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VIDEO - 15 ans après, la Tuerie de Tours résonne encore dans les mémoires

Par Isabelle Gaudin, France Bleu Touraine et France Bleu vendredi 28 octobre 2016 à 17:30

Le lundi 29 octobre 2001, Jean-Pierre Roux-Durraffourt tuait quatre personnes au hasard dans les rues de Tours
Le lundi 29 octobre 2001, Jean-Pierre Roux-Durraffourt tuait quatre personnes au hasard dans les rues de Tours - © Maxppp/AFP

Un peu plus d’un mois après le 11 septembre 2001, Jean-Pierre Roux-Durraffourt semait la terreur dans les rues de Tours et tuait quatre passants au hasard. 15 ans après, ce que l’on a appelé la Tuerie de Tours est gravée dans la mémoire collective de la ville.

Chacun se souvient de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001, les tours du World Trade Center éventrées par des avions de ligne, l’image est gravée dans nos têtes. De la même manière à Tours, bon nombre d’habitants se souviennent de ce qu’ils faisaient le lundi 29 octobre 2001.

1 / Un tueur fou

Il est un peu plus de 9h30 ce lundi 29 octobre 2001. Jean-Pierre Roux-Durraffourt, cheminot de 44 ans, gare sa voiture dans le centre-ville de Tours. Vêtu d’une veste de treillis, il enfile une cagoule et prend sa carabine 22 long rifle. C’est par le boulevard Béranger qu’il commence son parcours meurtrier. Sa première victime est Henri Gasq, 48 ans, un instituteur, père de trois enfants. Le tueur ne s’arrête pas là et continue de faire feu, presque méthodiquement. Gilles Lambert, retraité, meurt d’une balle dans le dos, sous les yeux de sa femme. Elle est sauvée par Sam Nazal, un passant, qui s’est interposé. Il est blessé en voulant la protéger. Sa troisième victime est un ouvrier du bâtiment, Chérif Tili, 59 ans.

Trois victimes en l’espace de 10 minutes

En l’espace de dix minutes à peine, la ville bascule dans un vrai cauchemar. Jean-Pierre Roux-Durraffourt a déjà tué trois personnes et quatre sont blessées. Il continue sa folle progression, mettant en joue les passants comme sur un stand de tirs. Un gendarme tente de le suivre et prend une balle dans l’épaule. A proximité de la gare, il abat sa quatrième victime, Thierry Enguerrand, 33 ans, père de trois enfants. C’est le gardien du palais des sports de Tours.

Le tueur se réfugie dans le parking souterrain de la gare. Des hommes du RAID vont venir prêter main forte aux équipes locales - Maxppp
Le tueur se réfugie dans le parking souterrain de la gare. Des hommes du RAID vont venir prêter main forte aux équipes locales © Maxppp -

Le cheminot transformé en machine à tuer se réfugie dans le parking souterrain de la gare. Le centre-ville de Tours est alors complètement bouclé. Le RAID vient prêter main forte aux forces de l'ordre. Vers midi, Jean-Pierre Roux-Durraffourt est blessé au thorax et maîtrisé par des policiers. Dans ses poches, ils trouvent 149 cartouches. Il a tiré une vingtaine de fois. Le bilan est très lourd : quatre morts et sept blessés dont deux policiers et un gendarme.

2 / Un cheminot transformé en machine à tuer

Jean-Pierre Roux-Durraffourt, 44 ans, a un profil banal. Cheminot, conducteur de manœuvre à la SNCF, il habite à Chambray-les-Tours. Il est divorcé et père de trois enfants. Passionné par les armes à feu, il fréquente régulièrement un club de tir. Il a aussi été, très jeune, dans les commandos de marine pendant deux ans. Le matin du 29 octobre, il se dispute violemment avec son fils et prend la direction du centre-ville de Tours. Il ne tire qu’une balle par cible et parfois à plus de 30 mètres. A son procès, Jean-Pierre Roux-Durraffourt dira ne plus se souvenir. Les experts psychiatres dressent alors le portrait d’un homme avec des tendances paranoïaques.

 Jean-Pierre Roux-Durraffourt est passionné par les armes à feu et fréquente régulièrement un club de tirs (image de la reconstitution judiciaire) - AFP
Jean-Pierre Roux-Durraffourt est passionné par les armes à feu et fréquente régulièrement un club de tirs (image de la reconstitution judiciaire) © AFP - Alain Jocard

3/ 2003, une reconstitution géante

Le 16 mars 2003, une reconstitution judiciaire géante est organisée. La ville est complètement bouclée. Près de 300 policiers sont mobilisés pour neutraliser le centre de Tours. L’homme à la barbe au milieu des magistrats, avocats, témoins et parties civiles, c’est Jean-Pierre Roux-Durraffourt. Il n’a pas souhaité participer à la reconstitution. C’est un policier qui refera les gestes de ce lundi meurtrier. L’auteur de la tuerie reste d’ailleurs ce jour-là sur sa ligne de défense : depuis son arrestation, il continue d’affirmer qu’il ne se souvient de rien. Pour la première fois, les familles des victimes croisent le regard de celui qui a bouleversé leur vie. Jean-Pierre Roux-Durraffourt quant à lui, reste dans une voiture de police pendant la majorité de la reconstitution.

L'homme à la barbe, c'est Jean-Pierre Roux-Durraffourt le jour de la reconstitution de la Tuerie de Tours - Maxppp
L'homme à la barbe, c'est Jean-Pierre Roux-Durraffourt le jour de la reconstitution de la Tuerie de Tours © Maxppp - G. Proust

4/ Condamné à la perpétuité avec 22 ans incompressibles

Le procès de Jean-Pierre Roux-Durrafourt s’ouvre le 16 mars 2005 devant les Assises d’Indre-et-Loire, à quelques mètres de l’endroit où s’est déroulée la tuerie. Il est alors âgé de 47 ans.

Je ne me souviens pas"

Pendant son procès, il va révolter les familles de victimes, n’expliquant rien de ses actes : "Je ne me souviens de rien. Ce matin-là, je suis parti comme un zombi. Je me suis réveillé quand j’ai pris une balle et qu’on m’a arrêté". Les experts confirment la responsabilité pénale de Jean-Pierre Roux-Durraffourt. Ils n’ont pas retenu la maladie mentale. Le verdict est accueilli avec soulagement par les familles : Jean-Pierre Roux-Durraffourt est condamné à la peine maximale avec une peine de sûreté de 22 ans.

Le 29 mars 2005, Jean-Pierre Roux-Durraffourt est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans incompressibles - Maxppp
Le 29 mars 2005, Jean-Pierre Roux-Durraffourt est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans incompressibles © Maxppp - Patrice Deschamps

5/ La bataille judiciaire de la famille Gasq

Depuis 2001, la famille Gasq se bat pour faire estimer le préjudice subit. Henri Gasq, est la première victime de la Tuerie de Tours. Sa femme et ses enfants ont obtenu jusqu'à présent près de 90.000 euros au titre du préjudice moral. Mais depuis, ils se battent pour que le préjudice économique soit reconnu : la perte de salaire du chef de famille, l'aide pour les études des enfants... En mars 2015, Dany et Silvère Gasq, la veuve et le fils de l'instituteur tué en 2001, ont été reçus à l'Elysée par des conseillers de François Hollande. Ils attendent désormais que ce dernier soit à nouveau examiné suite à un vice de forme.

Ce samedi, pour les 15 ans de la mort de son père Silvère Gasq se rendra à l'endroit où il a été tué, pour se recueillir quelques instants explique-t-il, "mais il n’y aura pas de commémoration, il n'y a rien d’officiel derrière et on n’en veut pas."

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