Éducation

Martial Ménard : une vie de combats

Par Annaïg Haute, France Bleu Armorique et France Bleu Breizh Izel jeudi 8 septembre 2016 à 16:37

Editeur, auteur, journaliste et militant, Martial Ménard laisse derrière lui une riche bibliographie.
Editeur, auteur, journaliste et militant, Martial Ménard laisse derrière lui une riche bibliographie. - .DR

Le militant de la langue bretonne, auteur de dictionnaires de référence est mort ce 8 septembre des suites d’une longue maladie. Il avait 64 ans.

« La France elle fait ce qu’elle veut, moi je suis Breton ! » Dans son dernier entretien à France Bleu Breizh Izel, le 23 novembre 2015, Martial Ménard n’avait rien perdu de son mordant. Evoquant le dernier salon du livre de Carhaix, qu’il présidait, comme « un salon de combat ».

« Des combats qu’il faut mener avec persévérance, constance… Ce n’est pas uniquement en signant des pétitions et en faisant des sit-in. »

Le combat c’est un peu le fil conducteur de la vie de ce militant acharné. Il rappelait notamment son engagement avec Jean-Yves Cozan pour obtenir une signalétique bilingue sur les panneaux de signalisation routière : «ce sont des combats qu’il faut mener avec persévérance, constance… Ce n’est pas uniquement en signant des pétitions et en faisant des sit-in. Un combat ce n’est pas quelque chose que l’on fait en dilettante !»

Martial Ménard est né en région parisienne, mais a toujours été très attaché à ses origines. Son service militaire en Guadeloupe, auprès d’autres bretonnants, lui a donné envie de renouer avec ses racines.

Initié aux explosifs avec les activistes du FLB ARB, il est condamné avec Charlie Grall par la Cour de sureté de l’Etat à 7 ans de prison, après l’attentat de Brennilis dans les années 70. C’est en détention qu’il commence à noter méticuleusement toutes les expressions qu’il ne connaît pas dans les livres en breton. C’est ainsi que débute son travail de collecte qui l’emmènera à éditer plusieurs dictionnaires (notamment le premier Geriadur brezhoneg), après avoir été amnistié par François Mitterrand en 1981. Plus original, il a aussi écrit un dictionnaire du breton érotique, Alc'hwez braz ar baradoz vihan.

Editeur pendant 25 ans, président des éditions An Here, dont il a aussi été directeur. Il avait aussi créé u magazine papier "Breizh Info" et pendant plus de 10 ans, il était en charge de la chronique «Skolig ar brezhoneg», dans le journal Ouest-France.

« Tant que j’aurai des choses à dire, lire et que je retrouverai des choses qui n’ont pas encore été découvertes en breton, je continuerai »

Sa plus grande œuvre reste certainement son « Dictionnaire historique de la langue bretonne », un recueil de 8000 pages consultable en ligne. Un ouvrage qu’il aura mis 40 ans à rédiger pour expliquait-il : "connaître l'apparition du sens des différents mots de la langue bretonne du Moyen-Breton (11ème siècle) jusqu'à nos jours". Dans un sourire, il évoquait ce travail de fourmi «Un dictionnaire doit être ordonné ! S’il n’y a pas d’ordre dans le dictionnaire, rien ne va plus!»

Martial Ménard continuait à ausculter inlassablement la langue bretonne : « Tant que j’aurai des choses à dire, des choses à lire et que je retrouverai des choses qui n’ont pas encore été découvertes en breton, je continuerai. Ça arrive encore régulièrement, des termes qui ont été employés dans des ouvrages mais qui n’ont pas été relevés, qui sont passés à coté du regard de nos lexicographes. »