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La Hulotte, "le journal le plus lu dans les terriers", un drôle d'oiseau

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Par , France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

La Région Grand-Est a attribué le Prix de l'Engagement démocratique à "La Hulotte". Précurseur de la sensibilisation à l'environnement, atypique dans le paysage de la presse, "le journal le plus lu dans les terriers" est conçu dans les Ardennes depuis sa naissance en 1972 et rencontre un succès fou.

Unes du journal la Hulotte, "le journal le plus lu dans les terriers"
Unes du journal la Hulotte, "le journal le plus lu dans les terriers" © Radio France - Alexandre Blanc

C'est "le journal le plus lu dans les terriers" depuis 1972. La Hulotte est un oiseau rare dans l'histoire de la presse et de l'écologie. Chaque numéro fait découvrir une espèce animale ou végétale commune que l'on croit connaître. La Région Grand-Est lui a accordé son Prix de l'engagement démocratique 2020.  

Son habitat :  la campagne ardennaise

La Hulotte niche dans les Ardennes, à Boult-aux-Bois. Sept personnes la font vivre : l'équipe administrative et la documentaliste dans une vieille bâtisse, le rédacteur et illustrateur Pierre Déom, dans une maison plus contemporaine quelques dizaines de mètres plus haut. Les deux bâtiments ont les fenêtres tournées vers de vastes prairies, à l'orée d'un bois.  

Bureau de Pierre Déom, cofondateur, rédacteur et illustrateur du journal "la Hulotte"
Bureau de Pierre Déom, cofondateur, rédacteur et illustrateur du journal "la Hulotte" © Radio France - Alexandre Blanc

RENCONTRE avec Pierre Déom, cofondateur, rédacteur et illustrateur de "la Hulotte"

Sa nourriture : la science 

Chaque numéro demande des mois de préparation et des milliers d'heures de travail. Avec l'aide de Claire, la documentaliste, Pierre Déom boulotte. Il amasse une quantité d'informations considérable sur l'espèce animale ou végétale retenue dans les publications scientifiques, les digèrent. Il peaufine son trait de plume afin de capter avec précision dans ses dessins les attitudes, les comportements, les détails morphologiques... 

À l'issue de ce processus, la pelote de réjection a la forme d'une revue de format A5 (14,8 x 21 cm) et d'environ 40 pages qui prend pour héros un animal, une plante, un arbre et raconte son histoire sur un ton léger, amusant, mais toujours avec une grande rigueur scientifique.  

Ses effectifs et sa répartition :  140 000 abonnés dans 70 pays 

La Hulotte est tirée à 160 000 exemplaires. C'est plus que Gala, Courrier International ou France Football !

On ne trouve pas La Hulotte chez le marchand de journaux. Elle est envoyée directement aux 140 000 abonnés, dans 70 pays. Les numéros anciens sont constamment réédités et vendus sur le site internet de la revue.   

On n'est jamais allé en kiosque et c'est peut-être ça qui nous a sauvés car il n'y a pas d'invendus – Pierre Déom, le papa de La Hulotte

Son comportement : indépendante et libre

La Hulotte est indépendante. Elle ne migre vers ses abonnés que lorsqu'elle est prête. En moyenne, deux fois par an. Son "papa", Pierre Déom la qualifie d'"irrégulomadaire". Seul le contenu dicte la date de parution. S'il faut attendre les résultats d'une étude scientifique en cours, la publication se fera plus tard. On s'abonne pour six numéros que l'on guette avec l'impatience d'un oisillon qui attend la becquée.  

La Hulotte est publiée quand elle est prête ! - Pierre Déom, cofondateur, rédacteur et illustrateur de la Hulotte  

Dans son histoire, La Hulotte a déjà payé le prix de cette liberté. À la fin des années 80, le journal perd le bénéfice du régime économique de la presse car il publie moins de quatre numéros par an. Les tarifs postaux sont multipliés par dix. La Hulotte y laisse des plumes et accuse une perte d'un million de francs. Pour y faire face, le prix des abonnements sont revus à la hausse. Ce qui ne fera pas fuir ses fidèles lecteurs. 

Autocollant du journal la Hulotte, "le journal le plus lu dans les terriers"
Autocollant du journal la Hulotte, "le journal le plus lu dans les terriers" © Radio France - Alexandre Blanc

La Hulotte ne publie pas de publicités dans ses pages. L'entreprise, une société par actions simplifiées, est bénéficiaire, grâce à ses ventes. Pas de campagne de communication non plus. C'est le bouche-à-oreille qui assure la promotion de la revue.  

Le concept de la revue n'a quasiment pas changé en 50 ans. "Peut-être parce que je ne sais pas faire autre chose", s'amuse Pierre Déom.  

Son espérance de vie : bientôt 50 ans 

La longévité de La Hulotte est exceptionnelle. Elle fêtera bientôt ses cinquante ans. En 1972, ce n'était qu'un simple bulletin de liaison. Avec des collègues enseignants, Pierre Déom, instituteur à Rubécourt, près de Sedan, constatent les effets sur l'environnement de la reconstruction industrielle des Trente Glorieuses, du remembrement agricole et de l'entrée de plain-pied dans la société de consommation. Pour éduquer les enfants, ils créent un centre d'initiation à la nature et lancent les CPN, les clubs "Connaître et Protéger la Nature". La Hulotte sera la gazette de cette fédération.  

Une du premier numéro de "la Hulotte"
Une du premier numéro de "la Hulotte" © Radio France - Alexandre Blanc

Epaulées par l'inspectrice d'académie des Ardennes de l'époque, Geneviève Robida, 1.000 classes reçoivent le premier exemplaire. Ce premier numéro invite les enfants à créer des clubs CPN et, accessoirement, comporte un bulletin d'abonnement.  

Les espoirs de voir des clubs CPN fleurir sont vite douchés. Moins d'une vingtaine se forment. Mais, surprise, les demandes d'abonnement affluent par dizaines.  

Voyant que beaucoup de gens s'abonnaient sans avoir l'intention de créer des clubs « Connaître et Protéger la Nature », l'information sur les animaux et les plantes a progressivement pris le dessus sur les échanges de correspondance entre les clubs - Pierre Déom, le co-fondateur de la Hulotte.  

Le succès ira en grandissant. Dès 1973, Pierre Déom met fin à sa carrière d'instituteur et se consacre à La Hulotte.  

Son empreinte : la prise de conscience écologique

La Hulotte s'adresse aux enfants, mais pas seulement. "On a eu une lectrice de 107 ans qui nous écrivait", rapporte Pierre Déom.  

La revue est également très appréciée des experts biologistes. Elle a d'ailleurs contribué à susciter des vocations. Des chercheurs au CNRS, au Museum d'Histoires Naturelles sont restés fidèles au journal qui a contribué à les éduquer. "Pour le numéro sur la coccinelle, deux jeunes chercheuses ont répondu à nos questions. C'était d'anciennes lectrices de La Hulotte", raconte Pierre Déom.  

La Hulotte a commencé à sensibiliser à la protection de la biodiversité à une époque où le mot "écologie" existait à peine.  "Les choses bougent énormément, depuis quatre ou cinq ans, j'ai vu les choses évoluer comme jamais dans les 40 ou 50 dernières années", constate Pierre Déom.  

Je vois émerger des problèmes qui me préoccupent depuis 50 ans. Mais les problèmes, eux, galopent plus vite que la prise de conscience - Pierre Déom, le papa de la Hulotte

L'oeuvre, commencée en 1972, semble sans fin. Les 110 numéros publiés à ce jour forment une véritable encyclopédie dont une infinité de chapitres restent à écrire tant la matière vivante est riche. "Je ne m'ennuie jamais", confesse Pierre Déom. "Je m'ennuie quand je m'arrête". Qu'il continue !  

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