Éducation

Un an après Charlie, la culture casse les barrières sociales dans un lycée polyvalent près de Toulouse

Par Stéphanie Mora, France Bleu Toulouse lundi 11 janvier 2016 à 12:08

La place, le lieu de rencontre du lycée Françoise où se déroulent les spectacles
La place, le lieu de rencontre du lycée Françoise où se déroulent les spectacles © Radio France - Stephanie Mora

Vivre ensemble, l'esprit Charlie... Un an après, la laïcité est une notion étudiée dans les établissements scolaires. Au lycée polyvalent Françoise de Tournefeuille, l'équipe éducative a mis en place tout un programme éducatif autour de la culture et ça marche ! Les mentalités changent.

Théâtre, danse, peinture, sports, tables rondes depuis un an les quelques 1.000 élèves ont appris à se mélanger. Régulièrement des élèves de filière pro et générale travaillent ensemble avec une plasticienne, des designers, des comédiens installés à Tournefeuille. Un atelier d’une semaine, pas plus, où l’emploi du temps est aménagé.

Ils ont une plus grande confiance en eux

Les élèves se rencontrent, échangent sur la laïcité la fraternité, la parité ou la liberté d’expression et ils créent des fresques, des objets, des spectacles. Charlie Hebdo a été le point de départ et ce travail a changé la vie de l’établissement comme en témoigne Lina, Jonathan et Ludmilia.

Paroles d'élèves du lycée Françoise de Tournefeuille

Lena est entrée en seconde générale cette année : "Au début je pensais que les pros étaient méchants, agressifs et pas du tout, j’ai plein d’amis en pro !" "Y a plus de communication entre les élèves et même entre les adultes et les élèves (…) on voit qu’on peut se rapprocher les uns des autres" confie Jonathan, élève de terminale pro commerce.

Ludmilia est en terminale professionnelle commerce, elle participe à un atelier danse : "le fait de parler de laïcité au lycée et de le voir à la télé je comprends mieux, vivre ensemble, partager connaitre la culture des autres : je le vis".

À côté de la vie scolaire, un pan entier de dessins, de messages, un vestige de la journée de la laïcité le 9 décembre dernier que personne ne touche.

Un aperçu de la production des élèves, en permanence affichée dans le lycée - Radio France
Un aperçu de la production des élèves, en permanence affichée dans le lycée © Radio France - Stephanie Mora

En novembre dernier, les élèves ont participé à la minute de silence et chanté la marseillaise et Imagine de John Lennon. Les collégiens de filière pro comme Alexis et ses copains étaient présents et impressionnés. Finalement, tous les deux ou trois mois il se passe quelque chose au lycée Françoise, un moment de partage autour de la culture ou du sport...

Le comportement des lycéens inspire le respect d'Alexis et ses copains

"Une semaine de création de théâtre peut aussi amener de bons résultats au bac Français"

Une petite révolution qu'il a fallu imposer, y compris chez des enseignants parfois un peu déboussolés : "au départ je me disais bon sang ! Tu as tes cours à faire, il faut que les élèves avancent, et puis il y a les parents qui sont très inquiets. Mais je me suis impliquée dans le groupe de travail humanisme et laïcité et je ne le regrette pas, les élèves nous surprennent !" confie Sandra Laroca, professeur d’histoire-géographie. Patricia Suissa enseigne l’Allemand, elle voit le résultat en classe : "j’ai nettement remarqué depuis l’an dernier que les élèves était beaucoup plus impliqués et que ils avaient une plus grande confiance en eux et un travail plus efficace !"

Jonathan, Alice, Ludmilia, Morgan et leurs copains investis dans la vie du lycée - Radio France
Jonathan, Alice, Ludmilia, Morgan et leurs copains investis dans la vie du lycée © Radio France - Stephanie Mora

Nicole Arrestier, proviseur de lycée raconte ce travail nécessaire. "Il faut mélanger les élèves, les filières, les jeunes ont très envie de travailler ensemble ! Une semaine de création de théâtre peut aussi amener de bons résultats au bac Français".

Nicole Arrestier, proviseur du lycée Françoise sur France Bleu Toulouse

Même si quelques élèves restent sur la réserve, le pari semble gagné. Et pour faire taire les esprits critiques les enseignants espèrent que ce travail se traduira positivement dans les résultats du bac professionnel (en 2014, le lycée affichait un taux de réussite de 72% soit 13 points de moins que la moyenne nationale) et de la première promotion de bac Français.