Éducation

Harcèlement moral : polémique après la nomination d'un enseignant à Saint-Martin-le-Vinoux

Par Véronique Pueyo, France Bleu Isère et France Bleu mardi 18 octobre 2016 à 17:13

L’instituteur avait été suspendu deux ans pour harcèlement moral.
L’instituteur avait été suspendu deux ans pour harcèlement moral. © Maxppp -

Inquiétude et colère de certains parents d'élèves en Isère. Un enseignant, suspendu pendant deux ans pour harcèlement moral, a finalement repris son activité dans une école maternelle de Saint-Martin-le-Vinoux. Or, le Rectorat de Grenoble avait promis qu'il n'aurait pas de classe cette année.

Lors de la rentrée scolaire 2016, les parents de l'école primaire Bizanet, à Grenoble, se sont mobilisés contre la nomination dans leur école d'un enseignant. Celui-ci avait été suspendu deux ans pour harcèlement moral sur ses élèves. Face à la polémique et à la mobilisation de certains élus, comme la député PS Geneviève Fioraso, la rectrice d’Académie, avait donc décidé qu'il n'enseignerait plus et serait cantonné à des tâches administratives. Mais cette promesse n'a pas été tenue. L'instituteur vient en effet de faire sa rentrée la semaine dernière à l’école maternelle Badinter, à Saint-Martin-le-Vinoux.

"Le rectorat a failli à sa parole et n'a fait que déplacer le problème" Delphine Ropers, parent d'élève

Delphine Ropers, parent d'élève à l'école Bizanet, s'était battue pour éviter la nomination de l'enseignant dans l'établissement de ses enfants. Aujourd'hui, elle estime que l'on déplace le problème : "Nous avons pu parler avec cet instituteur, avant la rentrée de septembre. Il se considère toujours comme victime d'un complot et n'admet toujours pas avoir eu des propos vexatoires ou déplacés à l'encontre de ses élèves. Il n'a pas changé et cela va recommencer à l'école de Saint-Martin-le-Vinoux."

"En général après une sanction, on en prend acte (...). L'enseignant, la veille de la rentrée, nous a dit qu'il était une victime, que c'était un complot et qu'il n'était aucunement responsable"

Maitre Balestas est l'avocat de l'enseignant mis en cause : "Il est normal que mon client retrouve un poste. Il n'a pas été radié, il n'a été que suspendu et d'ailleurs il a fait appel de cette suspension. On attend toujours le jugement de la cour administrative d'appel. D'autre part, il est protégé par son statut de fonctionnaire tout en ayant l'obligation d'enseigner. À moins que l'Éducation nationale ne veuille le payer à rien faire. Mais il faut nous le dire" ironise l'avocat.

Jamais seul avec les élèves

Il faut dire qu'au rectorat, on est un peu gêné aux entournures. La rectrice nous renvoie sur l'inspectrice d’académie qui est trop occupée pour nous répondre. On sait toutefois que l'inspection académique a nommé cet enseignant dans une école maternelle car, normalement, il y a toujours un autre adulte avec lui, en la personne de l'ATSEM qui l'assiste dans son travail et qui peut prévenir tout dérapage, ou en tous cas, les signaler.

Pour les parents d'élèves, cet enseignant est toujours dangereux

Pour Delphine Ropers, il faudrait réformer le fonctionnement l'Éducation nationale : "C'est l'institution qui dysfonctionne. L'Isère a déjà payé un lourd tribut après l'affaire de Villefontaine et de l'instituteur pédophile. Certes, il s'agit ici d'harcèlement moral sur des enfants, mais les dégâts faits par cet instituteur sont considérables, avec des enfants qui ont développé des phobies scolaires, qui ont fait des dépressions."

Pour l'instant, les parents d'élèves de l'école maternelle de Saint-Martin-le-Vinoux n'ont pas réagi, mais ils ont été prévenus par les parents de Bizanet. Quant au maire de la commune, il dit être au courant et être en relation avec l'Éducation nationale sans vouloir en dire plus.

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