Élections

Le PS est en fin de cycle, estime le secrétaire fédéral du parti en Haute-Vienne

Par Fabienne Joigneault, France Bleu Limousin mardi 20 juin 2017 à 11:32

Laurent Lafaye continue de plaider pour le renouvellement, y compris à la tête de la fédération !
Laurent Lafaye continue de plaider pour le renouvellement, y compris à la tête de la fédération ! © Radio France - Fabienne Joigneault

Comment expliquer la déroute socialiste aux législatives ? Pour Laurent Lafaye, c'est le fruit d'une grosse déception. Le secrétaire fédéral du PS en Haute-Vienne, était l'invité de France Bleu ce mardi matin, avant un bureau national exceptionnel du parti à Solférino.

En 2012, le Limousin envoyait 6 députés socialistes à l'Assemblée nationale. En 2017, aucun. Le groupe ne comptera que 29 élus au Palais Bourbon. Un bureau national exceptionnel est convoqué ce mardi rue de Solférino au siège du parti pour faire le point après cette débâcle historique. Le secrétaire fédéral du PS en Haute-Vienne, Laurent Lafaye, y participe. Il répondait aux questions de Françoise Pain à 8h20 sur France Bleu Limousin.

"Un formidable gâchis après la victoire de 2012

Tous les candidats du PS ont été battus en Limousin, en majorité dès le 1er tour. Comment expliquez-vous cette débâcle ?

C'est le fruit de ce qui s'est passé depuis 5 ans, un formidable gâchis après la victoire de 2012 qui avait suscité de nombreux espoirs et le fait même que le président sortant n'ait pas pu se représenter en était le signe et la traduction.

Est-ce que les socialistes ici ne paient pas le fait d'avoir été trop légitimistes ? Ils ont soutenu Manuel Valls, puis le candidat officiel Benoît Hamon, mais avec une campagne très molle...

Ce qu'on a payé, c'est la totalité du quinquennat et à partir du moment où François Hollande a décidé de ne pas se représenter, je crois qu'on pouvais mettre n'importe qui comme candidat, il n'y avait plus d'avenir. Je crois que nous avons profondément déçu une large partie de notre électorat et au-delà, et finalement voter pour des socialistes est-ce que ça avait du sens ? Je ne crois pas.

Ici en Haute-Vienne, il y a eu un très bon score de la France insoumise, c'est une menace localement pour les socialistes ?

La question n'est pas de savoir s'il y a une menace ou pas. Dans les semaines et les mois qui viennent, la question est celle de notre reconstruction, avec aucun tabou. On n'est pas dans une logique de concurrence ou de rapport de force. Il faut être d'une grande humilité et moi je suis persuadé qu'il existe un espace entre Mélenchon et Macron et qu'il faut entamer un nouveau cycle.

"Nous avons été de bons petits soldats durant tout le quinquennat...

Vous allez assister aujourd'hui à un bureau national exceptionnel du PS à Paris. Quel sera votre message ?

Vous avez parlé de dimension légitimiste : c'est vrai que nous avons été tout au long du quinquennat de bons petits soldats, parce qu'on pensait qu'avoir de la fidélité, c'est important. Mais maintenant, je crois qu'il faut dire un certain nombre de choses. Tout ce que l'on a entendu durant la campagne et déjà depuis un moment, c'est à dire la profonde déception. Et le fait qu'aujourd'hui on a payé à la fois l'action des frondeurs, c'est quelque-chose qui nous a souvent été dit, que les socialistes avaient renvoyé l'image de la division, et puis des choix politiques qui ont été faits et qui n'avaient pas été précisés lors de la précédente présidentielle, et qui ont créé l'incompréhension dans une large partie de l'électorat.

Le PS peut renaître de ses cendres ?

Il faut essayer de voir les choses d'une façon positive. Il y a un cycle qui se termine, un cycle entamé il y a bien longtemps, depuis les années 70 avec le congrès d'Epinay et qu'aujourd'hui, il doit y avoir des changements de génération, des changements de pratiques. C'est une situation que connaissent de nombreuses formations socio-démocrates en Europe. C'est un vaste chantier.

"Je me suis toujours battu pour jouer la carte du renouvellement. Certains me l'ont même fait payer...

Vous parlez de nouvelles générations, c'est vrai aussi pour la fédération de Haute-Vienne ?

Vous savez, moi je me suis toujours battu depuis que je suis arrivé à la tête de cette fédération, pour jouer la carte du renouvellement. Certains d'ailleurs me l'ont même fait payer. Parfois les socialistes ont joué un drôle de jeu en leur sein... mais c'est ainsi et l'essentiel, c'est de pouvoir continuer ce renouvellement, y compris pour ces dernières élections législatives, on avait fait du renouvellement mais le problèmes c'est que ce n'est pas nous qui l'avons porté. Alors il faudra continuer à le faire, trouver de nouveaux talents, s'élargir et surtout éviter l'entre-soi.

Cela veut dire qu'on entendra moins certains notables du PS ?

Cela dépends, je crois qu'il y a des gens qui ont toujours envie de s'exprimer, quel que soit leur âge, bien à eux... Mais je crois qu'il faudrait surtout s'intéresser aux nouveaux responsables, aux nouveaux élus. On a eu beaucoup de nouveaux élus lors des élections départementales et régionales, mais malheureusement les lumières sont souvent orientées vers des élus qui ont oeuvré il y a de nombreuses décennies.

Vous même, vous avez enregistré une défaite assez sévère à ces législatives, vous aviez été battu aux sénatoriales. On peut rester patron d'une fédération après ça ?

Oh vous savez, les choses sont très simples : lors du dernier congrès, j'avais écrit noir sur blanc à tous les militants que c'était la dernière fois que je me présentais à la tête de la fédération, donc je ne me représenterai pas. C'est important de parler du renouvellement, mais il faut aussi l'appliquer !