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Éducation

Un ancien gendarme proviseur adjoint à Stains : les professeurs en grève

lundi 5 novembre 2018 à 4:41 Par Rémi Brancato, France Bleu Paris, France Bleu et France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure)

La nomination d'un nouveau proviseur adjoint ne passe pas au lycée Utrillo de Stains en Seine-Saint-Denis. Les professeurs appellent à la grève ce lundi pour dénoncer l'arrivée de cet ancien gendarme, nommé pour s'occuper notamment des questions de sécurité, après des violences au printemps.

Devant le lycée Utrillo, en avril 2018
Devant le lycée Utrillo, en avril 2018 © Radio France - Rémi Brancato

Stains, France

Un ancien gendarme comme proviseur adjoint. Alors que la violence dans les établissements scolaires agite le débat politique depuis deux semaines, suite au mouvement #pasdevague et aux premières annonces du ministre de l'Education sur son futur plan d'action contre la violence, les professeurs du lycée Utrillo de Stains, en Seine-Saint-Denis, sont en grève dès ce lundi pour dénoncer la nomination d'un proviseur adjoint chargé spécifiquement de la sécurité. Il a été recruté dans la gendarmerie. 

"Est ce qu'il sait ce qu'est le contact avec les élèves?"

"Il était dans la gendarmerie, chef d'escadron de la gendarmerie (de Rouen, NDLR), ce n'est pas rien quand même!" s'étrangle Mickael Delgorgue, élève en terminale scientifique et élu au conseil de vie lycéenne et au conseil d'administration. "Est ce qu'il sait ce que c'est que d'être dans une zone d'éducation prioritaire, est ce qu'il sait ce qu'est le contact avec les élèves?" s'interroge-t-il, inquiet. Avec d'autres élèves il entend soutenir les professeurs et faire grève lui aussi ce lundi pour s'opposer à cette arrivée.

ECOUTER - Mickael Delgorgue, élève en terminale au lycée Utrillo

"On n'en a pas vraiment besoin, on a plutôt besoin de personnels : secrétaires, surveillants, personnels d'administrations" renchérit Aslem Kaabeche, en terminale également : "on a quelques surveillants mais ils sont en difficulté, ils ne sont pas très nombreux". 

Le profil d'ancien gendarme, une "plus-value" pour le rectorat

Le rectorat assume ce recrutement "sur profil". Ce passé de gendarme sera "une plus-value pour être un interlocuteur utile et efficace" des institutions policières, de la préfecture ou encore des élus locaux. Ce nouveau proviseur adjoint, le troisième pour l'établissement, consacrera 50% de son temps aux questions de sécurité, "pour tout le bassin 1, soit tout le nord de la Seine-Saint-Denis, où de façon répétée et connue, il y a eu des épisodes de violence" aux abords ou dans plusieurs établissements, précise le rectorat.

ECOUTER - Les lycéens et les professeurs s'opposent à l'arrivée d'un ancien gendarme comme proviseur adjoint

Cette réponse, une idée du recteur, fait suite aux événements du printemps. Les professeurs avaient déjà fait grève après plusieurs faits de violence dont l'agression au marteau d'un élève sur le parvis. Des règlements de compte entre bandes rivales extérieures à l'établissement. Les enseignants avaient alors obtenu la pérennisation d'un poste de surveillant

Un "signal pas du tout adapté" pour les profs

"La présence d'un gendarme dans l'établissement c'est un symbole fort, un signal pas du tout adapté pour les familles, les élèves et nous qui ne demandons pas du tout ça mais plein d'autres choses à faire, plutôt que la police dans les lycées" s'insurge aujourd'hui Martial Chaffraix, enseignant en physique-chimie. 

Il partage avec ses collègues le sentiment d'être un établissement d'expérimentation, qui aurait valeur d'exemple pour le gouvernement. Mercredi, lors de la présentation des premières mesures de lutte contre la violence en milieu scolaire, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, a notamment évoqué la possibilité de nommer "un personnel de direction « dédié » sur les enjeux de sécurité (...) pour les établissements qui le nécessitent".

"Cela fait 7 ou 8 ans qu'on demande que le 4ème poste de CPE soit pérennisé et il ne l'est toujours pas mais il n'y a pas de difficulté pour créer un poste de proviseur adjoint issu de la gendarmerie" dénonce Benoît Del Torchio, professeur de SVT, adhérent au syndicat SNES FSU. "On a besoin de moyen pour enseigner convenablement" ajoute-t-il.

ECOUTER - Benoît Del Torchio, professeur de SVT, du syndicat SNES FSU