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Frelon asiatique : apprenez à mieux le connaître pour mieux le combattre

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Par , France Bleu Touraine, France Bleu
France

Faut-il piéger le frelon asiatique ? Cette question fait débat suite au Frelon Asiatique Challenge organisé au printemps 2021 par France Bleu Touraine. Nous avons donc décidé d'aller un peu plus loin et d’inviter des spécialistes du frelon asiatique pour en savoir plus sur ce redoutable prédateur.

Le frelon aisatique (Vespa velutina) photographié en Indre-et-Loire
Le frelon aisatique (Vespa velutina) photographié en Indre-et-Loire - Joël GERBAUD

Dans son Frelon Asiatique Challenge, au printemps 2021 France Bleu Touraine invitait ses auditeurs à proposer des idées de pièges innovants contre le frelon asiatique, sous la forme d'un concours. 

Ce fût l'occasion de mesurer à quel point l'idée du piège bouteille classique, très souvent peu sélectif, était encore très présente dans l'esprit des particuliers. Ce type de piège finalement peu efficace fait en revanche de gros dégâts sur les autres populations d’insectes

France Bleu Touraine a donc décidé d'aller un peu plus loin et d’inviter des spécialistes du frelon asiatique pour en savoir plus sur ce redoutable prédateur. Quel est son impact sur la biodiversité ? Le frelon asiatique prend-il la place d’autres insectes ? Observe-t-on une augmentation des attaques de frelons sur les ruchers ? Est-ce que, oui ou non, il faut piéger le frelon asiatique ? Voici quelques unes des questions que nous leurs avons posé.

Nous avons réuni pour l'occasion : 

  • Michaël Preteseille, apiculteur et président de l'association Le Jardin de Pollen'n. Le Jardin de Pollen'n est une association tourangelle qui a pour but de créer des jardins mellifères dans lesquels on installe des ruches et des plantes avec l'abeille comme vecteur social autour d'un axe pédagogique pour sensibiliser au sujet qui nous intéresse ici, le frelon.
  • Eric Darrouzet, spécialiste des insectes sociaux. Enseignant et chercheur à l'IRBI, l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte, structure dépendante de l'Université de Tours et du CNRS, dans laquelle 70 personnes travaillent sur les insectes. Vous pouvez visiter la chaine Youtube d'Eric Darrouzet.
  • Laurent Palussière, chargé de mission faune à la SEPANT, l'Association d'étude, de protection et d'aménagement de la nature en Touraine. L'association agit au quotidien sur des problématiques variées (gestion de l'eau et des déchets, énergies, agriculture) mais la protection de la biodiversité est un axe important depuis sa création. A l'origine essentiellement composée de botanistes, cette association s'est diversifiée sur tous les groupes faunistiques et floristiques, avec également un axe assez militant en Touraine, qui est son territoire d'action. Vous pouvez consulter la toute récente base de données Obs 37.
Eric Darrouzet, Laurent Palussière, Chrystelle Guy et Michaël Preteseille
Eric Darrouzet, Laurent Palussière, Chrystelle Guy et Michaël Preteseille

Le frelon asiatique c'est quoi ?

Le frelon asiatique, c'est ce qu'on appelle également le frelon aux pattes jaunes. Son terme scientifique est Vespa velutina, nigrithorax si on veut donner son nom complet. En fait c'est un frelon qui a une taille intermédiaire entre la guêpe et le frelon européen Vespa crabro, qui est la grosse guêpe jaune que tout le monde connait. 

A gauche le frelon asiatique (Vespa velutina) et à droite son cousin européen (Vespa crabro)
A gauche le frelon asiatique (Vespa velutina) et à droite son cousin européen (Vespa crabro) - Laurent Palussière

Vespa velutina est une espèce qui a été introduite accidentellement par le biais de poteries chinoises, dans le Sud-Ouest de la France en 2004. C'est pour ça qu'on l'appelle le frelon asiatique, mais il y a plein d'espèces asiatiques différentes. Depuis, l'animal a trouvé un environnement convenable pour se développer et pour se répandre. Ce qui fait qu'à ce jour, le frelon asiatique a conquis toute la France et la partie ouest de l'Europe. 

Y a-t-il plus de frelons asiatiques aujourd'hui ? 

Le frelon asiatique est une espèce invasive. On dit qu'il se multiplie mais qu'en est-il vraiment ? La vérité c'est que nous n'avons pas beaucoup de chiffres, car il y a peu de comptages et encore moins de suivi officiel. Il existe cependant un suivi sur la zone colonisée par l'espèce au niveau européen, donc il est possible de voir un peu le front de migration. Mais là où l'animal est déjà installé, il n'y a pas vraiment de comptage, sauf quelques cas particuliers localement. 

On sait que le nombre de colonies augmente globalement. Mais c'est variable d'une année sur l'autre. Cela va dépendre des conditions climatiques et de plein d'autres choses. Mais quand on fait la moyenne, on constate effectivement que la population de frelons asiatiques a augmenté

Le frelon asiatique prend-il la place d'autres insectes ?

Pour Laurent Palussière de la SEPANT,"c'est difficile à dire. Par contre, ce qui est sûr, c'est qu'il y a une multiplication des données disponibles dans notre base. Avec d'autres associations aussi, localement, on relève la biodiversité régulièrement. Le frelon asiatique n'est pas forcément l'espèce que l'on recherche lors de nos inventaires, mais avec la sensibilisation de nos bénévoles et même des naturalistes locaux, au fur et à mesure, dès qu'on en voit un il est noté. Et ce qu'on remarque, c'est que oui le territoire est bien rempli. Après, de là à dire que ça prend la niche écologique d'une autre espèce, nous n'avons pas poussé forcément les investigations plus que ça".

Carte de la répartition du frelon asiatique en Indre-et-Loire / Aucun(e)
Carte de la répartition du frelon asiatique en Indre-et-Loire / Aucun(e) - Laurent Palussière / SEPANT

Observe-t-on une augmentation des attaques de frelons sur les ruchers ?

Pour Michaël Preteseille, président de l'association Le Jardin de Pollen'n "ça va dépendre des années. On aura des moments où on a plus d'attaques que d'autres et ça va être différent selon les ruchers. Les apiculteurs professionnels ont en permanence des ruchers de sauvegarde pour rapatrier les ruches qui seraient trop attaquées, (ce fût d'ailleurs le cas pour les ruchers installés sur le toit de France Bleu Touraine). Mais ce ne sont pas que les abeilles qui vont être attaquées. Je travaille beaucoup sur les équilibres des hyménoptères et les autres espèces avec les agriculteurs. Les auxiliaires et les ravageurs sont aussi impactés quand il y a des nids de frelons juste à côté. Les ruches servent en quelque sorte d'indicateur : c'est un garde-manger facile à atteindre pour un nid de frelons à proximité, et _s’il y a des dégâts dans nos ruchers, cela signifie que les frelons font aussi beaucoup de dégâts à côté_, sur les cousines, les abeilles dites sauvages (celles qui ne font pas forcément de miel) mais aussi sur tous les autres insectes"

Une étude récente estime qu'une colonie de frelons asiatiques peut prélever jusqu'à 10 kilos d'insectes, autres que les abeilles. Michaël Preteseille poursuit "je rencontre beaucoup de personnes au travers des activités de sensibilisation de notre association et je constate qu'il y a de plus en plus de craintes. Des questions comme "le fait de mettre des pièges va-t-il amener plus de frelons" sont courantes. _Cette crainte engendre des répercussions sur les activités agricoles de récolte_, par exemple sur les petits fruits quand il y a des frelons à proximité, les marchés et autres... C'est ce qui amène, malheureusement, certaines personnes à faire du piégeage à tout va sans sélectivité. Ils piègent pour piéger sans se préoccuper de ce qu'ils font"

Le frelon asiatique est-il dangereux pour les humains et pour les animaux ? 

Il y a malheureusement des accidents tous les ans, des gens sont piqués avec tous les niveaux de conséquences : d'un simple petit gonflement local jusqu'au décès de la personne si elle est allergique au venin d'hyménoptères. Il n'y a pas de statistiques, mais pour Eric Darrouzet _"au niveau européen, on peut tabler entre 5 et 10 personnes qui décèdent au moins par an_".

Côté animaux, il n'y a aucune donnée pour dire qu'un animal aurait pu pâtir du frelon asiatique. Eric Darrouzet, présente un exemple intéressant du côté de l'Allemagne. Là-bas, on met des colonies de frelons européens en élevage sur l'exploitation. Ces frelons vont chasser les mouches qui peuvent être des insectes vecteurs de maladies et autres. De là à envisager que l'effet du frelon asiatique sur les élevages pourrait être plus bénéfique que négatif...

Le frelon asiatique a-t-il sa place dans notre biodiversité ?

Pour Laurent Palussière (SEPANT) _"le problème, c'est qu'il fait plus de dégâts qu'il n'apporte d'alimentation pour les prédateurs_. Il faudrait voir en détail ceux qui se nourrissent réellement des frelons asiatiques, mais à mon avis, c'est franchement marginal". 

Pour Eric Darrouzet "C'est une espèce invasive, donc elle n'a rien à faire sur notre territoire. Si vous intégrez une nouvelle espèce dans un environnement, vous allez un peu chambouler l'équilibre de la biodiversité qu'il y avait localement et vous entraînez derrière un nouvel équilibre au bout d'un certain temps. Le frelon asiatique n'a pas sa place en Europe, sauf qu'il s'est installé et maintenant, il va falloir apprendre à vivre avec lui. La probabilité qu'on arrive à l'éradiquer est plutôt faible. Par contre, _ce qu'on essaye de faire, c'est de trouver des moyens de lutte qui soient ciblés pour contrôler et réduire la population et pour limiter ses impacts sur nous et sur l'entomofaune_. Je pense qu'on va arriver dans les 5 ans à mettre en place des outils de lutte ciblée".

Pour Michaël Preteseille "on associe le frelon asiatique à l'apiculture. On dit que c'est aux apiculteurs de le gérer. Mais si on regarde les faits, c'est l'ensemble des insectes qui sont impactés et l'activité humaine également. Il faut donc bien comprendre que le frelon n'est pas uniquement le problème des quelques apiculteurs que l'on peut croiser, mais c'est bien le problème de l'ensemble de la population, avec plus ou moins d'impacts et quelquefois des impacts qui sont silencieux. Des gens me disent : je n'ai plus de papillons, plus de ceci, plus de cela. En fait c'est qu'il y avait un nid de frelons juste à côté de chez eux. Un frelon consomme en moyenne (en fonction de l'environnement) 40% d'abeilles et 60% d'autres insectes. Ce sont les chiffres qu'on peut retrouver dans certaines études. Le frelon va consommer beaucoup de biodiversité d'insectes autour de là où il se trouve. _C'est donc bien un problème général, pas seulement le problème des apiculteurs_". 

Faut-il piéger le frelon asiatique ?

Il y a beaucoup de conseils, de tutos qui sont proposés sur internet, qui expliquent qu'il faut piéger le frelon asiatique à plusieurs moments de l'année. Mais le piégeage est-il la solution ?

Pour Eric Darrouzet "que tout le monde piège : non ! ça n'a strictement aucun intérêt. On peut faire du piégeage si on sait s'y prendre. _Le piège bouteille fabrication maison c'était bien il y a 10 ans. Maintenant, c'est fini_. Il ne faut plus. Parce que le gros problème du piégeage s'il n'est pas bien réalisé c'est son impact négatif sur la biodiversité. Je vous donne un exemple : sur un piège bouteille, sur une semaine de piégeage, vous avez capturé 3000 insectes et sur vos 3000 insectes vous aurez deux frelons asiatiques et tout le reste ce seront des papillons, des mouches, des guêpes, des abeilles parfois. Donc, en fait, vous vouliez protéger la biodiversité en capturant du frelon, mais vous faites l'inverse. Vous avez vous même un impact négatif, au même titre que les frelons, voire même plus, sur la biodiversité."

"Il faut utiliser uniquement des pièges sélectifs. Il en existe maintenant sur le marché. Il y a aussi des tutos sur internet pour apprendre à fabriquer ces pièges plus sélectifs : _ils laissent entrer les gros insectes tout en permettant aux petits insectes de ressortir_. Mais attention : avec ces pièges vous allez capturer du frelon asiatique, mais aussi parfois du frelon européen et des bourdons. Il faut donc adapter les pièges et surtout, il faut les gérer, c'est à dire visiter le piège tous les jours et regarder ce qu'il y a dedans". Mais quelqu'un qui se dit tiens, j'ai un jardin. J'ai vu passer un frelon, allez je vais mettre un piégeage. Ça, ça ne sert à rien".

Le piégeage du frelon asiatique est-il efficace ?

Il n'y a aucune donnée scientifique officielle concernant l'efficacité du piégeage. Au printemps, on cherche à capturer les fondatrices, les futures reines, c'est à dire les femelles reproductives qui se sont accouplées avant Noël, qui ont survécu à l'hiver et qui vont créer des nids. Mais le printemps correspond aussi à la période de compétition entre fondatrices, avec des combats mortels entre ces femelles, pour une zone pour construire leur nid. De ce fait il est difficile de connaitre l'impact d'un piégeage de printemps : certes vous allez peut-être capturer des fondatrices, mais vous allez aussi capturer des femelles qui sont des compétitrices et empêcher qu'elles s'éliminent entre elles.

La deuxième période de piégeage intervient une fois que les colonies sont en place, quand les ouvrières viennent chasser les abeilles. Il existe des pièges sélectifs que certains apiculteurs installent sur leurs ruchers mais pour Eric Darrouzet "le piégeage sur rucher, à ma connaissance, n'a jamais démontré son efficacité en termes de protection. On peut capturer des centaines de frelons, ce qui arrive parfois voire même au-delà. Mais il y a toujours des frelons qui attaquent. On utilise dans ces pièges des appâts alimentaires. Un frelon s'il vient sur un rucher, c'est pour chasser. Et entre l'appât et l'abeille, le frelon fait un choix selon différents paramètres qu'on ne maîtrise pas, ce qui fait que le piégeage n'est pas super efficace".

Pour Laurent Palussière (SEPANT) "le piégeage c'est uniquement dans un cadre scientifique ou dans le cadre de l'apiculture, comme le précisent les directives du ministère de l'Agriculture. A l'association, il nous arrive de piéger. Mais on met en place des demandes de dérogation. C'est cadré. Il faudrait la même procédure pour tout le monde. Eduquer par le piégeage pour nous, ce n'est pas forcément la meilleure des approches, même si ça part d'un bon sentiment. Les dégâts occasionnés par ces piégeages peuvent certes être importants, mais il ne faut pas non plus oublier qu'il y a plein d'autres facteurs qui détruisent les insectes, comme la pollution lumineuse, les produits phytosanitaires, la destruction des habitats"

Ces pièges sélectifs, ils ne sont installés que chez moi, là où je peux les visiter tous les jours - Michaël Preteseille du Jardin de Pollen'n

La recommandation serait donc plutôt d'éviter d'encourager les particuliers à piéger. Et sinon faire très attention et utiliser des pièges sélectifs. C'est la démarche qu'avait menée Michaël Preteseille du Jardin de Pollen'n lors du Frelon Asiatique Challenge avec France Bleu Touraine. L'idée était d'essayer d'expliquer qu'on ne pouvait pas mettre une bouteille comme ça et juste récupérer les insectes qui tombent dedans. Expliquer qu'il ne faut pas piéger n'importe où, n'importe quand, de n'importe quelle manière.

Certains participants à ce concours ont d'ailleurs proposé dans la catégorie innovation, des pièges avec des grilles à reine, dont certains sont utilisés dans le monde professionnel. Et leur efficacité est prouvée, comme le souligne Michaël Preteseille "J'ai zéro insecte qui reste dedans. Pourquoi, parce que c'est un piège sélectif qui est visité chaque jour. Ces pièges sélectifs, ils ne sont installés que chez moi, là où je peux les visiter tous les jours. Ils ne sont en aucun cas sur mes autres ruchers. J'ai une cinquantaine de ruchers en Touraine. Je n'ai aucun de ces pièges. Pourquoi ? Parce que je ne ne peux pas aller les visiter tous les jours" 

En conclusion, si vous souhaitez malgré tout installer des pièges dans votre jardin, faites-le très correctement, en étant accompagné et en vous faisant conseiller.

Quelles sont les alternatives au piégeage ?

Des équipes en Europe cherchent des solutions pour contrôler l'animal. Certaines tendent à rendre plus efficace le piégeage. L'équipe d'Eric Darrouzet travaille sur les appâts: "on cherche à remplacer l'appât alimentaire qui ne peut pas être sélectif, par un appât phéromonal, ce qui nous permettrait de discuter avec le frelon dans sa propre langue, un langage chimique pour lui dire de rentrer dans le piège".

Deux phéromones sont particulièrement envisagées, la première étant la phéromone d'alarme. Un frelon qui est stressé ou qui sent un danger va libérer dans l'atmosphère des molécules qui vont être perçues à distance par ces congénères. L'idée, c'est de mettre cette phéromone comme appât dans un piège. Les frelons vont être attirés et rentrer dans le piège.

La deuxième est la phéromone sexuelle.  Le principe est d'essayer de capturer des mâles au moment de la reproduction. L'idée, c'est de faire baisser la population de mâles pour que les jeunes femelles reproductrices des futures reines ne puissent pas s'accoupler avec eux. Elles n'auront donc pas de spermatozoïdes et ne pourront pas créer de colonie l'année suivante. 

Un autre axe de lutte consiste à détruire les colonies. Des entreprises spécialisées 3D (Désinsectisation, Dératisation, Désinfection) réalisent ce type de prestation. Mais il y a deux types de problème. Le premier, c'est qu'on ne sait pas repérer les colonies. Des études sont menées en Italie et en Angleterre notamment, pour mettre au point des techniques pour repérer activement les nids. L'idéal étant de repérer un frelon à un moment donné sur un rucher, puis le suivre pour repérer où est le nid. Certains dispositifs sont en cours de développement, on peut espérer que d'ici quelques années, on aura des moyens opérationnels sur le terrain pour repérer les nids.

Le deuxième souci une fois qu'on a repéré le nid c'est comment faire pour le détruire ? Les entreprises de désinsectisation n'ont aujourd'hui qu'un seul outil à disposition. C'est un pesticide chimique (perméthrine, pyrèthre, ou autres) qui est injecté dans le nid pour tuer les insectes. C'est dangereux à manipuler pour les opérateurs humains et peut impacter leur santé. Et si le nid est laissé en place, c'est comme une bombe environnementale : d'autres insectes ou même des oiseaux vont se reproduire ou se cacher dans le nid et être impactés.

L'IRBI travaille actuellement pour essayer de remplacer le pesticide par un dispositif thermique, en injectant de la vapeur dans le nid et tuer par la chaleur les frelons. Le nid peut rester alors sur place, ce n'est pas dangereux. Une fois les frelons morts dans le nid, toutes les bestioles autres peuvent venir pour se nourrir dessus ou se reproduire, se cacher dans le nid sans aucun problème. Ce dispositif sera testé sur le terrain pour mettre au point le protocole de destruction et devrait être commercialisé si tout va bien en 2023.

Ce procédé lié à la chaleur, rappelle un peu ce que Michaël Preteseille et d'autres apiculteurs observent depuis pas mal de temps, "on voit ce comportement qui arrive sur certaines de nos colonies. C'est surtout l'Apis cerana qui est habituée à le faire : elles battent très très fort des ailes pour faire monter la température (vers 47°, une température que l'abeille accepte et pas le frelon asiatique) et faire en sorte que le frelon ne survive pas. On l'observe de plus en plus. C'est l'apprentissage de l'abeille".

Comment reconnaitre un nid de frelon asiatique ?

A quoi ressemble un nid de frelons asiatiques ? Cela peut être une grosse boule en haut d'un arbre, mais pas que, Eric Darrouzet nous explique tout : "Si vous voyez une grosse boule en haut d'un arbre, c'est du frelon asiatique. C'est la seule espèce qui est capable, en Europe pour l'instant, de construire des gros nids visibles dans les branches, au sommet des arbres. Sauf que le frelon asiatique peut aussi construire son nid partout, dans les cavités souterraines ou dans des buissons, au sommet des arbres, sous les pylônes électriques, dans des bois, dans une niche de chien, sous une avancée de fenêtre, sous un toit. A l'inverse, le frelon européen, lui, construit son nid, toujours sous abri, quasiment jamais visible : dans une cavité, dans un tronc d'arbre ou dans un mur, dans un grenier. Le nid de frelon européen est de couleur marron clair avec une grosse ouverture sur la partie inférieure. Le frelon européen ressemble à une grosse guêpe qui est jaune, rayée de noir."

A gauche un nid de frelons asiatiques, à droite celui du frelon européen
A gauche un nid de frelons asiatiques, à droite celui du frelon européen - Fredciel - Michael Apel / Wikimedia

"Pour le frelon asiatique, si son nid est construit sous abri, sous un toit par exemple, c'est une sphère en général et l'ouverture est plutôt latérale. On peut avoir plusieurs ouvertures parfois, et la couleur est plus sombre. Si vous voyez un nid dans un buisson, c'est du frelon asiatique. Le nid sera plutôt en forme de goutte d'eau et l'ouverture toujours latérale. La seule guêpe qui peut faire son nid dans un buisson est Dolichovespula. Le nid est alors en forme de ballon de rugby et gris, avec une partie inférieure qui remonte légèrement".

Que faire quand on trouve un nid de frelon asiatique ?

Le mieux est de ne pas s'en approcher parce que c'est là que cela peut devenir dangereux. Si vous voyez que ce n'est pas du frelon asiatique, si la colonie ne vous gêne pas, si elle ne représente pas de danger pour vos enfants, par exemple, vous le laissez en place, parce que la colonie joue un rôle important dans l'environnement. C'est un prédateur qui tue les mouches, les moustiques. A titre d'exemple, en Allemagne le frelon européen est une espèce protégée. Vous avez une amende si vous tuez une colonie. Guêpes et frelons européens, même si c'est dans une moindre mesure que les abeilles, participent aussi à la pollinisation.

Si vous trouvez un nid de frelon asiatique, là, par contre, il faut faire éliminer la colonie parce que c'est une espèce invasive.Au niveau national, il faut faire appel à une entreprise 3D. 

Pour les habitants d'Indre et Loire, vous pouvez faire appel à l'équipe de recherche d'Eric Darrouzet. Elle n'utilise pas de pesticides car elle récupère tous les insectes vivants, qu'elle ramène au laboratoire pour les étudier. Et c'est gratuit. 

Et s'il s'agit d'un essaim d'abeilles ? 

Voici les conseils de Michaël Preteseille, apiculteur, _"_de préférence il faut faire appel à un apiculteur. L'idéal, c'est de dire on les laisse. Mais j'ai en mémoire un cas où je me suis résigné à détruire la colonie, parce qu'elle était dans un arbre d'où on n'arrivait pas à les faire sortir, notamment parce qu'il y avait du couvain à l'intérieur. Il était installé depuis très longtemps. Il était à côté d'une piscine. C'était un danger pour les enfants. Il faut aussi faire la différence entre les essaims d'abeilles vagabonds qui viennent s'installer ou qui sont déjà installés dans une cheminée, dans une cavité, derrière un volet d'une résidence secondaire par exemple, et l'essaim qui vient se poser chez vous et qui se met dans un buisson et qui attend soit de repartir, souvent après 15 ou 16 heures, soit de décider de rester là pour longtemps. Dans ce cas, vous pouvez appeler un apiculteur qui viendra le récupérer".

Comment réagir quand un frelon arrive près de vous ?

Il n'y a pas vraiment d'astuce particulière pour faire fuir un frelon. Les frelons, qu'ils soient européen ou asiatique, ou même les guêpes, ne sont pas des bestioles qui vont vous attaquer spontanément, elles n'ont aucune raison. Il faut garder en tête qu'une colonie, ce sont des femelles qui travaillent tout le temps. Leur but, c'est de développer la colonie et de favoriser sa survie et son développement. Donc chaque individu a une fonction donnée. Et une ouvrière qui quitte le nid pour chercher de la nourriture ou des matériaux de construction, elle a une tâche à faire. Et elle n'a que ça à faire. Quand elle tombe sur une "grosse bête" comme nous, elle s'en fiche éperdument, ça ne l'intéresse pas, elle a un boulot à faire, elle fait son boulot. 

Par contre il faut faire pareil, c'est à dire quand vous voyez passer un frelon ou une guêpe, regardez la si vous voulez, c'est très intéressant, mais ne cherchez pas à l'embêter ou à l'attraper parce que l'animal va se défendre. C'est un peu normal. Le passage de frelons ou de guêpes n'est pas forcément dangereux si vous ne faites rien de violent. Certes, si vous êtes en pique-nique à l'extérieur et qu'une guêpe vient sur votre tranche de jambon posée dans votre assiette, ça ne fait pas très plaisir et forcément, vous rentrez en compétition parce que le jambon est pour vous et pas pour elle normalement ! C'est là, selon la façon dont vous allez vous y prendre, qu'il peut y avoir un risque. Alors, le mieux c'est encore de prévoir une assiette supplémentaire pour ces demoiselles et leur mettre à manger sur un coin de la table, et partage un peu de nourriture avec elles pour ne pas être embêté.

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