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Seul un Français sur quatre vivant autour des centrales nucléaires a retiré ses comprimés d’iode

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Par , France Bleu Orléans, France Bleu

En 2019, les habitants d'un périmètre élargi de 20 km autour des centrales nucléaires étaient invités à retirer leurs comprimés d'iode en pharmacie, pour se protéger en cas d'accident nucléaire. Selon un premier bilan, un habitant sur quatre seulement les a retirés. On est loin du compte.

La centrale nucléaire de Dampierre en Burly vue de Saint Gondon dans le Loiret
La centrale nucléaire de Dampierre en Burly vue de Saint Gondon dans le Loiret © Radio France - Anne Oger

En 2016, après l'accident nucléaire de la centrale de Fukushima au Japon, l'État a décidé, parmi d'autres mesures pour renforcer la sécurité, d'élargir le périmètre concerné par des distributions de comprimés d'iode. Ces comprimés doivent permettent de protéger la thyroïde contre les effets des rejets d'iode radioactif, en cas d'accident nucléaire, et donc de limiter les risques de développer certains cancers. 

Jusque-là, seuls les habitants d'un rayon de 10 kilomètres autour des centrales nucléaires bénéficiaient régulièrement de campagnes de distribution de comprimés d'iode. Ils reçoivent des courriers avec des bons de retrait, leur permettant de demander leurs boites de comprimés à leur pharmacien. Lors de la dernière campagne, en 2016, un habitant sur deux, en moyenne, avait retiré ses comprimés.

73 communes concernées dans le Loiret

En 2019 a eu lieu une nouvelle campagne de distribution, le rayon étant élargi à 20 kilomètres. Cela concernait par exemple 73 nouvelles communes, dans le Loiret, autour des centrales nucléaires de Belleville-sur-Loire (Cher), Dampierre-en-Burly, et Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher)

Les résultats de cette nouvelle campagne sont décevants, partout en France. Selon les centrales concernées, entre 23% et 30% seulement des habitants ayant reçu un courrier sont effectivement allés retirer leurs comprimés en pharmacie. Le détail des chiffres par département n'est pas communiqué par le ministère de l'Intérieur, en charge de cette distribution. 

La communication autour de la distribution de comprimés d'iode
La communication autour de la distribution de comprimés d'iode - EDF

Un résultat encore plus décevant si l'on regarde le taux de retrait des responsables d'établissements recevant du public, qui sont censés disposer de ces comprimés pour être en mesure de les distribuer rapidement à leurs clients, leurs employés, leur public, en cas d'accident. 

L'enjeu de la prise de comprimés en cas d'accident nucléaire

Car plus l'iode est ingérée rapidement, plus elle est efficace. Plus on tarde, plus le risque est élevé. Pour ces établissements, c'est-à-dire des entreprises, des commerces, des supermarchés, des mairies, des salles de spectacles, etc, le taux de retrait tombe à 20%.  

Un résultat que regrette Rémi Fallin, en charge de la prévention des risques au ministère de l'Intérieur, et plus spécifiquement de cette campagne de distribution : "il y a clairement un manque de responsabilité de la part des responsables d'établissements accueillant du public. D'autant qu'on ne peut compter que sur le fait qu'ils retirent effectivement les comprimés en pharmacie, car eux seuls savent quelles sont leurs jauges et donc le nombre de boîtes nécessaires"

Tous les établissements scolaires pas encore dotés

En revanche, le taux de retrait peut paraître satisfaisant pour les établissements scolaires : 86%. Mais en fait il ne l'est pas, selon Rémi Fallin : "contrairement à la grippe où au Covid, les personnes les plus à risque face au rejet d'iode radioactif, ce sont les jeunes. Donc un taux de retrait satisfaisant ne peut être que de 100%, chaque établissement scolaire, chaque crèche, ou maternité, doit être équipé"

C'est pourquoi, en cette fin d'année, les directions académiques de chaque département sont appelés une par une et invitées à s'assurer que les chefs d'établissements ont bien retiré leurs comprimés

Mais comment expliquer ces résultats décevants ? Pour Rémi Fallin, il y a l'éloignement : "on peut penser qu'à 20 km d'une centrale nucléaire, les gens ne se sentent pas concernés". Ce que confirme Daniel Thouvenin, le maire de Villorceau dans le Loiret, à 14 kilomètres de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux : "on voit bien que la prise de conscience n'est pas là. Surtout avec le confinement qu'on a vécu, les gens se disent qu'ils sont déjà confinés, alors..." 

Pas un sujet de discussion entre élus en ce moment

Il reconnaît, même, que ça n'est pas un sujet de discussion entre élus, lui qui est le président de l'association des maires ruraux du Loiret. "Là je sors d'une réunion entre élus de la région, j'avoue qu'on n'en a même pas parlé. Vous me faites penser que ce serait bien que j'en parle dans le prochain bulletin municipal, et sur notre site internet !"

Il explique aussi que les maires n'ont pas toujours eu le sentiment d'être associés à cette distribution : "pourtant on a souvent des réunions, à la centrale, mais ils ne nous parlent pas de ça. Ils nous parlent des arrêts, des accidents du travail. Ca n'est même pas dans les graphiques qu'ils nous présentent". Résultat : Daniel Thouvenin raconte que lors de sa dernière visite à la pharmacie de Beaugency, où il retire les comprimés pour doter les écoles, on lui a dit que personne n'avait rien retiré depuis un moment

Des bases de données moins exhaustives qu'avant

Mais il avance aussi une autre explication : tous les habitants concernés n'ont tout simplement pas reçu de courrier, lui le premier. "Ma femme qui est un ancien agent EDF reçoit ses comprimés tous les ans. Moi je n'ai rien reçu, pas même de lettre"

L'explication, c'est que cette fois l'Etat n'a pas pu utiliser les bases de données auxquelles il avait accès habituellement, la loi sur la protection des données ayant changé. Pas question d'accéder au fichier des impôts, ou à celui d'Enedis, ils ne peuvent pas être utilisés dans ce cadre. Il a donc fallu acheter des bases commerciales, moins exhaustives. Seuls 65% des habitants ont donc reçu un courrier.

Cela donne un nombre encore plus bas de riverains réellement touchés et réellement pourvus de comprimés d'iode. L'Etat a donc décidé d'envoyer, finalement, ces comprimés au domicile de tous les habitants à partir du mois de février. Inutile, donc, d'aller retirer maintenant votre boîte si vous ne l'avez pas fait avant. Mais l'envoi se fera toujours avec ces mêmes bases de données, il y aura donc toujours des trous dans la raquette.

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