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Cinq ans après l'Accord de Paris sur le climat, quel bilan ?

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Par , France Bleu

Cinq ans après la signature de l'Accord de Paris sur le climat, l'objectif de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés à l'horizon 2100 semble compromis. Spécialistes du climat et ONG de défense de l'environnement appellent les Etats à s'impliquer davantage dans les transitions énergétiques.

Manifestation pour le climat à Bruxelles (Belgique), en novembre 2019.
Manifestation pour le climat à Bruxelles (Belgique), en novembre 2019. © Maxppp - Nicolas Landemard / Le Pictorium

Le 12 décembre 2015, 195 pays signaient à Paris un accord historique pour le climat lors de la COP21. Premier accord international depuis le Protocole de Kyoto à engager une majorité de nations dans un mécanisme collectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il fixait l'objectif de limiter à 1,5 degré voire 2 degrés le réchauffement climatique à l'horizon 2100 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

Cinq ans plus tard, ces engagements semblent difficiles à tenir. "Pour rester en-dessous d'1,5 degré, il fallait notamment diminuer les émissions de 45% d'ici 2030", explique Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD),"cela représente une diminution d'environ 7,6% par an. Or, depuis cinq ans, globalement, les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter, d'environ 1,5% par an. C'est mieux que dans les années 2000 où cela augmentait de l'ordre de 3%, mais cela ne diminue pas." Alors que la température globale actuelle est déjà supérieure de 1,2 degré par rapport à l'ère pré-industrielle "nous ne sommes pas sur des trajectoires qui nous emmènent vers 1,5 ou 2 mais plutôt 3 degrés", selon cette spécialiste.

Investir dans les énergies bas carbone

La situation est cependant très variable selon les pays. "En France par exemple, les émissions globales ont diminué de 4% en 2018 et d'1% en 2019", précise Françoise Vimeux mais "deux grands pays continuent à avoir des émissions qui augmentent, la Chine et l'Inde, même s'ils se dirigent vers une stabilisation."

Cette année, les mesures de confinement prises contre la pandémie de Covid-19 ont fait chuter de 7% les émissions de CO2 d'origine fossile, a annoncé le Global carbon project (GCP) vendredi. Mais ce répit sera de courte durée a prévenu Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, lors d'une visio-conférence. "En Chine, les émissions ont déjà renoué en avril avec le niveau qu'elles avaient précédemment", a-t-il indiqué. "On peut s'attendre à ce qu'il y ait un rebond en 2021."

"Le moyen d'atténuer le changement climatique n'est pas d'arrêter les activités mais d'accélérer la transition vers des énergies bas carbone", a-t-il insisté. "La grande question est de savoir si les investissements liés à la relance économique vont permettre de créer une véritable augmentation dans les énergies bas carbone et une réduction visible des émissions." Mais selon 14 instituts de recherche, les pays du G20 ont annoncé au moins 234 milliards de dollars d'argent public en faveur des énergies fossiles et 151 milliards pour les énergies propres. Par ailleurs, en France, "aucune conditionnalité écologique et sociale n’a par exemple été actée pour les versements d’aides publiques aux grandes entreprises" dans le cadre du plan de relance, dénonce l'ONG Oxfam.

Effets de seuil

Pourtant il y a urgence. "En France, le premier semestre 2020 a été le plus chaud qu'on ait jamais vécu depuis la fin du 19ème siècle", rappelle Françoise Vimeux "et 2020 sera peut-être l'année la plus chaude jamais enregistrée dans l'Hexagone depuis le début des observations météorologiques." Spécialiste de la variabilité et de l’évolution du climat dans les régions tropicales, la climatologue observe également des phénomènes inédits. "Cette saison il y a eu tellement de cyclones dans le bassin atlantique qu'on ne savait plus quel nom leur donner. On voit qu'il y a une vraie urgence à s'adapter car ces phénomènes font des dégâts considérables aux Antilles notamment. Que ce soit à l'échelle météorologique ou climatique, il est urgent de mieux prévoir, et on atteint des limites sur les modélisations concernant les quantités de pluie, où elle va tomber exactement etc."

Autre motif d'inquiétude pour Françoise Vimeux, les "effets de seuil" inhérents au système climatique. "On sait aujourd'hui que plus on émet de gaz à effet de serre, plus il fait chaud, mais les conséquences d'une température globale qui augmente ne sont pas linéaires", explique-t-elle. "On peut avoir des effets de seuil et basculer rapidement dans des situations difficiles." C'est par exemple le cas aux pôles. "On constate que d'énormes blocs de glace peuvent se détacher d'un coup, ce n'est pas régulier. Pourquoi cela se disloque plus ou moins facilement ? On ne sait pas, il y a encore beaucoup de mécanismes de deuxième ordre qui échappent aux climatologues et qui, malheureusement, devraient amplifier les phénomènes que l'on observe déjà."

Une jeunesse mobilisée

Il y a toutefois des raisons d'espérer veut croire Françoise Vimeux. "Il y a une prise de conscience depuis quelques années et les gens n'ont pas le temps de perdre la mémoire parce que les impacts du changement climatique se rappelle à eux régulièrement, en particulier en France, qu'il s'agissent d'épisodes méditerranéens ou  des canicules", estime-t-elle. "Et puis la jeunesse est mobilisée et finalement assez écoutée par les politiques, les jeunes ont notamment réussi à faire inscrire les enjeux climatiques dans les programmes scolaires, alors que les climatologues n'y étaient pas parvenus." 

Dans une tribune publiée vendredi sur franceinfo.fr, plusieurs organisations de jeunesse ont lancé un "appel aux maires de France", pour construire "ensemble la ville verte de demain" jugeant que "les gouvernements, les lois, les entreprises ne vont pas assez loin dans la préservation de notre futur". Encourageant, pour la climatologue. "Je crois beaucoup aux effets locaux car le politique est un politique de proximité et il a la capacité de mettre en œuvre des solutions locales qui sont visibles. Cela a le mérite de montrer que c'est possible, et que ce ne sont pas que des ennuis que de faire attention à son empreinte carbone."

A l'échelle internationale, le nouveau président américain, Joe Biden, a promis de faire en sorte que les Etats-Unis réintègrent l'Accord de Paris. De leur côté, les 27 pays de l'Union européenne ont annoncé vendredi un accord pour réduire d'au moins 55% leurs émissions de CO2 d'ici 2030. Un engagement toutefois jugé encore largement insuffisant par les ONG environnementales. Reportée à la fin de l'année 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, la COP26 se tiendra à Glasgow en Écosse. En France, la loi issue des propositions de la Convention citoyenne sur le climat sera examinée au Parlement au printemps 2021.

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