La cimenterie Lafarge de Martres-Tolosane parmi les 50 sites industriels les plus polluants de France

La cimenterie Lafarge-Holcim de Martres-Tolosane se trouve à 3 km du centre-bourg. © Radio France - Bénédicte Dupont

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Ce 8 novembre, Emmanuel Macron reçoit les dirigeants des 50 sites industriels les plus polluants du pays. Ils représentent la moitié des émissions de CO2 de l'industrie, et 20% des gaz à effet de serre en France. Parmi eux, des cimentiers dont Lafarge et son site de Martres-Tolosane (Haute-Garonne).

Ce mardi, dans le cadre de la COP27, le président de la République réunit à l’Élysée les dirigeants des 50 industries les plus polluantes de France, responsables de la moitié des gaz à effet de serre de l’industrie. Géographiquement, les Hauts-de-France et le Grand-Est concentrent les sites les plus émetteurs. Et cette pollution concerne quelques filières bien spécifiques comme la métallurgie (ArcellorMittal), la chimie (Air Liquide, les engrais Boréalis), le verre (St Gobain), la distillerie (sucres Terreos) ou encore la cimenterie (Lafarge, Calcia, Eqiom). Parmi eux donc un site en Haute-Garonne : la cimenterie Lafarge de Martres-Tolosane à 60 kilomètres au sud de Toulouse.

120 millions d'euros investis dans un nouveau four

Dans ce village du Comminges où vivent 2.500 habitants, le site Lafarge (détenu depuis 2015 par le groupe suisse Holcim) fait partie du paysage depuis 1956. Ses installations sont visibles depuis l'autoroute A64 Toulouse-Tarbes et distantes de trois kilomètres du centre-bourg. Son nom est souvent associé aux poussières par les habitants. "Sur les voitures qui dorment dehors, c'est une catastrophe. Les stations lavages tournent à fond", s'amuse Fernande, une quinquagénaire qui travaille dans le nettoyage et vit à un kilomètre de l'usine. "Depuis qu'ils ont mis la nouvelle tour, c'est moins visible, concède Richard, la poussière est sans doute plus fine". 

"Je n'ai plus de plaintes d'habitants à propos des poussières depuis un an et demi environ." — le maire de Martres

Constat partagé par le maire, Loïc Gojard. "Les poussières, c'est de l'histoire ancienne". Il faut dire que Lafarge a investi pas moins de 120 millions d'euros sur le site commingeois avec la mise en service au début de l'année 2022 d'un nouveau four qui a remplacé les deux autres. Nouveau four, et nouveaux filtres. Efficaces à en croire les habitants. En 2020, Atmo Occitanie a réalisé une étude sur ces poussières produites par la cimenterie, avant donc les nouveaux fours. Il en ressort que "les niveaux d'empoussièrement autour de la carrière et de la cimenterie sont généralement faibles" et que "à proximité des premières habitations sous les vents dominants de la carrière, les niveaux d’empoussièrement sont nettement inférieurs à la valeur limite règlementaire".  

Le site emploie 130 personnes.
Le site emploie 130 personnes. © Radio France - Bénédicte Dupont

Moins poussiéreuse mais toujours (très) polluante

Voilà pour la partie visible de l'iceberg, car les poussières ne sont pas les émissions de CO2. Et sur ce sujet bien précis, Atmo Occitanie n'a pas produit d'étude. Lafarge, qui a répondu à nos questions par écrit, précise que ses derniers investissements à Martres ont permis de rejeter moins de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

"La mise en service de ce tout nouvel équipement a permis de diminuer la consommation d'énergie de l'usine et de réduire considérablement l'empreinte CO2 : -20% d'émission CO2 par tonne de ciment produite." — le service presse de Lafarge France

Réduction certes, mais le chemin reste long surtout si le site est un des 50 plus gros producteurs industriels de gaz à effet de serre du pays. Si les deux anciens fours fonctionnaient en brûlant des pneus entiers, le nouveau four quant à lui est alimenté grâce à des pneus déchiquetés, des copeaux de bois et des déchets issus des bennes à encombrants. Le groupe ajoute aussi que l’usine va encore bénéficier d'un investissement supplémentaire de quatre millions d'euros en 2023 qui lui permettra de passer de 30% à plus de 80% la part de déchets utilisés comme combustibles, à la place des combustibles fossiles, et donc de continuer à baisser ses émissions de CO2.

Bientôt à la pointe en matière d'hydrogène ?

Chez Lafarge, l'avenir s'appelle le projet "Cap Carbone" dont le site de Haute-Garonne est le fer de lance. D'ici 2050, l'usine de Martres sera en capacité selon ce projet de produire de l'hydrogène en utilisant les émissions de gaz à effet de serre produite. "C'est une vraie fierté pour Martes parce que nous sommes le nec-plus-ultra de ce que sera une cimenterie dans le futur, se réjouit Johan Guet délégué central FO. Mais le syndicaliste s'inquiète du sort d'autres sites Lafarge en France comme Val d'Azèrgues près de Lyon.

L'avenir du site de Martres-Tolosane est assuré mais qu'en est-il d'autres sites Lafarge en France qui ne sont pas modernisés ? — Johan Guet, délégué FO

Selon l'Élysée, l'émission en CO2 de ces 50 sites industriels représente ce qu'émettent quatre millions de Français. Avec Martres-Tolosane, deux autres sites occitans figurent dans cette liste, ce sont aussi des cimenteries Lafarge : à Port-la-Nouvelle (Aude) et à Beaucaire (Gard). L'association Nature Comminges, que nous avons contacté, milite davantage autour de l'exploitation de la carrière de Martres et du respect de la biodiversité, n'a pas procédé à de nouveaux relevés depuis la mise en place du nouveau four. 

L'association environnementale s'étonne en revanche que l'usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens un peu plus au sud de la Haute-Garonne, ne figure pas parmi les 50 sites industriels les plus polluants du pays. La fabrique de cellulose utilise quant à elle plutôt de la biomasse comme combustibles.