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"28 jours en caisson m'ont confirmé que je n'ai pas besoin d'être toujours connecté" (Laurent Ballesta)

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Par , France Bleu Hérault

Tous les jours sur France Bleu Hérault pendant cette période des fêtes, nous recevons une personnalité du département de l'Hérault pour faire mieux connaissance avec elle. Aujourd'hui, rencontre avec Laurent Ballesta, plongeur et photographe naturaliste montpelliérain.

Le plongeur et photographe naturaliste montpelliérain Laurent Ballesta
Le plongeur et photographe naturaliste montpelliérain Laurent Ballesta © Maxppp - VALERIE VREL

Durant l'été 2019, Laurent Ballesta, avec trois compagnons d'aventure, a passé 28 jours dans les profondeurs de la Méditerranée, dans un caisson pressurisé. Il en a ramené un documentaire exceptionnel, "Planète Méditerranée" diffusé sur Arte en octobre dernier. Une aventure incroyable, mais qui n'a pas altéré la modestie et l'authenticité du plongeur et photographe naturaliste montpelliérain. Rencontre...

L'entretien intégral avec Laurent Ballesta

Laurent Ballesta. On pourrait considérer que 2019 a été une année peut-être plus importante pour vous que 2020. En même temps, en 2020, il y a eu la diffusion de ce documentaire. Et puis vous avez aussi été à l'honneur avec l'album annuel de Reporters sans frontières. Est-ce que la notoriété, vous l'appréciez, vous la redoutez, ou elle vous laisse indifférent, parce qu'elle est moins importante que la cause que vous défendez ou que le travail que vous faites ?

D'abord, elle est très relative, cette notoriété. Disons que je continue d'être surpris quand on me reconnaît. Voilà, donc ça arrive. Et quand cela arrive, ça me surprend. Mais je peux encore prendre le métro à Paris sans qu'on me reconnaisse. Après, je suis lucide. Cette notoriété, elle arrive quand même sur le tard. J'ai pas 20 ans, donc je pense qu'elle est plus facile à gérer. En tout cas, de nos jours, la notoriété n'est gage de rien du tout. Il n'y a qu'à voir tous les héros de la télé réalité. Ils ne sont connus que par le fait qu'ils sont connus pour ça, que pour leur capacité à s'humilier devant des millions de gens ou à nous faire la démonstration de leur inculture, de leur stupidité qui, quelque part, doit être rassurante. 

Ça vous énerve, Laurent ?

C'est juste que ça veut bien dire ce que ça veut dire en terme de notoriété. Si la notoriété dure pendant des décennies, on peut penser qu'il y a quand même un contenu, du fond. Moi, ce à quoi je suis attaché, c'est d'essayer de fabriquer quelque chose. Des images, des récits, contribuer à la connaissance du monde vivant sous-marin. Je n'ai pas la prétention de faire cela pour précisément témoigner de l'état du monde, pour espérer éveiller les consciences et alors sauver le monde. J'ai jamais eu cette idée-là que je trouve complètement naïve et un peu démagogue. 

Alors c'est d'abord pour vous faire plaisir ? 

Oui sans doute. Pour satisfaire ma curiosité qui n'a jamais cessé. On a tous le droit de se prendre pour des explorateurs le temps d'une mission, le temps d'un voyage, le temps d'une idée à réaliser. De petites découvertes, des choses qu'on n'avait pas encore vu, qu'on n'avait pas encore compris. La moindre des choses, c'est ensuite évidemment de les faire partager le mieux possible.

Qu'est-ce que le fait de vous être enfermé dans un caisson pressurisé pendant 28 jours vous a appris de vous-même que vous ne saviez pas encore ?

Que précisément, je n'ai pas besoin d'être ultra connecté. Ce n'est peut-être pas à la mode de nos jours, mais je n'ai pas besoin d'être ultra connecté pour me sentir bien. On perd tellement de temps. D'une certaine manière, je participe au divertissement, mais j'espère que je donne l'allure d'un divertissement à quelque chose qui est de la culture scientifique, artistique, naturaliste. Peu importe, mais de la culture. Et on lui donne l'allure du divertissement parce que sinon, on a du mal à s'y intéresser. Le grand public le délaisse, il le délaisse pourquoi ? Parce que on est assailli de divertissement partout. Il y a du divertissement partout et on oublie souvent que dans ce mot divertissement, il y a le mot diversion. On oublie tout avec le divertissement. Et puis, un jour, on s'aperçoit que le temps, il est ultra précieux.  J'ai pris conscience de ce temps infime grâce à la plongée sous-marine qui n'offre que quelques minutes sous l'eau. 

On le voit dans le documentaire diffusé sur Arte cet automne : vous êtes quelqu'un qui est tout en retenue. Sur les quatre, vous n'êtes pas le plus gros déconneur. Parce que vous êtes toujours extrêmement concentré sur votre tâche et toujours préoccupé par votre mission. 

Pendant une mission, forcément, j'ai quand même quelques responsabilités. Et puis j'ai une nature assez angoissée, ce qui fait que quand on est au cœur comme ça d'une expédition, je suis sur mes gardes à tout instant. 

Ça donne quoi quand Laurent Ballesta se lâche ?

Je ne suis pas non plus un fou furieux. Non, je ne crois pas que ça donne grand chose de spectaculaire. Pas quelque chose qui mérite qu'on en parle à la radio. Il n'y a rien de plus ridicule que de dire qu'on est un déconneur quotidien, qu'on n'est pas le dernier à pousser la blagounette. Il n'y a rien de plus grotesque que de dire ça, mais j'aime la dérision, j'aime l'auto-dérision.

Et donc vous diriez quoi de vous ? 

Je pourrais me moquer beaucoup de mon insatisfaction chronique. Je pourrais me moquer de mon intolérance à l'imposture qui fait que je m'insurge à peu près 10 fois par jour par rapport à la moindre déclaration d'un homme politique.

Est-ce que vous avez des modèles ? Je vous propose trois noms : le commandant Jacques-Yves Cousteau, Nicolas Hulot et Jacques Mayol.

Oui, Cousteau, il m'a donné la vocation, clairement. Sans les films de Cousteau, je ne crois pas que j'aurais eu naturellement cette attirance pour le monde sous-marin. Donc je lui dois ça. C'est celui qui m'a donné ma propre vocation. Cousteau m'a donné la vocation, mais celui qui m'a donné une profession, c'est Nicolas Hulot. Il m'a donné ma chance. Je le considère comme un ami, comme un confident souvent. Combien de fois je l'ai appelé en détresse. Je ne savais plus quelle décision prendre au cours d'une expédition. Donc, c'est quelqu'un de très proche, qui compte beaucoup pour moi. Jacques Mayol, c'est différent. Je l'ai croisé deux fois. Il a été à l'origine de la vocation de tellement de gens. Il m'a surtout donné le goût des choses simples, le goût d'une vie simple, de la mer, et quelque chose d'assez spartiate. 

Pour terminer, quelle est votre plus belle aventure, une que vous avez réussi à accomplir malgré les difficultés ou celle qu'il vous reste à faire et pour laquelle vous êtes déjà en train de gamberger, de travailler ? 

Mon grand souvenir, c'est la rencontre avec un poisson disparu depuis 65 millions d'années et qui est réapparu il y a une dizaine d'années en Afrique du sud. On s'est aperçu que le groupe n'avait pas disparu comme on le croyait. C'est considéré comme la plus grande découverte zoologique du XXe siècle. Mais il vit à grande profondeur, il reste inaccessible. Et mes camarades et moi avons eu la chance d'être les premiers à le filmer et le photographier en plongée sous-marine, à 120 mètres de fond. Ça a été un grand moment. Cet animal-là nous a donné confiance en nous et a aussi donné confiance en de nombreux partenaires pour supporter mes expéditions. C'est un grand moment et je suis sûr que tôt ou tard, on va y retourner. On va retourner le voir ici ou là. J'aimerais trouver une autre région du monde où on puisse y accéder. Ce n'est pas pour tout de suite, mais en tout cas, c'est dans un coin de ma tête. Alors je cherche les moyens et la technique et tout ce qu'il va falloir encore résoudre pour y parvenir. 

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