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Environnement

TÉMOIGNAGE - Erika : la marée noire de 1999 a "marqué mon passage vers l'âge adulte"

En 1999, Alexandre Devy a 20 ans lorsque l'Erika, ce pétrolier affrété par Total, sombre en mer et déverse 20.000 tonnes de pétrole sur 400 km de côtes. En Vendée, à Brétignolles-sur-Mer, le jeune homme voit s'échouer sur la plage des centaines d'oiseaux marins mazoutés. Il raconte.

Alexandre Devy avait 20 ans lors de la marée noire causée par le naufrage de l'Erika. Il en a 40 aujourd'hui.
Alexandre Devy avait 20 ans lors de la marée noire causée par le naufrage de l'Erika. Il en a 40 aujourd'hui. © Radio France - Typhaine Morin

Bretignolles-sur-Mer, France

"Cet événement a été fondateur", raconte aujourd'hui Alexandre Devy, 40 ans, qui en avait 20 de moins lors de la marée noire provoquée par le naufrage de l'Erika. Dès qu'il constate les oiseaux marins morts ou très affaiblis sur la plage de Brétignolles-sur-Mer, en Vendée, le jeune ne réfléchit pas : il veut sauver les vivants et compter les morts. 

Une mer énorme

Le 12 décembre 1999, Alexandre, fan de pêche en surf-casting (technique de pêche qui consiste à jeter sa ligne depuis la plage au-delà des vagues), se souvient d'une mer "énorme, des creux de quatre mètres". Il n'avait "jamais vu ça". C'est ce jour-là que le navire Erika se casse en deux et que les 26 membres d'équipage sont évacués. La partie avant du bateau coulera dans la nuit du 13 au 14 décembre, déversant dans le golfe de Gascogne 20.000 tonnes de pétrole. 

Les jours qui suivent, Alexandre suit à la radio l'évolution de la marée noire provoquée par ce naufrage. Le 25 décembre, il retourne sur la plage de Brétignolles et Alexandre y trouve un pingouin mort. Trois jours plus tard, il découvre sur cette plage vendéenne "plein d'oiseaux vivants, mais mazoutés". "J'étais désemparé, se souvient Alexandre, je me suis mis à pleurer, je ne savais pas quoi faire. J'ai décidé de prendre des cartons, de mettre les oiseaux dedans". Il confie ces oiseaux à une association qui les emmène "au centre de soins de la faune sauvage". 

468 oiseaux morts, un seul vivant

"Le lendemain, encore des oiseaux, le surlendemain, encore des oiseaux. Le 31 décembre au matin, alors que j'habitais à 500 mètres de la plage, ça sentait le pétrole. En arrivant sur la plage, je vois des ondulations sur la mer. C'était en fait des oiseaux marins." Ce jour-là, il rencontre un photographe sur la plage et ensemble, ils décident de prendre des photos, de faire des tas d'oiseaux et de les compter par espèces. Bilan macabre de cette journée : 468 oiseaux sur trois kilomètres de plage. Un seul est arrivé vivant. Au total, en quelques mois, Alexandre a comptabilisé quelque 5.000 oiseaux morts. Principalement des guillemots de Troïl. Selon la Ligue de protection des oiseaux (LPO), plus de 74.000 oiseaux ont été collectés et transférés vers les centres de sauvegarde. 

Alexandre a photographié les cadavres des oiseaux après la marée noire de l'Erika en 1999 - Aucun(e)
Alexandre a photographié les cadavres des oiseaux après la marée noire de l'Erika en 1999 - Alexandre Devy

Profond sentiment d'injustice

Cette catastrophe écologique a marqué son passage à "l'âge adulte". Car ce 28 décembre 1999, il aurait pu tourner les talons et rentrer chez lui. Mais il s'est "senti investi d'une mission" et faire ce qu'il pouvait pour "sauvegarder les oiseaux". Il a éprouvé ces mois-là un profond sentiment "d'injustice". "C'était un empoisonnement de long terme pour ces pauvres oiseaux. Un cercle vicieux : ils ont le pétrole qui arrive sur eux, du coup ils n'ont plus d'étanchéité, alors que ce sont des oiseaux qui ne vivent qu'en mer, donc ils ont froid, donc ils sont obligés de se nourrir plus, de se dépenser plus. Ils ont souffert des jours et des jours et ceux qui sont arrivés sur la plage étaient très épuisés et maigres." 

Au-delà cette cette injustice ressentie, cette catastrophe a été "fondatrice". "A l'époque je faisais des études dans l'agroalimentaire, je me destinais à une carrière dans les usines agroalimentaires. Mais je n'y ai pas trouvé mon compte, je voulais me sentir plus utile pour la société. Aujourd'hui, je travaille sur un chantier d'insertion et j'aide des personnes en difficulté."

Alexandre a trouvé du sens dans son travail et, sans militer dans une association, il essaie au quotidien de prendre soin de l'environnement. Et, ajoute-t-il, "cela fait 20 ans que je n'ai pas fait le plein chez Total !"

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