Culture – Loisirs

"Chocolat" : l'incroyable destin du premier artiste noir en France

Par Clémence Gourdon, France Bleu Paris Région et France Bleu jeudi 21 janvier 2016 à 15:12 Mis à jour le mercredi 3 février 2016 à 10:27

George Foottit (g.) et Rafael Padilla (d.), le duo célèbre de la Belle Époque.
George Foottit (g.) et Rafael Padilla (d.), le duo célèbre de la Belle Époque. © Maxppp - Henri Garat/Mairie de Paris

Le premier artiste noir de la scène française, "le clown Chocolat", a connu un véritable succès pendant quinze ans, avant de finir ses jours dans la misère en 1917. Son histoire oubliée est remise au goût du jour par le réalisateur Roschdy Zem dans "Chocolat", avec Omar Sy dans le rôle principal.

Pendant plus de quinze ans, Rafael Padilla dit le "clown Chocolat" a connu un grand succès à Paris,  avec son binôme et ami George Foottit. Le duo mettait notamment en scène la domination coloniale dans une critique comique. Mais après la séparation du tandem, Rafael Padilla a terminé ses jours dans la misère. Presque cent ans après sa mort dans l'anonymat, "Chocolat" retrouve sa place aux côtés des nombreux artistes qui font l'histoire culturelle de la France.

"Chocolat", un film hommage

Roschdy Zem, initialement acteur, signe son 4ème film de l'autre côté de la caméra avec "Chocolat", en salle à partir du 3 février. Le film retrace l'histoire de Rafael Padilla (Omar Sy), ex-esclave devenu clown célèbre dans son duo avec George Foottit (James Thiérrée).

Issu d'une famille africaine réduite en esclavage, Rafael Padilla devient orphelin et est vendu à un marchand portugais à l'âge de 11 ans. Il s'enfuit en Espagne, avant de rejoindre la France où il fait une rencontre décisive avec l'artiste-clown blanc George Foottit.

À partir de 1886, le duo débarque rue Saint-Honoré, à Paris. Les deux clowns remportent un grand succès dans leurs représentations d'un homme blanc autoritaire et d'un Auguste noir souffre-douleur. Pendant plus de quinze ans, ils bouleverseront les préjugés de l'époque en se moquant de la domination coloniale. L'ancien esclave devient alors le premier artiste noir en France, et le duo enchaîne les représentations au Nouveau Cirque, mais aussi à l'Hippodrome du Champ de Mars, ou encore aux Folies-Bergères.

Leurs numéros ont inspiré de nombreux artistes et, ont été filmés par les frères Lumière dans "La mort de Chocolat"

Rendre ses lettres de noblesse à un artiste oublié

En 1910, les deux amis se séparent brutalement. "Chocolat" vit alors une courte reconversion de comédien, dans la pièce "Moïse" d'Edmond Guiraud, avant de retourner au cirque sans connaître de réel succès. Il sombre alors dans l'alcool et termine ses jours dans l'anonymat et la misère à Bordeaux. Il y sera inhumé dans la partie réservée aux indigents, à l'âge de 49 ans.

Le film "Chocolat" va permettre de (re)découvrir l'histoire de cet artiste français qui, avec son ami George Foottit, a été novateur entre 1886 et 1910. Mais également de rendre sa juste place à cette star de l'époque.

Un autre hommage lui a été rendu ce mercredi 20 janvier par la mairie de Paris, avec une plaque commémorative, en présence de la maire de Paris, Anne Hidalgo, du réalisateur et des deux acteurs principaux du film, mais aussi des descendants des deux clowns. On peut y lire : "Ici, au Nouveau Cirque, Rafael Padilla dit le "Clown Chocolat" (1868? - 1917), né esclave à Cuba, et George Foottit (1864 - 1921) ont inventé la comédie clownesque associant le Clown Blanc et l'Auguste".

Cérémonie de la Mairie de Paris à la mémoire de Rafael Padilla, dit "Chocolat" - Aucun(e)
Cérémonie de la Mairie de Paris à la mémoire de Rafael Padilla, dit "Chocolat" - Henri Garat/Mairie de Paris

Ces deux artistes ont bouleversé l'ordre établi, participant à l'histoire universelle pour la cause de l'anti-racisme et à un moment où on est tous interrogés à nouveau sur le vivre ensemble

— Anne Hidalgo, maire de Paris

Omar Sy s'est quant à lui déclaré "très ému et fier de raconter cette histoire oubliée pour renouer les liens et envisager notre avenir un peu plus confortable"

Omar Sy, lors de la pose de la plaque commémorative ce mercredi 20 janvier - Aucun(e)
Omar Sy, lors de la pose de la plaque commémorative ce mercredi 20 janvier - Henri Garat/Mairie de Paris

 À LIRE AUSSI >> Le clown Chocolat : destin d'un artiste oublié enterré à Bordeaux

Partager sur :