Éducation

"Marre du rose" : des féministes dénoncent les jouets sexistes à Paris

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région dimanche 6 décembre 2015 à 5:00

Les militantes féministes grimées en poupées deavnt le magasin.
Les militantes féministes grimées en poupées deavnt le magasin. © Radio France - Rémi Brancato

"Marre du rose". C'est avec ce slogan que l'association "Osez le féminisme" accompagnée des Femen et des Chiennes de garde a mené une opération ce samedi à Paris, dans un magasin de jouets des grands boulevards. Objectif : dénoncer le sexisme des jouets auprès des parents.

Les militantes sont une dizaine et elles entrent discrètement  dans ce JouéClub du boulevard des Italiens, près du métro Richelieu Drouot, armées de tracts à destination des clients. Une fois dispersées dans les allées, le slogan fuse :

"On en a marre du rose!"

Marre du rose pour les filles et du bleu pour les garçons, c'est le message. Les militantes le développent auprès des clients. Sofia, qui fait partie du groupe Femen, interpelle un père de famille: "Vous avez une fille Monsieur? Regardez ce qu'on lui vend : une poupée, une poussette et de quoi être une bonne ménagère. Moi, j'ai plutôt envie qu'elle ait une perspective d'avenir, qu'elle devienne médecin ou astronaute!"

Poupées contre explorateurs

Pour certains clients, "il y a d'autres problèmes plus graves à régler" mais la plupart comprennent, comme Sonia, venue acheter des jouets pour ses neveux :

"Au rayon fille, on va mettre en avant les poupées et les balais. On ne va pas mettre en avant les femmes de demain avec ces jouets!"

Un tract distribué ce samedi par Osez le féminisme. - Aucun(e)
Un tract distribué ce samedi par Osez le féminisme.

Les féministes estiment que ces stéréotypes de genre sont dangereux et empêchent, plus tard, les petites filles d'accéder aux mêmes études ou aux mêmes métiers que les petits garçons. "Le garçon va pouvoir se projeter dans des carrières scientifiques ou d'explorateurs et ce monde est quasi interdit aux filles" explique Roselyne Ségalen, membre active des Chiennes de garde, à l'initiative de l'opération. "C'est complètement inégal" ajoute-t-elle. Et pour Marie Allibert, porte-parole d'Osez le féminisme, cette inégalité a des conséquences néfastes :

"On replie les petites filles sur l'espace domestique"

Marie Allibert d'"Osez le féminisme", dénonce les stéréotypes de ce magasin.

Les associations demandent donc que les jouets soient achalandés différement dans les rayons. "On pourrait avoir des rayons organisés par âges ou par centres d'intérêt" propose par exemple Marie Allibert.

S'adresser aux fabricants

Les gérants du magasin JouéClub estiment ne pas être la bonne cible. Pour Paul Pichard, le responsable de la communication, la coloration des rayons, c'est avant tout une responsabilité des fournisseurs : "le phénomène de couleurs est lié aux boîtes et c'est auprès des fabricants qu'il faut aller voir pas auprès des magasins que nous sommes."

Rémi Brancato a suivi l'opération des féministes dans ce magasin parisien.

Avec cette campagne, déjà lancée l'an passé pour Noël, les différentes organisations féministes s'adressent aussi aux fabricants de jouets. Elles disent noter des progrès : certains magasins ont retiré, par exemple, les balais, des rayons pour filles.

Et avec humour, les militantes d'Osez le féminisme ont aussi détourné la célèbre chanson "Libérée, délivrée", du film de Disney, "La Reine des neiges", en "Libérée... des clichés".