Éducation

Exercice anti-attentat en Seine-Maritime : des professeurs et des parents très critiques

Par Clémentine Vergnaud, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) mercredi 12 octobre 2016 à 16:21

Les préfectures de la Seine-Maritime et de l'Eure organisent un exercice de sécurité dans les établissements scolaires (ici dans les Hautes-Alpes).
Les préfectures de la Seine-Maritime et de l'Eure organisent un exercice de sécurité dans les établissements scolaires (ici dans les Hautes-Alpes). © Maxppp - Vincent Ollivier

Ce jeudi 13 octobre, les préfectures de la Seine-Maritime et de l'Eure organisent un exercice de sécurité dans les établissements scolaires. Une attaque terroriste va être simulée pour vérifier la mise en sûreté des élèves : pas du goût de tous les parents et professeurs.

C'est un exercice récurrent dans tous les établissements scolaires de France : le test des Plans particuliers de mise en sûreté (PPMS). Ces plans correspondent à une série de consignes à appliquer en cas de risque majeur. Depuis les attentats de Paris en novembre 2015, le risque terroriste fait partie des risques à prévoir dans ces PPMS. Les préfectures de la Seine-Maritime et de l'Eure organisent conjointement un test de ces plans ce jeudi 13 octobre dans les écoles, collèges, lycées, etc. Le scénario d'une attaque terroriste sera appliqué pour la première fois et ce n'est pas du goût de tous les parents et les professeurs en Seine-Maritime.

Je ne veux pas que ma fille ait peur d'aller à l'école à cause de cet exercice

Pour Nicolas, c'est clair : son fils de 3 ans et sa fille de 7 ans n'iront pas à l'école ce jeudi. Il ne veut pas qu'ils soient confrontés à cet exercice. Il trouve la simulation trop anxiogène. "Quand ma fille voit des soldats en arme dans la ville, elle a déjà très peur. Si on lui dit qu'il y a des gens surarmés qui veulent la tuer, je n'imagine pas comment elle pourrait le ressentir. Elle pourrait développer une peur de l'école à cause de ça." Au-delà du traumatisme que l'exercice peut constituer, ce parent d'élèves dénonce les conditions d'organisation de cette simulation. "Je ne suis pas contre les mesures de sécurité mais l'organisation est chaotique ! Les enseignants sont livrés à eux-mêmes, ils ne sont pas formés. Ce n'est pas aux enfants de savoir comment réagir face à une attaque mais aux enseignants d'être formés afin de dire aux petits ce qu'ils doivent faire."

Organiser l'exercice "de manière adaptée"

Plusieurs établissements scolaires ont choisi de ne pas faire cet exercice de mise en sûreté. Il n'est pas obligatoire mais ils devront quand même l'organiser avant la fin de l'année scolaire. Pour ce directeur d'une école primaire de l'agglomération rouennaise, qui a souhaité garder l'anonymat, c'est difficile d'organiser le test tel que c'est demandé par la préfecture. Il a donc pris la décision d'organiser l'exercice de manière adaptée : "On fait quelque chose de très simple, a minima, pour préserver les enfants. On va prendre l'exemple d'un exercice incendie, qu'ils ont l'habitude de pratiquer régulièrement. Sauf qu'au lieu de sortir par la porte que l'on prend habituellement on en empruntera une autre et on leur dira que c'est parce que le feu a pris de l'autre côté."

L'exercice de mise en sûreté sera adapté pour les élèves les plus jeunes avec des jeux pour ne pas leur faire peur. - Radio France
L'exercice de mise en sûreté sera adapté pour les élèves les plus jeunes avec des jeux pour ne pas leur faire peur. © Radio France

On a peur qu'ils se rendent compte qu'on n'est absolument pas en sécurité dans une école

Cette décision, il l'a prise en accord avec les autres enseignants mais aussi pour répondre à une inquiétude des parents. "Ils ont exprimé une grande réticence à ce qu'on évoque ces sujets l'an dernier déjà. Ils estiment que ce genre d'exercice peut être traumatisant pour les enfants et on les rejoint sur ce point. Donc on va mettre en œuvre un scénario qui répond à la demande mais sans les mettre dans un processus de peur." Pour lui, organiser ce type de simulation peut réveiller un sentiment d'insécurité chez les élèves. "On a peur qu'ils se rendent compte qu'on n'est absolument pas en sécurité dans une école et qu'on ne peut pas, de toute façon, être en sécurité dans une école." Il regarde les bâtiments de l'école, pour certains vitrés des deux côtés, quasiment jusqu'au sol. "On ne peut pas se confiner, on ne peut pas se cacher. On a peur qu'ils en prennent conscience."

Ce directeur d'école va adapter l'exercice "attentat - intrusion terroriste" pour ne pas angoisser ses élèves.

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