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Éducation

"Il ne faut plus que l'université soit une impasse pour les lycéens" estime le président de l'université de Bordeaux

jeudi 19 avril 2018 à 12:34 Par Aurélie Bambuck, France Bleu Gironde

Manuel Tunon de Lara revient pour France Bleu Gironde sur la réforme de l'accès à l'université et sur le blocage du site de la Victoire depuis plus d'un mois. Pour le président de l'université de Bordeaux il faut donner plus de chance aux lycéens de réussir à l'université. Entretien.

Le président de l'université de Bordeaux, Manuel Tunon de Lara
Le président de l'université de Bordeaux, Manuel Tunon de Lara © Radio France - Aurélie BAMBUCK

Bordeaux, France

France Bleu Gironde : Dans quel état d'esprit êtes vous en pleine réforme de l'entrée à l'université, une réforme contestée par une partie des étudiants

Manuel Tunon de Lara : La réforme est attendue depuis de longues années, comme la plupart des présidents d'université, je suis dans un état d'esprit très constructif. 

Personne ne peut se contenter d'un système d'entrée à l'université où les filières en tension sont réglées par des tirages au sort. C'est surtout une réforme d'orientation et d'accompagnement des étudiants . Elle ne peut pas se mettre en place en une seule année, il faudra deux à trois ans pour le faire, mais je pense que c 'est une réforme importante pour poursuivre la transformation de l'université française.

Comprenez vous l'inquiétude des étudiants ?

Il faut bien distinguer les choses. Cette réforme est globalement approuvée par la majorité des présidents, la majorité des étudiants, la majorité des parents , il ne faut pas renverser les rôles. Cette réforme génère quelques inquiétudes dans la façon dont elle va être appliquée. La loi a été votée par l'assemblée, par le sénat, et la question qui se pose, c'est de savoir comment vous examinez les dossiers des étudiants qui rentrent à l'université , donc la cible ce sont les lycéens et les proviseurs. Il faut voir comment ont met toutes les chances de notre côté pour qu'un lycéen lorsqu'il rentre à l'université ait plus de chance de réussir.

Les étudiants eux sont déjà dans un cursus où il y a malheureusement pas mal d'échecs dans les trois premières années de licence, et qui ont besoin de dispositifs d'accompagnement. Donc moi je suis très ouvert à ces discussions qui existent depuis plusieurs mois. Avant qu'une réforme comme celle ci ait été mise en place, elle a été votée dans des conseils de collège. Maintenant qu'elle appelle des inquiétudes, et que l'on puisse échanger sur la façon dont les équipes pédagogiques vont travailler, c'est tout à fait normal. Et puis je m'adresse surtout à des étudiants qui sont contre les blocages, qui veulent passer leurs examens. Donc je suis essentiellement concentré sur cette période d'examens qui a commencé pour certaines facultés, et qui va se poursuivre dans les semaines à venir. 

Le blocage de la Victoire va devoir s'arrêter

Quelle est votre responsabilité de président d'université dans ce blocage qui perdure depuis plus d'un mois ?

Il faut rappeler que le mouvement premier était le blocage qui en soit est un élément violent de s'opposer à la libre circulation des personnes, c'est de s'opposer à l'enseignement, à la recherche, et c'est un phénomène nouveau que nous n'avions jamais connu . Ma responsabilité est celle des personnes , des biens immobiliers et des locaux. 

Une université n'est pas faite pour faire face à ce type de désordre. Forcément lorsque vous êtes en difficulté dans ces situations,vous êtes obligé de faire appel aux forces de l'ordre. Ce sont des situations qui sont profondément anormales, où il n'y a que des mauvaises solutions, mais la responsabilité que vous avez vis à vis des biens et des personnes fait que vous devez vous appuyer sur des compétences que vous n'avez pas en interne. 

Que comptez-vous faire pour mettre fin à ce blocage ?

Le moment venu ce blocage devra s'arrêter, donc on prendra les mesures qu'il faudra pour cela. Je souhaite que ça se fasse de la manière la plus paisible et la plus raisonnable , mais je ne peux pas laisser une partie de l'université évoluer comme une zone de non droit. On est très ouvert à toute forme de discussion, mais il ne faut pas mélanger les genres, il y a une appréhension qui est légitime car il y a une nouvelle loi , une réforme, il faut pouvoir comprendre comment on accompagne cette réforme, et ensuite il y a des opérations de blocage de dégradations, avec des effractions qui mettent les occupants eux mêmes en danger . Quand vous voyez circuler des étudiants sur des toits de la victoire, ce sont des personnes qui se mettent en danger, et qui sont ensuite en lien avec des gens qui occupent le site qui ne sont pas des étudiants.

Donc face à cela, il faut à un moment donné prendre des mesures, le faire en pleine connaissance de cause, et en prenant toutes ses responsabilités. Nous sommes pour l'instant sur une période d'examen, donc, le moment viendra lorsque la situation locale et nationale sera la plus appropriée pour cela . Mais ce sont des choses auxquelles nous devons réfléchir, que nous devons préparer , je n'ai pas de calendrier à donner aujourd'hui. Il y a une prudence, une très grande vigilance , je suis opposé à toute forme de violence donc dès le début du mouvement, j'ai dit cela, donc c'est la raison pour laquelle je suis aussi opposé à ces formes de blocage. Je suis président d'université, et donc j'ai la responsabilité de ce qui se passe à l'intérieur des locaux, donc forcément beaucoup de prudence et d'attention à ce qui se fait. 

Pas d'examens bradés malgré ce blocage de plus d'un mois  ?

Il y a un blocage avec une trentaine d'étudiants , il y en a 56 000 à l'université de Bordeaux, donc on ne va certainement pas brader les examens. Les examens auront lieu normalement, il est hors de question de donner des notes...c'est contraire à la loi et on est très attentif à ce que les examens se passent le mieux possible c'est la demande de l'immense majorité des étudiants. Pour un étudiant, rater un examen, rater une étape de licence c'est souvent catastrophique, donc tout le monde essaie de préserver le plus possible la normalité du fonctionnement, et en dehors de ce site de la Victoire qui a toujours été un site emblématique, qui est occupé par des étudiants et des non étudiants, la très grande majorité de l'université fonctionne normalement. 

Mieux accompagner les lycéens pour garantir leur réussite

Comme comptez vous appliquer la réforme à l'université de Bordeaux ?

On a un flux de lycéens qui augmente, notre premier problème c'est de savoir si on peut y faire face. La réponse est oui, l'année dernière nous avons déjà pu proposer à chaque lycéen de l'académie un parcours à l'université et ça sera encore le cas cette année. 

L'autre problème qui se pose , ce sont les filières en tension. C'est une minorité de filières, il y en a trois sur plusieurs dizaines,à savoir psychologie, staps et sociologie,  et dans ces filières en tension, il y avait jusqu'à présent un tirage au sort avec le système APB. Ce tirage au sort sera remplacé cette année par l'examen des dossiers de façon à voir quels sont les étudiants qui sont le plus susceptibles de réussir dans ses études et de les aider à être bien orientés. Il y a des critères qui ont été mis en place au niveau national. Il y a l'avis des conseils de classe dans tous les lycées, les professeurs de lycée sont particulièrement bien placés pour conseiller telle ou telle orientation, c'est quelque choses qui se fait naturellement, comme le passage dans une section de lycée . Ensuite analyser des milliers de dossiers, c'est quelque chose que l'on fait déjà. Si vous voulez rentrer dans un IUT, il y a des milliers de candidatures, et on ne peut en prendre qu'une centaine, donc il y a forcément une analyse des dossiers. . Ça prend plus de temps d'examiner les dossiers, ça demande plus de compétences, mais des commissions ont été mises en place , c'est le début d'un travail qui n'existait pas et qui est important. Ce qui s'applique au secondaire doit s'appliquer à l'université. Si un lycéen à des très mauvaises notes en math et en physique et en chimie, on lui déconseille fortement de faire une licence de math physique. 

Quel est l'objectif de ce changement ?

De mieux  accueillir et de mieux accompagner et de le faire dans le temps. Il y a des lycéens qui échouent à l'entrée, ou qui se retrouvent face à des premières années de formation où on est livré à soi même au milieu de nombreux étudiants, et on a le droit de se tromper. Il y a une question de suivi. L'université c'est un endroit où l'on doit pouvoir y entrer et faire en sorte que le plus possible de lycéens entrent à l'université pour y réussir , mais pour y réussir de différentes façons. Certains y réussissent d'entrée, certains doivent être accompagnés, certains y réussiront plus tard. Il y a beaucoup d'étudiants qui empruntent une voie dans les études et qui ensuite vont vers une autre voie, et ça c'est quelque chose non seulement qui est possible, mais que l'on souhaite encourager . Il n'y a pas aujourd'hui de bon système universitaire si il n'y a pas ces encouragements à faire des passerelles, à avoir des approches multidisciplinaires, c'est la véritable formation aujourd'hui que doit pouvoir donner une université, mais elle ne doit pas accueillir des étudiants en se fermant les yeux et en sachant pertinemment qu'à la fin de la première année et même dès le premier semestre , ils seront en difficulté, ils auront échoué, et ils vont dans une impasse , il ne faut plus que l'université soit une impasse pour les lycéens qui y rentrent 

La rentrée 2018 s'annonce donc bien différente que les précédentes dans l'organisation et l'état d'esprit ?

Ça fait plusieurs années que la rentrée se fait dans un état d'esprit différent. On a déjà changé l'offre de formations à l'université de Bordeaux. Sur le plan technique ça ne va pas être très différent, car si toutes les filières vont faire l'objet d'un examen de dossier, seules trois filières vont être en tension, , les tirages au sort seront remplacés par les orientations. mais pour toutes les autres filières, on est en capacité de prendre tous les étudiants qui le souhaitent. Le changement s'est opéré au lycée. Les universités doivent dans les deux années à venir, mettre en place des dispositifs pour que les étudiants réussissent, et ça c'est un élément nouveau. La loi permet de ne plus perdre une année.