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Faut-il avoir peur de l'incinérateur de Béziers ?

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Par , France Bleu Hérault

Le fonctionnement de l'incinérateur de boues de Béziers devient forcément politique à la veille des élections municipales. Un collectif de riverains demande aux élus de se prononcer. En 2014, les candidats étaient tous opposés au projet, y compris Robert Ménard, avant de voter pour à l'agglo.

L'incinérateur a été implanté au milieu des vignes (Béziers)
L'incinérateur a été implanté au milieu des vignes (Béziers) © Radio France - Stéfane Pocher

Depuis le mois de mai 2019 un incinérateur est en fonctionnement dans l'agglomération de Béziers. Cet équipement est installé au milieu des vignes, plaine Saint-Pierre mais des voix s'élèvent contre cet équipement en raison des risques qu'il représente sur la santé d'après leurs dires. Une pétition circule, avec plus de 3.000 signatures déjà recueillies. Un recours au tribunal administratif de Marseille a été déposé. Le dossier est toujours à l'instruction.

L'incinérateur n'est qu'à deux kilomètres du centre-ville à vol d'oiseau (proche de l'entreprise Cameron). Il brûle environ 15.000 tonnes de boues et de graisses par an, en provenance des stations d'épuration des 17 communes de l'agglomération de Béziers. 

Trois candidats engagés aux municipales de Béziers sont favorables à sa fermeture  : Thierry Antoine (EELV-France Insoumise)  / Nicolas Cossange (PCF-PS-PRG ) / Claire Dotto (liste société civile Béziers Citoyens).

L'incinérateur de boue de la station de traitement des eaux usées de Béziers
L'incinérateur de boue de la station de traitement des eaux usées de Béziers - Groupe SUEZ

À l'approche des élections municipales, un collectif de riverains lance un appel aux six candidats pour connaître leur position. En 2014, les quatre candidats en lice aux élections, Robert  Ménard (soutenu par le FN), Elie Aboud, Jean-Michel Du Plaa (union de la gauche) et Aimé Couqué (Front de gauche) étaient tous opposés au projet. 

''Une fois élu, le maire sortant s'estt finalement rétracté comme les autres'' déplore Robert Clavijo, le président de l'association du comité biterrois du mouvement national de lutte pour l'environnement. En novembre 2014,  l'ensemble des élus de l'agglomération n'a manifesté aucune opposition au projet d'incinérateur (délibération 25 en date du 20/11/2014). 

"Les politiques sont bien plus sensibles à la pression des industriels qu'à celles du bon sens, celles des écolos et des citoyens."

''Nous avons toutes les raisons (sanitaires et écologiques) de nous inquiéter de l'incinérateur Biterrois''

"Brûler 15.000 tonnes de boues et de graisse, cela revient donc à brûler des milliers de tonnes de CO2 annuellement, c’est à dire le principal gaz à effet de serre. Et donc une forte contribution à la déstabilisation du climat."

''les élus de l'agglo ont voté en faveur de l'incinérateur sans connaitre le dossier ni ses conséquences'' dixit Jean-François Maunier, le trésorier de l'ABCPSE

Dans le magazine de la ville, Robert Ménard n'a jamais caché pas sa position.

Le journal de Béziers : 15 décembre 2015
Le journal de Béziers : 15 décembre 2015 © Radio France - Stéfane Pocher

L'incinérateur devient forcément politique si proche des élections

Sans surprise, la liste EELV-France Insoumise est opposée à cet incinérateur : "Nous souhaitons à terme l’abandon de l’incinération pour des modes de gestion moins polluants (méthanisation, épandage) rendu possibles par une plus grande maîtrise des polluants déversés dans les égouts. L'incinération est toujours une mauvaise solution dans le traitement des déchets car elle laisse croire que l’élimination des déchets peut se substituer à la réduction de leur production."

"Nous sommes favorables à son abandon, précise la tête de liste Thierry Antoine. On incinère les boues des STEP car celles-ci sont trop polluées pour être utilisées en épandage agricole. Il s’agit d’une espèce de fuite en avant qui a en plus des effets pervers : comme les boues sont destinées à être incinérées, la lutte contre leur production et surtout la lutte contre les pollutions industrielles responsables des métaux lourds présents dans ces boues sont reléguées au second plan. Le traitement des déchets va avoir un coût de plus en plus élevé pour le territoire, d’autant plus que les taxes sur les activités polluantes vont croître dans les années à venir. Certains mettent en outre en avant les effets potentiellement nocifs pour l’environnement et la santé humaine du principe même de l’incinération. L’incinération des boues ne peut pas être un moyen de gérer les rejets industriels dans le réseau des eaux usées : il faut s’attaquer à la cause de la mauvaise qualité des boues. Il est nécessaire de repenser notre rapport aux déchets en privilégiant la prévention plutôt que le traitement. C’est bien la direction que nous entendons prendre."

Aujourd'hui, l'incinérateur est là. Il faut faire avec mais il faut le surveiller.(Robert Ménard)

''Il a fallu se prononcer en 2014  sur un dossier qu'on connaissait mal, dit Robert Ménard. Les techniciens nous ont assurés à l'époque un certain nombre de choses donc on a voté pour cet incinérateur. Je me suis aperçu ensuite que les garanties avancées étaient fragiles. Je ne suis pas Monsieur Clavijo qui pense que l'incinérateur menace la santé de tous les Biterrois. J'ai besoin d'être rassuré plus que ce qu'on m'a rassuré jusqu'à présent. Ma position  peut paraître mi figue mi chou. J'essaie d'écouter, entendre et de me faire une opinion entre un discours trop alarmiste et d'autre part un discours scientiste, de techniciens qui assurent que tout est réglé. Nous, on navigue entre deux. D'où des positions qui évoluent, je le concède. Nous avons même commandé une étude à un cabinet d'experts, non lié à l'agglo pour vérifier s'il y avait des problèmes d'odeurs notamment. Chaque fois que nous l'avons fait, nous avons été rassurés. Cette étude, nous l'avons financée pour vérifier si l'agglo ne nous mentait pas. Et ce cabinet m'a en parti rassuré. Quant à EELV qui veut supprimer cet incinérateur, c'est absurde !"

"Quand on est dans l’opposition et qu'on risque de le rester, on peut dire n'importe quoi !"

Les détracteurs réclament des analyses à la sortie des cheminées de l'incinérateur. L'agglomération de Béziers aurait toujours refusé. Sollicitée, cette dernière nous renvoie vers l'exploitant. Le groupe Suez, qui a signé une convention d'exploitation (DDSP) jusqu'en 2026, assure ne pas avoir connaissance de cette requête. 

Marie Luneau, la directrice-adjointe de l'agence Suez Béziers Méditerranée assure que l'incinérateur ne représente aucun danger : "Nous n'avons rien à cacher. On rejette de la vapeur d'eau. Tout ce que nous brûlons est analysé en amont. Si des produits toxiques nous sont acheminés, ils sont automatiquement détectés. Il est impossible alors de détruire le contenu. Le fonctionnement d'un incinérateur est très réglementé. Nous sommes contrôlés par des services externes. Un analyseur à la sortie des cheminées identifie tous nos rejets."

Les contrôles sont nombreux. Impossible de brûler des produits toxiques dit Marie Luneau, la directrice-adjointe de l'agence Suez Béziers Méditerranée

Cet ouvrage a été autorisé après études et enquête publique. La sous-préfecture de Béziers assure un suivi réglementaire des rejets de vapeur d'eau (en continu) et de la qualité de l'air autour de la station. Elle réunit par ailleurs deux fois par an une commission de suivi de site (CSS) qu'elle organise et anime. L'ensemble des participants, incluant deux associations, ont accès à toutes les données assure le groupe SUEZ. Le dernier comité a été réuni le 11 décembre 2019.

Une empreinte écologique très positive ?

À cet endroit vivent une trentaine de riverains. Mais cinq d'entre eux ont déménagé par crainte pour leur santé. Ce n'est pas le cas de Martine et Michel, installés ici avant même l'installation de l'incinérateur. "Nous avons appris tardivement ce projet. Nous ne sommes pas les seuls. Pas un riverain n'a été prévenu, mais comme de nombreux Biterrois''. 

"Nous serions rassurés si l'agglomération fournissait les analyses réclamées. mais elle refuse Ce n'est pas clair. Veut-elle nous cacher quelque chose ? On ne s'y prendrait pas autrement pour nous effrayer. Aujourd'hui nous attendons que les candidats se positionnent. Nous ne voulons pas de girouettes qui changent d'avis." 

''Les girouettes sont bien jolies mais dans un jardin pour savoir d'où vient le vent''

À l'heure du réchauffement climatique, le fonctionnement de cet incinérateur est remis en cause. ''L’incinération est la meilleure solution à l’instant T  pour traiter les boues'' dit Pascal Resplandy. "D'abord c'est contrôlé par des organismes agréés compétents. Ensuite, l'incinérateur permet de fabriquer de l'électricité. Et puis cela évite de balancer ses boues ailleurs. C'est normal qu'on s'occupe de nos déchets. C'est le principe du pollueur payeur. C'est la seule solution immédiate qui soit efficace. Quoiqu'il en soit il va falloir repenser la filière pour faire en sorte d'améliorer la qualité des boues qui sont acheminées. Mais forcément il faut de la prévention. 

"Il faut éduquer les Biterrois pour qu'ils ne jettent plus n'importe quoi dans les canalisations. Avant nous les transportions par camions à l'Etang de Berre (Bouche du Rhône) pour y être brulées. De mémoire c’était un investissement de 400.000 € par an."

L'association ABCPSE s'appuie sur des déclarations publiques de scientifiques à propos des dangers que représente un incinérateur dont celle du Professeur Dominique BELPOMME (cancérologue et président de l’ARTAC et dirigeant de Institut européen de recherche sur le cancer et l’environnement ECERI (conférence à Lunel-Viel, Hérault, 19 juin 2015).  

"Ce n’est pas parce qu’on va mettre tout un système de filtration en place qu’on va éviter la pollution et les maladies, malheureusement. C’est une idée qu’il faut absolument combattre tout de suite : il n’y a pas de méthode efficace de protection en termes d’environnement et de santé au plan technique. Il n’y a pas de méthode technique efficace pour nous protéger.3 (conférence à Lunel-Viel, Hérault, 19 juin 2015)

La liste EELV-France Insoumise n'est pas la seule à souhaiter fermer l'incinérateur. C'est aussi le point de vue de la liste Gauche Béziers sur " ''L'incinération est une méthode de traitement des déchets d'un autre âge'' précise  la tête de liste Nicolas Cossange. Il porte atteinte à la santé publique, pollueuse des nappes phréatiques et productrice de CO2,

Notre liste s'engage à fermer l'incinérateur de la plaine Saint Pierre et à engager une profonde réforme de l'ensemble du traitement des déchets sur notre agglomération "

Antoine About réclame de son côté la réalisation d'une nouvelle étude pour déterminer si cet incinérateur représente un véritable danger pour les Biterrois.

Aux termes du rapport publié par le commissaire enquêteur désigné par le tribunal administratif de Montpellier, il ne semble pas que l'activité de l'incinérateur de boues et de graisses de la station d'épuration aura un impact négatif sur la santé des riverains, dans la mesure où les normes d'hygiène et de sécurité à respecter semblent adaptées à l'activité. Toutefois, je prends en compte l'inquiétude légitime des riverains. En conséquences, le principe de précaution exige qu'une nouvelle étude soit réalisée pour prendre la décision idoine.          

Enfin la liste citoyenne Béziers réclame elle-aussi la fermeture du site. Pour Claire Dotto, tête de liste ''l’incinération, du fait des polluants émis, contribue à dégrader la qualité de l’air localement et à accroître le réchauffement climatique''

''L’incinération, du fait des polluants émis, contribue à dégrader la qualité de l’air localement et à accroître le réchauffement climatique''
''L’incinération, du fait des polluants émis, contribue à dégrader la qualité de l’air localement et à accroître le réchauffement climatique'' © Radio France - Stéfane Pocher

L’adoption du projet de l’incinérateur de la plaine Saint-Pierre est l’exemple même d’un processus anti-démocratique qui bafoue les droits des citoyens à l’information et à la participation au processus de décision et méprise leurs droits à un environnement sain et à la santé : ce projet résulte, selon toute apparence, d’une action de lobbying de la multinationale Suez (qui l’a proposé et dont une filiale a emporté le marché de construction). La liste Béziers Citoyen souhaite qu’une solution alternative soit sérieusement étudiée, dans la transparence et avec la participation des citoyens et des associations.

La liste Béziers Citoyen souhaite qu’une solution alternative soit sérieusement étudiée, dans la transparence et avec la participation des citoyens et des associations
La liste Béziers Citoyen souhaite qu’une solution alternative soit sérieusement étudiée, dans la transparence et avec la participation des citoyens et des associations © Radio France - Stéfane Pocher
L'incinérateur a été implanté sur le site de la station d'épuration de Béziers
L'incinérateur a été implanté sur le site de la station d'épuration de Béziers - Google Maps
Un camion vient livrer des boues provenant d'une station d'épuration
Un camion vient livrer des boues provenant d'une station d'épuration © Radio France - Stéfane Pocher

Des journées portes-ouvertes ont été organisées en septembre 2019 à l'occasion des journées nationales des sites innovants. La station de traitement des eaux usées de la Plaine a accueilli 103 visiteurs à cette occasion. Ce mercredi 26 février, les comités de quartiers de la ville de Béziers qui le souhaitent peuvent visiter le site. L’accès est limité.

Un investissement de 380.000 euros financé par l'agglo de Béziers et des fonds européens
Un investissement de 380.000 euros financé par l'agglo de Béziers et des fonds européens © Radio France - Stéfane Pocher
Permis de construire de l'incinérateur de Béziers
Permis de construire de l'incinérateur de Béziers © Radio France - Stéfane Pocher
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