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Seine-et-Marne : seul le crow funding a permis à un éleveur bio de créer sa fromagerie

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Par , France Bleu Paris

Ce n'est pas sans mal qu'Yves de Fromentel a créé une laiterie sur sa ferme à Pécy en Seine-et-Marne, il y a maintenant trois ans. Aujourd'hui, celui qui est encore l'un des rares éleveurs en bio d'Ile de France vend en circuit court ses fromages et ses yaourts et connait un grand succès.

Yves de Fromentel, avec un petit veau à la ferme de Beaulieu à Pécy .
Yves de Fromentel, avec un petit veau à la ferme de Beaulieu à Pécy . © Radio France - © Isabelle Piroux

"Faire revenir l’élevage en Ile de France, c'est l'un des objectifs de la région", affirme Valerie Pécresse, Présidente de la région.
Mais, il y a du travail en matière d'élevage laitier !
Aujourd'hui, ils ne sont plus que soixante-dix-huit éleveurs, contre cent-quatre-vingts il y a dix ans. Les contraintes liées à la gestion des animaux et surtout les prix payés aux producteurs par les coopératives laitières en ont découragé plus d'un.

C'est pour sortir de cette ornière qu'il y a sept ans, Yves de Fromentel et sa femme décident de créer leur propre fromagerie.
Ils veulent transformer eux même leur lait bio en fromages et en yaourts.  Il leur faudra quatre ans pour y arriver.
"_L_a plus grosse des difficultés a été le financement. Les banques nous ont fermé leurs portes, il a fallu qu'on  fasse appel aux financements solidaires et participatifs" explique Yves de Fromentel. 

A l’époque, la production en circuit court, les banques n'y croient pas, d'autant que Yves de Fromentel ne reçoit aucun soutien des instances agricoles où il s'est pourtant investi.  
Il fait donc appel à la générosité du public, via un site de crowfunding.  Il obtient aussi des prêts du réseau des cigales et cinquante mille euros du département de Seine-et- Marne intéressé par le fait que sa fromagerie va générer de l’activité dans un village. 

La salle de traite de la ferme de Beaulieu en Seine-et-Marne - Radio France
La salle de traite de la ferme de Beaulieu en Seine-et-Marne © Radio France - Isabelle Piroux

En 2015, Yves de Fromentel arrive enfin à réunir les deux-cent-vingt-mille euros nécessaires, et achète une fromagerie d'occasion à un fromager qui vient de déposer le bilan près de Rambouillet : " On l'a démontée , on l'a ramenée, on a nettoyé les panneaux, on a fait les plans, on a réalisé tous nos travaux nous-mêmes, c'est pour cela que le démarrage de l'activité a été aussi long ".  

Dès le début, Yves et sa femme font le choix de la qualité, dans la choix des races de  de vaches : " On a abandonné la Holstein pour prendre des Jersiaises, des Norvégiennes et des Normandes qui sont des races plus rustiques et qui font du bon lait"

Vaches laitières après la traite dans la ferme de Beaulieu à Pécy. - Radio France
Vaches laitières après la traite dans la ferme de Beaulieu à Pécy. © Radio France - © Isabelle Piroux

Une agriculture respectueuse de l'homme, des animaux et de l'environnement

Ces soixante vaches sont nourries avec du fourrage produit sur la ferme sans engrais ni pesticide. Yves de Fromentel a cent-soixante-dix hectares de terre qu'il traite avec beaucoup de soin. "Pour avoir une terre riche et complexe et qui nourrit correctement mes animaux,  je fais dix-sept rotations de cultures" affirme l'éleveur qui soigne ses vaches grâce à l'homéopathie et aux huiles essentielles.

Aujourd'hui Yves de Fromentel a réussi sont pari.
Ses yaourts, ses fromages et sa crème ont beaucoup de succès. Il vend à la ferme mais aussi en circuit court, via une vingtaine d'AMAP,  La ruche qui dit oui, ou encore des Paniers et des dépôts locaux. 

Et puis il a aussi réussi à faire revenir de l'activité dans son petit village de Pécy. Dans un mois, une quatrième personne sera embauchée à la fromagerie qu'il a baptisée la Fromentellerie. Au total, aujourd'hui, neuf personnes travaillent sur la ferme de Beaulieu. Il pourrait même embaucher plus, tant ses yaourts et fromages ont du succès.
Tous les après-midis il va jusqu'à Paris livrer aux restaurants, aux AMAP qui distribuent ses produits  "On fait dix-sept heures par jour" regrette cet homme qui aimerait qu'on taxe moins la main-d'oeuvre pour pouvoir embaucher plus.

Moi je suis un paysan, je ne suis pas un exploitant agricole

A l'heure où un nombre croissant de politiques commencent  à  prendre conscience de l'importance de produire bio et local, Yves de Fromentel tient à rendre hommage  à ceux qui lui ont montré la voie.  
Ses parents d'abord : _"_J'ai eu la chance de connaître le circuit court avec mes parents ainsi que le fonctionnement de notre ferme quand j'étais en culottes courtes. J'ai vu beaucoup de salariés qui venaient à vélo du village pour travailler. Aujourd'hui c'est ce qui se passe encore avec nos salariés. J'ai vu des clients qui venaient chercher des poules, des canards, du fromage à la ferme parce qu'on faisait tout ça ".

Dans la laiterie de la Fromentellerie, les fromages viennent d'être faits. - Radio France
Dans la laiterie de la Fromentellerie, les fromages viennent d'être faits. © Radio France - © Isabelle Piroux

Mais c'est aussi aux premiers écolos des années 70 qu'il tient à rendre hommage : "Si l'agriculture paysanne a été conservée, explique Yves de Fromentel , "Il faut remercier les babas cool des années 70 qui ont tenu bon sur le respect des vraies valeurs. Grâce à eux, petit à petit, la mayonnaise a pris". 

Dans le passé, Yves de Fromentel  s'est beaucoup investi dans les instances professionnelles agricoles, la chambre d'agriculture et les syndicats professionnels,   mais aujourd'hui il ne mâche pas ses mots :

les betteraves qui nourrissent les vachessont produites sur la ferme - Radio France
les betteraves qui nourrissent les vachessont produites sur la ferme © Radio France - Isabelle Piroux

"On ne m'écoutait pas . L'agriculture est partie dans un système de l'industrialisation depuis cinquante ans et ils nous ont enfermé dans une course aux économies d'échelle infernale, une course à l'agrandissement des fermes et des volumes !   On ne  peut pas faire du qualitatif et du volume en même temps, ce n'est pas possible." 

Pour cet éleveur, il faut revenir  à une agriculture paysanne. "Moi je ne suis plus un exploitant, je suis un paysan. La FNSEA détruit le mot paysan pour en faire un exploitant agricole . La définition d'exploitant c'est qu'on peut pomper même plus que ce que la terre peut donner !  Pour en faire quoi  ? Du fric  ! Moi je ne suis pas dans le fric", affirme cet homme qui met en avant ses valeurs chrétiennes qui lui font respecter l'Homme, les animaux et l'environnement

"Je suis dans le service aux autres. Notre métier sert à nourrir les gens et à leur donner la santé.  Le paysan c'est le premier acteur de votre santé. L'éleveur bio dénonce  une agriculture aux mains de la chimie et des industriels de l'agroalimentaire qui  "achètent le lait en dessous du coût de production.  Aujourd'hui le juste prix c'est dans la circuit court qu'on le trouve."

Yves de Fromentel n'a pas l'intention de s’arrêter en si bon chemin puisqu'il envisage de se lancer maintenant dans un projet d'agroforesterie.

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