Élections

Présidentielle 2017 : le vote nationaliste

Par Hélène Battini et Patrick Vinciguerra, France Bleu RCFM vendredi 21 avril 2017 à 11:19

Conférence de presse Corsica Libera le 20.04.2017 à Ajaccio
Conférence de presse Corsica Libera le 20.04.2017 à Ajaccio © Radio France - Marion Galland

A J-2 du premier tour de la présidentielle RCFM se penche sur le vote nationaliste. Historiquement, la mouvance est plutôt détachée de ce scrutin « national ». Cependant aujourd’hui beaucoup se rendent aux urnes et, à défaut d’offre locale voteraient même pour certains Front national.

La campagne présidentielle s'achève ce vendredi soir avant le premier tour dimanche. A partir de minuit les 11 candidats n'auront plus le droit de s'exprimer publiquement, plus de sondages non plus. Les dés sont quasiment jetés et en Corse, 230 000 électeurs sont appelés aux urnes. Parmi eux beaucoup de nationalistes. Des nationalistes ou du moins leurs dirigeants, qui ne se disent pas vraiment concernés par ce scrutin. Hormis U Rinnovu qui appelle clairement à l'abstention et A Manca qui apporte son soutien à Philippe Poutou, les autres dirigeants nationalistes ne donnent en effet aucune consigne de vote, d'autant que le dossier corse a été absent du débat présidentiel. Les principaux candidats se sont contentés de se positionner par rapport aux chantier déjà ouverts, comme la collectivité unique, mais aucune annonce particulière ni sur la langue, ni sur le foncier, la fiscalité et encore moins les prisonniers. Des candidats qui savent qu'ils ont en Corse plus à perdre qu'à gagner pour un corps électoral qui représente à peine 0,5 % du national. Conséquence, de nombreux nationalistes bouderont les urnes ce dimanche, à l'image de ces militants de Corsica Libera.

« C’est un problème franco-français, ils sont tous pareils, promettent monts et merveilles mais oublient la Corse très vite… Depuis 1981 je ne vote plus, en 81 on a eu l’amnistie pour les patriotes et là on n’a plus rien depuis longtemps… Si vous aviez un des candidats majeurs arrivé en disant on en a fini avec la république jacobine et on va faire l’Europe…oui…dans l’état des choses actuelles je n’ai rien entendu »

"Des enjeux territoriaux"

Une indifférence nationaliste des dirigeants et militants, mais pas forcément de l'ensemble de l'électorat. C'est le constat fait par Andria Fazi, maître de conférences en Sciences politiques à l'Université de Corse. « Excepté en 1980 où la répression était extrêmement forte et où l’UPC avait appelé à voter contre le pouvoir, c’est-à-dire pour Mitterrand, il y a une tradition d’éloignement, mais malgré tout on peut voir que les électeurs nationalistes se rendent aux urnes aussi aux présidentielles. Ils considèrent qu’il y a des enjeux territoriaux et d’autres enjeux pour lesquels ils ont le droit de se prononcer aussi. »

Le FN comme plan B

Beaucoup de nationalistes se rendent malgré tout aux urnes et selon Jérôme Paoli de l'institut de sondage Opinion of Corsica, certains votent même Front National. « Quand on interroge les personnes sur leurs intentions de vote on demande souvent la proximité partisane et 35% des gens qui sont proches des nationalistes vont chez Marine Le Pen. Deuxième argument, quand il n’y a pas d’offre nationaliste, Marine Le Pen fait des scores beaucoup plus importants »

En 2012, au premier tour de la présidentielle Marine Le Pen avait terminé en deuxième position avec plus de 24 % des suffrages. Cette année-là, le taux de participation en Corse au premier tour était de 74 %, soit cinq points de moins qu'au niveau national, mais sept de plus qu'à la territoriale de 2015.