Éducation

A Saint-Ouen, des professeurs se cotisent pour héberger une élève SDF

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris et France Bleu mardi 13 décembre 2016 à 18:50

Benjamin Mousset, Sara De Benedictis et Alice Mauricette, professeurs au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen
Benjamin Mousset, Sara De Benedictis et Alice Mauricette, professeurs au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen © Radio France - Rémi Brancato

Mi-novembre, Marie*, sa sœur et sa mère se sont retrouvées sans-domicile. Faute de place au 115, l'élève, en terminale scientifique au lycée Auguste Blanqui, et sa famille ont dormi neuf nuits à la rue. Ses professeurs se sont cotisés pour lui trouver un logement.

Mi-novembre, la tante qui hébergeait Marie, sa sœur et sa mère, depuis fin 2015, depuis que la mère a perdu son travail et son logement, ne pouvait plus assumer. La famille a donc appelé le 115, obtenu deux nuits à l'hôtel, à Sarcelles, puis plus rien. Toutes trois ont donc dû dormir dehors.

Neuf nuits à la rue

"Pendant neuf jours, on a dormi dans la rue, à la gare de Sarcelles, dans des parkings, et aussi à des arrêts de bus" raconte aujourd'hui Marie, lycéenne en terminale scientifique au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. "C'était impossible de fermer l’œil, on avait vraiment la peur de se faire agresser" ajoute l'élève, préoccupée car il lui était "impossible de faire [ses] devoirs". Elle alerte alors l'assistante sociale du lycée, au courant de sa situation fragile, qui sollicite toutes les institutions mais ne trouve pas de place d'hébergement.

"On s'est retrouvées dehors" raconte Marie

Les professeurs décident alors d'agir. "On a une élève SDF, pour dire les choses crûment" constate Benjamin Mousset, professeur de mathématiques. "On s'est dit qu'il fallait l’empêcher de dormir dehors et que le meilleur moyen c'était de lui payer un hôtel" raconte Alice Mauricette, sa professeure d'espagnol qui lance alors l'idée d'une collecte. "Tout le monde a donné une fois, deux fois, trois fois, avant de lancer une collecte sur Internet" explique-t-elle.

"Ce n'est pas leur boulot, ce n'est pas à eux de faire ça" estime l'élève

Grâce à cet élan de générosité, l'élève et sa famille dorment quelques nuits à l'hôtel. "Pour moi ce n'est pas leur boulot, ce n'est pas à eux de faire ça et je ne pourrai jamais assez les remercier", estime Marie. Depuis dix jours, c'est dans un studio trouvé par les professeurs qu'elles logent, avant d'en occuper un autre jusqu'en février.

L'élève et sa famille se sont retrouvés SDF. Rémi Brancato

Une solution provisoire qui ne contente pas les enseignants, d'autant que, selon eux, cinq autres élèves de l'établissement sont actuellement pris en charge par le 115, dans des hébergements d'urgence, et donc par nature provisoires. Ils en appellent donc aux pouvoirs publics pour trouver des solutions durables. Contacté, le rectorat de l'académie de Créteil assure suivre ce dossier et tout faire pour "contribuer au fait de trouver une solution". La préfecture de Seine-Saint-Denis indique pour sa part que les dossiers des six élèves sont en cours d'examen "dans un contexte départemental en matière de logement et d'hébergement particulièrement tendu".

* le prénom a été modifié.