

La France est le pays où les inégalités sociales à l'école sont les plus élevées

Nathalie Mons affirme que l'école a creusé les inégalités ces trente dernières années. Les recherches ont porté sur une question que Nathalie Mons qualifie "d’extrêmement grave". Le rapport explique pourquoi, aujourd'hui, la France est le pays où les inégalités sociales à l'école sont les plus élevées de l'ensemble des pays de l'OCDE., l'Organisation de Coopération et de Développement Economique. "Ces inégalités se sont creusées ces dix dernières années. Vingt-deux équipes de recherche ont été réunies pour analyser et comprendre la situation. Ces chercheurs ont cherché la cause de ces inégalités à l'école. Ils ont regardé l'école sous toutes ses coutures, ce qui se passe dans les classes mais surtout ce qui se passe en terme de politique scolaire, pour expliquer la situation".

"Le rapporte est au-dessus de la politique. Il regarde quelles politiques scolaires ont été menées depuis trente ans", indique Nathalie Mons. "Nous sommes aujourd’hui confrontés à des inégalités importantes. Ces inégalités quelles que soient les politiques, n’évoluent qu'à long terme donc il s'agit plutôt de s'interroger sur ce qu'on a fait depuis une trentaine d'années. Et ce que l'on constate, c'est que la situation de la France est tout à fait singulière ... On se rend compte que, dans les autres pays, on a changé de politique. On a eu de vraies révolutions scolaires à partir des années 90/80 dans certains pays. On a changé de cap alors que nous, nous sommes restés vraiment fidèles à au moins trois politiques qui ont creusé les inégalités : les politiques d'éducation prioritaire, les relances perpétuelles du collège unique avec des dispositifs qui se sont finalement cumulés et puis aussi des classes très ségrégatives comme les troisièmes de préparation à l'enseignement professionnel. C'est ça qui fonde ces inégalités".

Une question de moyens financiers ?

"Non, la France investit largement dans le scolaire, cependant elle a mal investi quand on regarde l'allocation des moyens selon les niveaux d’enseignement. On a eu dans le passé un très faible investissement dans le primaire et au contraire un surinvestissement dans le lycée. Ça a conduit à donner moins de moyen à cette école primaire qui est tout à fait importante pour les premiers apprentissages... Ce qui a été fait depuis 2012 et ça, je dirai que c'est un point positif, c'est qu'on a réorienté une partie des moyens vers le primaire.

Le dispositif "Plus de maitre que de classe"

Ce dispositif doit permette à deux enseignants d'être dans la même classe et donc de permettre une différenciation pédagogique, un suivi plus personnalisé des enfants. C'est positif mais cela n'a pas été mise en œuvre exactement comme dans les attendus. Donc il faut non seulement qu'il y ait des moyens, il faut des politiques intelligentes et il faut que ces politiques soient mises en œuvre efficacement.

L'échec des zones d'éducation prioritaire

Dès le début, les concepteurs même de cette politique attirent l'attention sur le fait que cette politique doit être temporaire parce qu'ils disent, attention, ces politiques, ces labels, vont stigmatiser ces établissements et créer au moins deux effets pervers : faire partir les enfants les plus favorisés et limiter l'attractivité des enseignants parce que, enseigner dans un quartier ségrégué, c'est difficile.

Ces labels stigmatisent ces établissements

Nous montrons dans ce rapport que, finalement, les enfants et les personnels qui travaillent dans l'éducation prioritaire sont aujourd'hui victimes de discrimination négative .. On donne moins aux enfants qui ont déjà moins et on met aussi les personnels de l’éducation prioritaire dans une situation extrêmement difficile. C'est à dire que ils sont très engagés, ils ont beau déployer tous les efforts, on voit bien que leurs efforts sont limités par la ségrégation, par la concentration des difficultés scolaires dans les classes où ils sont.

Regardez l'interview de Nathalie Mons :

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